samedi 25 octobre 2008

Toutes les larmes du monde

« Je sais que vous croyez comprendre ce que vous pensez que j'ai dit, mais je ne suis pas sûr que vous réalisiez que ce que vous avez entendu n'est pas ce que je pense. »
Alan Greenspan, cité dans Le nouvel Observateur, n° 1892 du 8 au 14 février 2001, p. 70





Certain(e)s de mes ami(e)s m'ont confié ne plus lire ce blogue depuis longtemps, parce qu'il était trop déprimant pour eux (ou elles). "Ton blogue, là, t'vois, c'est toute la misère du monde".

Vous m'en voyez moi-même fort déprimé... ou du moins, fort affecté.

Mais pas au point de manquer de tenue. A ceux ou celles qui m'ont demandé à quoi cela pouvait bien servir tout ça, je n'ai pas demandé en retour: "Et toi, tu sers à quoi?"


Encore un truc qui ne sert à rien:
Lithographie d'Antoni Tápies

Je continuerai donc à accueillir ici tous les désarrois du monde dont j'aurai connaissance. Ou presque.

Ainsi, mon petit cœur compatissant est actuellement tout plein de la peine affichée tout récemment par monsieur Alan Greenspan.

Monsieur Alan Greenspan est l'ancien président du conseil de la Federal Reserve Bank of the United States, la Banque centrale des États-Unis. Son mandat a pris fin le 31 Janvier 2007, après un règne de dix-neuf ans. Vous voyez que ce n'est pas n'importe qui. Pour le mieux connaître, vous pouvez consulter en ligne la retranscription de l'entrevue qu'il a accordée à Pierre-Yves Dugua, du Figaro, sous le titre: Alan Greenspan: ''Il faut pouvoir licencier sans coûts élevés''. Vous pourrez y découvrir les bons conseils qu'il croit utile de prodiguer avec prodigalité à la France...

Et de fines remarques destinées aux vieux saxophonistes:

Question: Avez-vous gardé des contacts avec le monde du jazz dans lequel vous avez vécu dans votre jeunesse? Jouez-vous encore?

Réponse: Non, je n’ai pas le temps de faire de la musique. Je joue encore un peu de piano, à l’oreille. Les muscles des lèvres faiblissent dès qu’un saxophoniste ou un clarinettiste cesse de jouer.

Vous verrez, Alan est un "jolly good fellow".

Alan Greenspan et Gordon Brown
amusant leurs petits camarades lors d'un goûter
à la N.Y. University

C'est évidemment dans le domaine financier que les talents de monsieur Greenspan se sont épanouis. Ardent partisan de la dérégulation des marchés financiers, il a professé toute sa vie une confiance inébranlable dans le Marché.

En juillet 2007, débuts de la crise aux Zétats, beaucoup de regards se sont tournés vers lui, des critiques se sont fait entendre...

Selon mes sources, sa vie fut menacée...

Tentative d'assassinat au lacet
perpétrée par un terroriste
dont la tête me dit quelque chose


Les derniers développements de ladite crise ont profondément affecté monsieur Greenspan... peut-être même déprimé.

En tout cas, selon les titres de nos journaux, il serait quasiment en "état de choc".

On peut trouver dans le blogue "Les cordons de la Bourse" tenu par Nicolas Cori, journaliste à Libération, les propos tenus par ce cher Alan jeudi dernier:

"J'ai fait une erreur en comptant sur l'intérêt privé des organisations, principalement des banquiers, pour protéger leurs actionnaires."

"Ceux d'entre nous qui comptaient sur l'intérêt des établissements de crédit pour protéger les actionnaires (en particulier moi-même) sont dans un état de choc et d'incrédulité".

"J'ai trouvé une faille dans l'idéologie capitaliste. Je ne sais pas à quel point elle est significative ou durable, mais cela m'a plongé dans un grand désarroi."


"La raison pour laquelle j'ai été choqué, c'est que l'idéologie du libre marché a fonctionné pendant 40 ans, et même exceptionnellement bien".


