Je relaye, sans commentaire personnel autre que le titre que j'ai choisi, la lettre qui suit. Ivan et Bruno s'expliquent très bien sans moi.
Mon seul espoir est que cette lettre soit relayée par d'autres, plus sérieux et plus lus que moi.
Lettre d’Ivan et Bruno depuis les prisons de Fresnes et Villepinte.
Salut à tous les copains, à tous ceux qui ne sont pas résignés à la situation que nous vivons : occupation policière des rues, des villes, rafles, expulsions, arrestations, difficultés quotidiennes, dépossession de nos vies ; cette situation qui nous pousse à céder une part grandissante de nos vies aux chefs en tout genre, à ceux qui président à nos destinées, au pouvoir. Si nous prenons le parti de la révolte, c’est pour toutes ces raisons, pour retrouver le pouvoir sur nos vies, pour la liberté de vivre.
Nous avons été arrêtés le 19 janvier. Nous sommes deux en prison, le troisième est sous contrôle judiciaire (il passait par là et avait le tort de nous connaître). Nous avions en notre possession un fumigène que nous avions fait en mélangeant du chlorate de soude, du sucre et de la farine. Enflammé, ce mélange produit un fort dégagement de fumée. Nous projetions de l’utiliser à la fin de la manifestation qui allait ce jour-là devant le centre de rétention de Vincennes. Notre idée : se rendre visible auprès des sans-papiers enfermés, sachant que la police tenterait sûrement de nous empêcher d’approcher du centre. Nous avions aussi des pétards pour faire du bruit et des crèves-pneus (clous tordus) qui peuvent être disposés sur la route pour empêcher les voitures de passer.
Pour la police et la justice, le prétexte est tout trouvé, nous avions les éléments pour une bombe à clous. Voilà ce dont nous sommes accusés:
Transport et détention, en bande organisée, de substance ou produit incendiaire ou explosif d’éléments composant un engin incendiaire ou explosif pour préparer une destruction, dégradation ou atteinte aux personnes. Association de malfaiteurs en vue de commettre un crime de destruction volontaire par l’effet d’un incendie, d’une substance explosive ou de tout autre moyen de nature à créer un danger pour les personnes, commis en bande organisée.
Refus de se prêter aux prises d’empreintes digitales ou de photographies lors d’une vérification d’identité. Refus de se soumettre au prélèvement biologique destiné à l’identification de son empreinte génétique par personne soupçonnée de crime ou délit.
Ça fait froid dans le dos. Voilà pour les faits, nous allons tenter d’y apporter une réflexion.
Ce n’est évidemment pas au regard de ce que nous détenions ou de ce que nous projetions de faire que nous avons été traités de la sorte. L’État criminalise la révolte et tente d’étouffer toute dissidence «non-autorisée». Ce sont nos idées et notre façon de lutter qui sont visées, en dehors des partis, des syndicats ou autres organisations. Face à cette colère que l’État ne parvient ni à gérer ni à récupérer, il isole et désigne l’ennemi intérieur. Les fichiers de police et des renseignements généraux construisent des «profils-types». La figure utilisée dans notre cas est celle de «l’anarcho-autonome». Le pouvoir assimile cette figure à des terroristes, construisant une menace pour créer un consensus auprès de sa population, renforcer son contrôle et justifier la répression.
C’est pourquoi nous sommes aujourd’hui en prison. C’est la solution choisie par l’État pour la gestion des illégalismes, des «populations à risque». Aujourd’hui il faut enfermer plus pour plus longtemps. Les contrôles, toujours plus efficaces, et les sanctions qui font peur assurent à ceux qui détiennent ou profitent du pouvoir une société où chaque individu reste à sa place, sait qu’il ne peut pas franchir les lignes qu’on a tracé pour lui, qui l’entourent et le compriment, sans en payer le prix. Si nous luttons aux côtés de sans-papiers, c’est que nous savons que c’est la même police qui contrôle, le même patron qui exploite, les mêmes murs qui enferment. En allant à la manifestation, nous voulions crier en écho «Liberté» avec les prisonniers, montrer qu’on était nombreux à entendre la révolte qu’ils ont menée pendant plusieurs mois. Allumer un fumigène, tenter de s’approcher le plus possible des grilles de la prison, crier «fermeture des centres de rétention», avec la détermination de vouloir vivre libre. Cette lutte, dans laquelle on peut se reconnaître, est un terrain de complicités à construire, un lieu possible de l’expression de notre propre révolte.
Nous ne nous considérons pas comme des «victimes de la répression». Il n’y a pas de juste répression, de juste enfermement. Il y a la répression et sa fonction de gestion, son rôle de maintien de l’ordre des choses: le pouvoir des possédants face aux dépossédés.
Quand tout le monde marche en ligne, il est plus facile de frapper ceux qui sortent du rang.
Nous espérons que nous sommes nombreux et nombreuses à vouloir posséder pleinement nos vies, à avoir cette rage au cœur pour construire et tisser les solidarités qui feront les révoltes.
Bruno et Ivan, avril 2008
PS: Cette lettre a été publiée sur le site Rap Conscient, et relayée par l'En Dehors.
dimanche 27 avril 2008
Des nouvelles de l'intolérable
… et la tête dans les nuages.