"Le modèle de gestion des risques tenait depuis des décennies. Mais l'ensemble de cet édifice intellectuel s'est effondré l'été dernier."


C'est poignant!

Pov'ti père, l'en a gros sur la patate

Les pleurnicheries de monsieur Alan Greenspan ne me consolent pas beaucoup, à vrai dire.

Si le capitalisme était soluble dans les larmes, il y a longtemps qu'il serait réduit à un misérable petit tas de sels toxiques

vendredi 24 octobre 2008

Procureur et solidarité



Durant l'audience de mercredi dernier, lors du procès en appel de Romain Dunand, madame le procureur s'est étonnée de la mobilisation qui s'était faite autour deFlorimond Guimard (aujourd'hui acquitté), un individu que personne ne connaissait et qui habitait bien loin, à Marseille...

Il y a de quoi s'étonner, anéfé, qu'un Jurassien, parce qu'il partage, en gros, les mêmes idées qu'un Marseillais, veuille prendre sa défense et adresse un beau courriel au ministre de l'Intérieur, en utilisant des mots percutants, certes, mais dans la bonne tradition du pamphlet à la française.

Et pas si faux que cela.

Un procureur qui repasse son code

Je suis pas juriste et je fréquente assez peu les tribunaux. L'idée que je me fais d'un procureur me vient, hélas, d'une trop longue fréquentation des chroniques judiciaires de François Foucart, sur France Inter. Ce cher homme, bien oublié maintenant (il ne figure même pas dans ouiquipédia!) avait le chic pour raconter les audiences des grands procès criminels. Il aimait particulièrement les réquisitoires, et dans les réquisitoires ce grand moment du "portrait psychologique" de l'accusé. On sentait qu'il prenait un grand plaisir (approchant souvent l'orgasme glottique) à détailler les discours du procureur traitant, comme il est d'usage, l'accusé de rebut dégénéré et nocif d'une société qu'il fallait protéger...

Ainsi ai-je du procureur cette image fausse d'un monsieur se permettant de traiter comme un excrément social un pauvre type qui ne peut même pas lui dire merde (c'est une injure, et paf! à l'amende!)

Mais je dois me tromper...

Car en regard, la remarque de madame le procureur du procès de Romain Dunand me semble d'une grande candeur, d'une délicate fraîcheur et d'une délicieuse spontanéité.

Cependant, je me demande si cette remarque ne trahit pas un certain manque de finition...

Avant d'être une valeur, cette chose simple, claire et limpide qu'ont appelle fraternité ou solidarité, est d'abord un sentiment assez répandu. N'est-ce pas un peu inquiétant de s'en étonner ?

Maison des Etudiants de Côte d'Ivoire
en août 2005

Il est vrai que l'humanité la plus élémentaire est peut-être en train de disparaître petit à petit.

Un seul exemple: il vous faudra, une fois de plus, vous rendre sur le site de RESF, c'est le seul endroit où j'ai trouvé cette information. Gougueule reste muet...

Les derniers occupants de l'ancienne maison des étudiants de Côte d'Ivoire (MECI), située 148/150 boulevard Vincent Auriol à Paris 13e, ont été évacués le jeudi 23 octobre, à 7h du matin.

Un arrêté d'évacuation avait été pris, le 19 septembre 2008, par le préfet de police "en raison de la nécessité d'assurer la sécurité des personnes".

Je lis ceci, dans ce témoignage de Marius qui était sur place:

Cette évacuation s’est passée dans un climat de violence policière inouïe : une enfant de 1 an souffrant d’asthme a été gazée par un CRS. Elle a dû aller à l’hôpital après une intervention tardive des pompiers.

Franchement, monsieur le CRS, vous étiez obligé ?


Ajouté le 25/10/2008: vidéo de l'évacuation de la MECI, jeudi matin.




PS1: Les expulsions sont dans l'air du temps, et peu relayées dans les médias. Sur LibéLille, voyez ce témoignage sur l'évacuation du squat des migrants de Calais.

PS2: Accompagnant le témoignage de Marius, sur le site de RESF, vous trouverez un lien vers un autre témoignage portant cette fois sur l'expulsion, le 17 septembre 2008, des Roms qui habitaient sur le parking de la gare de Massy-Palaiseau.

Ce récit, très sobre mais très fort, accompagné de photos, est signé de José Vieira, réalisateur de documentaires. Qu'il ait demandé à un CRS "Des policiers, des gens avec des valises et une gare, ça vous rappelle rien ?" fait que je ressens une profonde fraternité avec ce monsieur.

jeudi 23 octobre 2008

Sang froid dans les médias

Allumer un briquet alors qu'on vient de s'arroser d'essence, devant la porte d'une maison d'arrêt, pour empêcher l'expulsion de votre compagnon, c'est pour le moins faire preuve d'un manque de sang froid regrettable.

Mais madame Nardi n'avait pas eu droit à des informations bien compréhensibles de la part des autorités et dans sa vie elle n'avait pas souvent recours aux attentions des cellules d'aide psychologique; et elle a jeté son corps dans un geste où la grandiloquence se mêle à l'amour et au désespoir: se laisser brûler vive devant une porte de prison qui malgré les cris restera obstinément fermée.

Cet acte, qui s'écarte si radicalement des lois consenties du spectacle médiatique, aurait pu nous réveiller, comme on est réveillé par un cauchemar insensé...

Non.

Personne n'a vraiment perdu son sang froid.

Certes, monsieur Julien Dray s'est fendu d'un communiqué, pour le Parti Socialiste, où il dénonce la banalisation de l'inhumanité due à "la politique actuellement menée par le gouvernement"; mais heureusement, monsieur Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a appelé à ne pas "caricaturer" (sic) ce suicide et, critiquant la réaction "stéréotypée et politicienne" du PS, a bien enfoncé le clou en affirmant que ce n'était pas "une affaire de double peine, pas une affaire de sans-papiers, mais une affaire de droit commun, aussi tragique soit-elle".

Après cela, on n'a plus tellement entendu les gens du PS: ils devaient parler du drame de ce pauvre Dominique Strauss-Kahn, très affecté par ses crises de priapisme récurrentes...

Crac boum huhuhue!

Monsieur Luc Chatel est bourré de talents; il a trouvé à coup sûr le mot clé: "droit commun".

Cela n'évacue pas nécessairement la réflexion sur la notion de "double peine"... (Vous pourrez vous en convaincre en vous reportant à ce billet, très complet, que l'on trouve sur le blog Combats pour les droits de l'homme.)

Cela n'évacue pas non plus la réflexion sur les drames de plus en plus fréquents qui accompagnent les expulsions de sans papiers.

Non, mais cela fournit un contexte à l'événement, et j'ai l'impression que nos commentateurs avisés ont bien tenu compte des indications de monsieur Chatel, qui ne s'est pas privé de rappeler les diverses condamnations de Henrik Orujyan, le compagnon de Josiane Nardi. Les médias ont donc replacé l'affaire dans la catégorie des faits divers un peu saignants.

Avec une exquise délicatesse d'approche, Le Parisien/Aujourd'hui en France est allé recueillir les confidences de la fille de Josiane Nardi.

"Cette histoire lui est montée à la tête, c'est devenu une galère pour elle. Entre eux, ça allait deux jours, et le lendemain ça se gâtait. (...) Cet homme la frappait, il a d'ailleurs été condamné pour ses violences."

"Ma mère était malheureuse, dépressive, et pourtant elle aurait fait n'importe quoi pour lui."

"Elle était, comme on dit, sous son influence. Je n'arrive pas à comprendre son geste. Je tiens Henrik pour responsable de ce qui est arrivé à ma mère."


"J'ai mal, et j'ai la haine contre lui."

Ces propos, je les ai retrouvés, sans aucune mise en perspective, sur le site d'un hebdomadaire de gauche, fondé en des temps troublés par un grand humaniste, reconnu par ses pairs, qui a passé des années à porter le même imper qu'Albert Camus, en croyant lui ressembler...


Un quotidien régional, Ouest-France, n'a pas vraiment compris ce que l'on pouvait attendre d'une presse responsable... Il continue à publier des articles sur la mort de Josiane Nardi.

Dans son édition de mardi, un article relate la réunion d'environ 250 personnes au Mans, en hommage à madame Nardi.

"Pourquoi cette porte ne s'est-elle pas ouverte ?" La question est posée en grand sur le portique gris de la prison du Mans. Une banderole collée, ce lundi soir, par des associations de défense de l'homme. 250 personnes assistent à la scène, rassemblées à l'appel du collectif Unis contre une immigration jetable.

(...)

Silencieusement, des dizaines de personnes déposent des fleurs devant la porte. Le cortège se dirige vers la préfecture. Lentement. En forçant le tramway à rouler à allure réduite.

Sur la place Aristide-Briand, Bernard Lebrun, porte-parole du collectif, interroge. Pourquoi personne n'est sorti de la prison ? Pourquoi, et par qui, la décision d'expulsion d'Henrik Orujyan a-t-elle été prise ?

Dans la même édition, un second article examine cette dernière question. Il est intitulé "Expulsion de l'Arménien sans-papiers : les salades du préfet"

D'après Michel Camux (lire nos éditions de dimanche et de lundi), ce serait en vertu d'une réquisition judiciaire du Parquet de Bobigny, tribunal devant lequel l'Arménien a été condamné à une interdiction de territoire français de 5 ans, que le préfet de la République en Sarthe aurait agi.

Contactés hier matin, les services du procureur de Seine-Saint-Denis ont apporté un démenti formel à cette version des faits. « La préfecture de la Sarthe nous a appelés en fin de semaine pour savoir si la situation de cet Arménien n'avait pas changé. Notamment en ce qui concerne son interdiction de séjour, indique le secrétaire général du Parquet de Bobigny. Comme on l'avait fait à l'époque de la condamnation de ce Monsieur, on a transmis la décision judiciaire par fax. Le reste est de la responsabilité du préfet. »

Mais alors, pourquoi le préfet a-t-il nié être à l'origine de cette mesure de reconduction à la frontière ? En tant qu'autorité administrative, il est le seul compétent pour faire appliquer cette interdiction de territoire décrétée par le tribunal de Bobigny. Cette stratégie de faux-fuyant est un mystère. À moins qu'il y ait des lois de la République que le représentant de l'État a du mal à assumer ? (signé Igor BONNET)

A cet article, monsieur le préfet apporte une réponse dans l'édition suivante, en commençant par un joli morceau de rhétorique sarkozienne:

N'en déplaise à ceux qui se délecteraient du contraire, il n'y a ni mystère ni salade ! Et que ne diraient-ils, les mêmes, si l'Administration se mettait à ne plus respecter les décisions de justice ?

Il convient de rappeler que c'est bien une juridiction, le TGI de Bobigny, qui a condamné M. Orujyan, le 22 septembre 2005, à une peine d'interdiction du territoire français. Celui-ci n'a jamais fait appel de cette condamnation.

M. Orujyan arrivait à la fin d'une détention de plusieurs mois en application de trois peines de prison auxquelles il avait été condamné par ailleurs. Après un échange avec les services du procureur de Bobigny pour vérifier la situation pénale applicable, c'est bien le parquet du TGI de Bobigny qui, par un document daté du 17 octobre et faxé le même jour, m'a demandé de mettre à exécution la sanction judiciaire d'ITF qui n'avait pas été appliquée notamment du fait de l'incarcération de M. Orujyan.

On n'est pas plus avancé, notez bien...

Mais on voit bien que les moules à fabriquer les préfets n'ont pas été notablement modifiés depuis... un certain temps...



En post-scriptum au démenti préfectoral, on trouve ceci:

NDLR : la rédaction Ouest-France assume les informations parues dans son édition du mardi 21 octobre.

Je me demande si je ne vais pas m'abonner à Ouest-France, à condition qu'ils fassent une "offre" avec une montre et un poste de radio comme au Nouvelobse.


PS: Puisque j'ai signalé le blogLeMonde.fr Combats pour les droits de l'homme, on y trouve aussi un article fort intéressant: "Rétention: un chargé de mission UMP du ministère de l’Immigration serait à la tête du collectif “Respect” ayant répondu à l’appel d’offres"

Etonnant, non ?

mercredi 22 octobre 2008

Fil d'espoir

Ce matin, j'ai trouvé dans ma boîte à courriel deux messages donnant des nouvelles de Karine Matabiwasaka, cette jeune congolaise, dont j'ai parlé dimanche, apprenant qu'elle avait été embarquée dans un avion à destination de Kinshasa.

Ce que j'ai appris renoue un brin le fil de l'espoir.

Et peut-être le fil d'une vie.

Lundi 20 octobre fin de journée :

Contre toute attente, Karine a refusé d'embarquer. Nous ne l'avons su que grâce au concours du MRAP et de la Cimade, ce lundi en fin de journée.

Son audience suite à ce refus devant le TGI de Bobigny est renvoyée au 17
novembre à 13h. Elle est actuellement dans la prison de Fleury-Mérogis; nous essayons de la faire libérer ou du moins la faire soigner ailleurs qu'en prison.

Nous ne manquerons pas de vous informer des suites de la mobilisation en préparation.

Les soutiens de Karine à Rennes, Nantes et Paris.

(Vous pouvez retrouver les informations sur le site de RESF.)

Je n'aurai pas l'audace de me poser la question de savoir dans quel régime de gouvernement des humains on peut être amené à se réjouir du fait que quelqu'un n'est pas "parti" mais est "seulement" en prison... Certains esprits mal tournés pourraient y renifler un outrage*.

Fleury-Mérogis, c'est mieux quadrillé

Dans le cas de Karine, beaucoup de choses sont peuvent paraître curieuses, pour donner dans l'euphémisme.

Je ne retiendrai que cette impression de course poursuite entre la police-justice (je fais un lot!) et les associations d'aide, qui fait que les soutiens de RESF n'ont pas vraiment eu le temps d'organiser la protection de Karine, et ont même perdu sa trace pendant près de 48 heures...

Consolation, et aussi espoir: c'est grâce à d'autres associations (le MRAP et la CIMADE) que sont parvenues les nouvelles...

On comprend que monsieur Hortefeux, qui tire les ficelles de tout cela au sommet, veuille se débarrasser de ces associations empêcheuses d'expulser en silence. Et on comprend aussi qu'il est essentiel, pour tout le monde, de lui faire barrage. (Voir ce billet, par exemple)


Cliquez sur l'image pour signer la pétition

Vous pouvez aussi réfléchir sur le clip vidéo qui ouvre le site C'était pire demain.


* C'est un beau mot que celui d'outrage. Apparu en 1080, dans la Chanson de Roland, sous la forme "ultrage", il y désignait une parole contraire à l'honneur d'un chevalier. Le sens actuel est bien sûr une extrapolation de ce sens originel: il n'y a plus tellement de chevaliers et ceux qui s'y croient ont perdu leur honneur depuis longtemps.

mardi 21 octobre 2008

Les outrageurs résistent...



Romain Dunand a adressé, le 19 décembre 2006, un courriel au ministre de l'Intérieur, monsieur Nicolas Sarkozy, pour protester contre l'arrestation de Florimond Guimard, à la suite d'une manifestation à l’aéroport de Marignane.

“Objet : Bas les pattes sur Florimond Guimard ! De : ‘cnt-jura’
Date : Mar, décembre 19, 2006 13 : 26
A : sec.gueant@interieur.gouv.fr

Au ministère de l'Intérieur

Monsieur le ministre,

Nous venons d'apprendre que notre camarade Florimond Guimard, instituteur à Marseille, convoqué au commissariat, a été placé en garde suite aux manifestations anti-expulsions à l'aéroport.

Voilà donc Vichy qui revient : Pétain avait donc oublié ses chiens ! RésoluEs à défendre les dernières libertés qui nous restent - à commencer par la liberté d'exprimer notre solidarité active avec les victimes de votre politique qu'il faut bien qualifier de raciste -, nous exigeons la libération immédiate de Florimond Guimard, et l'abandon de toute poursuite à son encontre.

Dans l'attente, en vous rappelant l'exigence de la fermeture des centres de rétention et celle de la régularisation de touTEs les sans papiers, recevez nos salutations antifascistes,

M. Romain Dunand, Cnt-Jura / Resf-Jura.”

En février 2007, monsieur Sarkozy a saisi le ministère de la Justice pour “outrage” et le procureur de la République a attendu le 11 mai 2007 pour lancer la procédure. Monsieur Nicolas Sarkozy était alors parvenu à la Présidence de la République le dimanche précédent.

Pour préciser un peu le contexte juridique, voici ce qu'a déclaré,Me Marianne Lagrue, avocate de Romain Dunand (Article de Rue89 du 23/01/2008):

“Dans la mesure où il ne s'agissait pas d'injure publique mais d'outrage, c'est-à-dire de quelque chose qui relève de la sphère privée, le parquet aurait pu s'abstenir.

Mais c'est surtout Nicolas Sarkozy qui pouvait choisir d'y répondre à titre privé, en argumentant que la comparaison avec Vichy n'était pas valable. Cela aurait peut-être été plus digne que d'aller devant la justice."

Le 14 février 2008, Romain Dunand était condamné par la 10e chambre correctionnelle à 800 euros d'amende ainsi qu'à un euro de dommages et intérêts à verser à Nicolas Sarkozy, partie civile.

RESISTANCE 2008 : illustration Patrick PINON


Romain Dunand a fait appel.

Son procès en appel aura lieu demain, mercredi 22 octobre 2008 à 9 h, devant la 11e chambre - section B de la Cour d’appel de Paris - Palais de Justice, escalier K, 2e étage, 6 bd du Palais 75001 Paris (prévoir au moins une demie heure de queue à l’entrée).

Le Collectif pour une dépénalisation du délit d'outrage (CODEDO), fondé en juillet 2008 à l'initiative de Romain DUNAND, Maria VUILLET, poursuivie pour outrage au sous-préfet d'Ile-de-France, Yves BAUMGARTEN et Jean-Jacques REBOUX, tous deux poursuivis pour outrage à agent de police, appelle à un rassemblement de soutien, à 8h 30, devant le palais de Justice.

4, Villa Compoint 75017 Paris


Aujourd'hui mardi 21 octobre à 16 heures à la librairie Résistances, le CODEDO organise une conférence de presse, au cours de laquelle sera présenté le Manifeste pour une dépénalisation du délit d’outrage.

Avec Héléne FRANCO (Syndicat de la magistrature), Marianne LAGRUE (avocate), Emmanuel TERRAY (anthropologue, auteur de "1942-2006: réflexions sur un parallèle contesté"), Florimond GUIMARD (RESF), Maurice RAJSFUS (Observatoire des libertés publiques), Romain DUNAND et Hervé EON.

Avec la participation des membres fondateurs du CODEDO : Maria VUILLET (outrageuse de sous-préfet), Serge et Sabrina SZMUSZKOWICZ (outrageurs de gendarme), Yves BAUMGARTEN et Jean-Jacques REBOUX (outrageurs de policier).



PS: Pour mémoire (extrait d'un article de Napakatbra à l'adresse Les mots ont un sens):

Jeudi 30 Août 2007, devant une assemblée rieuse du MEDEF, Nicolas Sarkozy, fier comme un coq, annonçait joyeusement «à quoi sert-il d'expliquer à nos enfants que Vichy et la collaboration, c'est une page sombre de notre histoire, et de tolérer des contrôles fiscaux ou des enquêtes sur dénonciation anonyme ? Ce n'est pas la République, cela». Les drilles du MEDEF, les micros, les caméras, il ne s'agit plus de la sphère privée, mais bien de déclarations publiques ! Et si le courriel de Romain est qualifié d'«outrage», alors mécaniquement, le discours de Sarkozy est, lui, qualifiable d'«injure publique» envers les fonctionnaires du FISC ! Au regard de la loi, mais la loi, maintenant... c'est Lui ! Et Sarkozy court toujours...

lundi 20 octobre 2008

Les ponts de Montreuil, suite




Chose promise, voici le communiqué final du sommet citoyen sur les migrations:


Communiqué de Montreuil, le 17 octobre 2008

Nous ne pouvons plus laisser la question des migrations aux seules mains des Etats, qui plus est des Etats du Nord, dans un contexte où la crise économique et financière augmente déjà la pauvreté et risque de renforcer la xénophobie dans les pays d'accueil et de transit des migrants.

Nous ne voulons pas, en réponse à cette situation, d'une politique qui transforme l'Europe en forteresse.


A nous, sociétés civiles du Nord et du Sud, d'inventer ensemble d'autres politiques migratoires et de développement, qui soient fondées sur la justice et le respect des droits et de la dignité humaine.

Nous voulons des ponts, pas des murs !


Nous demandons au gouvernement français qui préside l'Union européenne d'impliquer les sociétés civiles lors de la 2ème Conférence ministérielle Union européenne – Afrique sur "Migrations et Développement" qui aura lieu à Paris fin novembre.

En ce soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, nous lui rappelons l'universalité de ces droits, qui s'appliquent à tous, et donc aux migrants, qu'il aient des papiers ou non.


Nous exigeons :

1. l'application de l'article 13* de la Déclaration universelle des droits de l'Homme en incluant la dépénalisation du franchissement “illégal” des frontières, la ratification de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et de leurs familles, et le respect effectif de la Convention internationale sur les droits de l'enfant dans les pays de départ, de transit et d'accueil ;


* Art 13 de la DUDH:
“Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.”

2. de permettre à tous les migrants d'avoir accès à une complète citoyenneté et de fonder toutes les réglementations concernant les migrants sur l'égalité des droits entre tous les citoyens. Dans l'immédiat, nous exigeons d'élargir les conditions applicables aux résidents communautaires, notamment le droit de vote, à tous les résidents ;

3. le refus de la subordination entre le droit au séjour et le droit au travail, le respect du droit à la vie privée et familiale et l'autonomie du statut pour chacun des conjoints ;


4. la mise en œuvre du droit au développement tel qu'il est défini par la déclaration sur le droit au développement adoptée par les Nations unies en 1986 et l'annulation immédiate de la dette des pays du Sud, d'autant qu'elle rend les Objectifs du Millénaire pour le Développement inatteignables ;


5. des gouvernements du Sud le refus de la signature d'accords bi ou multilatéraux qui portent atteinte à leur intégrité et à leur dignité et comportent des conditionnalités et notamment des clauses de réadmission ;

6. l'arrêt de la militarisation des frontières africaines imposée par l'Union européenne ;


7. la liberté de choix et d'accès du pays d'accueil pour les demandeurs d'asile et les réfugiés (refus du dispositif dit “de Dublin” et des pays dits “sûrs”) et la suppression de toutes les formes d'externalisation des procédures d'asile ;


8. une interprétation extensive de la notion de réfugié, incluant notamment les victimes d'atteintes aux droits économiques, sociaux et environnementaux et les persécutions collectives ;


9. en attendant la fermeture de tous les lieux d'enfermement, l'interdiction de la détention des demandeurs d'asile et la création de mécanismes indépendants de contrôle de ces lieux ;


10. la protection des femmes victimes de violences de toute nature ;


11. une réelle visibilité des actions concrètes des femmes migrantes dans les pays d'origine, de transit et d'accueil dans les enceintes de discussion nationale et internationale ;


12. la protection sans conditions des migrants mineurs et notamment l'interdiction de leur enfermement et de leur expulsion, le respect effectif de leur droit à la formation et à l'éducation, ainsi que la régularisation des jeunes majeurs.



Et pour le plaisir, car il y avait du plaisir à être ensemble de Bastille à République pour la marche de clôture, voici deux vedettes présentes dans le cortège:

La banderole rouge de RESF...

... et le bleu du ciel.

dimanche 19 octobre 2008

Cette honte qui nous survivra

J'aimerai savoir comment fait monsieur Jean René Daubigny 3,avenue de la préfecture 35 026 Rennes cedex 9, préfet d'Ile-et-Vilaine, pour survivre à la honte de ne pas avoir levé le petit doigt pour freiner, puis suspendre, l'expulsion en urgence de Karine Matabiwasaka vers le Congo Kinshasa.

Moi, j'ai la honte de ne pas avoir signé la lettre-pétition qui lui a été envoyée, et moi, je sais que cette honte me survivra.

Voici cette lettre que je n'ai pas signée:

Monsieur le Préfet,

Nous appelons votre attention sur le cas de Karine Matabiwasaka , du Congo Kinshasa, qui risque d’être expulsée alors qu’elle est visiblement malade mentale et relève de la protection de l’asile psychiatrique et du droit à la santé.

Karine, du Congo Kinshasa est passée devant le JLD, à Rennes, samedi 11 octobre Elle sortait de l’hôpital psychiatrique Guillaume Regnier, à Rennes où elle avait été recueillie et soignée., après une prise en charge par l’ASE où elle avait été reçue comme primo arrivante. Elle a été reconnue majeure sur ses simples dires à l’occasion d’un entretien avec un psychiatre qui n’a pas tenu compte du fait qu’elle venait d’être très perturbée par une prise de sang mal supportée car elle serait témoin de Jéhovah. Elle a été plus que confuse et le juge n’a rien compris à ce qu’elle disait.

Cette jeune femme a donc dit au juge qu’elle voulait retourner chez elle, « chez-elle », c’est-à-dire en un lieu où elle serait protégée et soignée, et ce qui ne signifie en rien évidemment le Kinshasa.

Hospitalisée pour troubles psychologiques, reconnue majeure uniquement sur ses dires, on lui a fait signer des "papiers" à la préfecture. Comme, de surcroît il n’a pas été jugé utile de contester l’APRF, elle est "considérée" comme majeure.

En réalité, elle n’aura personne pour l’attendre à Kinshasa ("papa est mort dans la guerre""maman je ne sais pas où elle est,"..."je ne connais pas Kinshasa")

Karine est de toute évidence « schizophrène non stabilisée" et a tout de même passé 45 jours à l’hôpital psychiatrique avant de se faire interpeller le jour de sa sortie devant l’hôpital.

Karine est totalement désorientée.

Si elle retourne au Kinshasa où elle n’a plus aucun lien, elle est livrée directement à la mort lente des personnes désorientées, sans liens et sans ressources.

Nous vous demandons, Monsieur le Préfet, de bien vouloir tenir compte de l’état mental et de l’isolement de cette jeune fille.

Dans cette mesure, nous vous demandons de bien vouloir suspendre les mesures en cours qui conduiraient à son expulsion du territoire français et de faire en sorte que les services de santé prennent pour elle, en France, les mesures de suivi sanitaire qui s’imposent.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Préfet l’assurance de notre haute considération.

Les dernières nouvelles sont sur le site de RESF:

17h : Nouvelles sommaires entendues au cours de la manifestation "Des Ponts Pas des Murs" de la part de "soutiens" qui revenaient de l’aéroport : Ils ont réussi à expulser Karine ! à l’horreur de cet acte répond cependant et heureusement la solidarité humaine : une passagère a promis de la prendre en charge à l’arrivée. A la dernière personne qui a été en contact avec elle, cette nuit à 4 h 20 au départ de Saint-Jacques de la Lande (35), Karine a avoué comme une confidence et en signe d’au revoir qu’elle n’avait que 16 ans !

La pétition est suspendue - nous vous tiendrons au courant


Des images de Kinshasa me reviennent en désordre, et moi, discret vieux monsieur attablé à une banale terrasse de café, j'ai envie de chialer comme un môme.

Et de cela, après tout, je n'aurais aucune honte.

Ce sont des choses qui arrivent dans le monde que vous administrez, monsieur le Préfet.