Si cette chère Lulu, du Cantal, était encore là, elle m'aurait harcelé par courriel pour savoir à quoi donc j'avais pu perdre cette belle journée d'hier, au lieu de réaliser le second objectif que je m'étais fixé.
Je lui aurais répondu que j'avais entrepris de rechercher un livre dans ma bibliothèque. Et que je ne l'avais point retrouvé.
Il faut dire que chez moi, par bibliothèque, il faut entendre toutes les pièces, à la seule exception des toilettes. Je n'y lis que le journal, car si le poète a dit (à peu près): "L'acte d'amour, comme l'acte de poésie, est incompatible avec la lecture du journal à haute voix"*, j'estime que l'incompatibilité n'a pas à être étendue à d'autres actes vitaux.
Cela indique l'ampleur de la tâche.
Cette tâche me paraissait indispensable, car la matinale contemplation de mon pommier en fleur m'avait encore propulsé dans des nuages poétiques (c'est compulsif).
Au lieu de songer à quelque haïku d'Issa, il m'était revenu le début de ce fragment de Senancour que Philippe Jaccottet aime à citer et commente dans Paysages avec figures absentes (Gallimard 1970,1976):
«Si les fleurs n'étaient que belles sous nos yeux, elles séduiraient encore; mais quelquefois leur parfum entraîne, comme une heureuse condition de l'existence, comme un appel subit, un retour à la vie plus intime. Soit que j'aie cherché ces émanations invisibles, soit surtout qu'elles s'offrent, qu'elles surprennent, je les reçois comme une expression forte, mais précaire, d'une pensée dont le monde matériel renferme et voile le secret» Senancour, Oberman, fragment sans date tiré du supplément de 1833.

Voici la fin du commentaire de Jaccottet:
«Mon émotion, mon bonheur, l'éveil de mon attention, mon "retour à une vie plus intime", en particulier à certains moments et dans certains lieux, il était impossible, il eût été incompréhensible, la profondeur de ces réactions m'en assurait, qu'elles ne fussent pas "liées à une pensée dont le monde matériel renferme et voile le secret". Ces lieux, ces moments, quelquefois j'ai tenté de les laisser rayonner dans leur puissance immédiate, plus souvent j'ai cru devoir m'enfoncer en eux pour les comprendre; et il me semblait en même temps en moi. Peut-être en viendrai-je à reconnaître que c'est là le seul langage, avec celui des poètes qui le parlent, auquel spontanément j'aie ajouté foi.» Paysage avec figures absentes.
Il ne faudrait pas, je pense, lire ces réflexion en étant prêt à tomber dans l'impasse irrespirable de je ne sais quel "sentiment océanique" de la divinité. C'est ici affaire d'émotion et de langage, ce langage poétique, qui permet de creuser encore, malgré tout ce qu'il faut taire, dans l'indicible.
Je ne vous dirai pas que toute l'œuvre de Jaccottet est là, mais une grande part, écrite avec une très grande retenue et une très grande modestie. Malgré son travail indispensable de traducteur (il nous a permis de lire Musil, Rilke… et beaucoup d'autres), malgré la grandeur de sa poésie, il écrit:
Tant d'années,
et vraiment si maigre savoir,
cœur si défaillant ?
Pas la plus fruste obole dont payer
le passeur, s'il approche ?
- J'ai fait provision d'herbe et d'eau rapide,
je me suis gardé léger
pour que la barque enfonce moins.
* Cette citation est de: Paul Claudel, André Breton, Jean-Marie Bigard…?…
Question subsidiaire: Quel est le point commun entre les trois auteurs proposés ?
Le gagnant (mais je m'arrangerai pour que ce soit une gagnante) recevra, poste restante, deux photos de moi, dédicacées et signées "Alain Delon" pour la première (j'y serai glabre), et "Laurent Joffrin" pour la seconde (j'y serai barbichu).
PS1: Grand merci à mon amie X, dont la bibliothèque est un modèle d'ordre et ne comporte, en attente indéterminée, aucun des livres que je lui ai prêtés, pour m'avoir autorisé à feuilleter son exemplaire de Pensées sous les nuages.
PS2: L'aquarelle d'Anne-Marie Haesler-Jaccottet qui illustre ce billet provient de cette très belle page.
PS3: De Philippe Jaccottet viennent de paraître: Un calme feu (Editions Fata Morgana, 2007), notes d'un voyage au Liban et en Syrie, et Ce peu de bruits (Gallimard, 2008), notes du voyage immobile du vieux poète
PS4: Quatre liens internes, une note contenant un jeu richement doté et trois PS, ça ne vous suffit pas ?
samedi 26 avril 2008
Les pieds dans la rosée
Au réveil, je me suis dit: "Guy M. va se secouer!"
Au réveil, mon côté "Alain Delon" reprend souvent le dessus: je m'interpelle par mon nom (mon pseudo depuis que je blogue) et parle de moi à la troisième personne. Ma ressemblance avec Alain Delon m'a pourrit la vie dès la naissance; l'âge venant, notre commune et simultanée décrépitude n'a fait que l'accentuer, cette ressemblance. Et être obligé de perpétuellement répondre "Alain Delon va vous signer un autographe" à chaque demande qu'on me faisait dans la rue, m'a lentement conduit à laisser pousser cette célèbre barbiche qui me donne un faux air de Laurent Joffrin, qui lui a l'air faux, ce qui évite les malentendus. Et puis on demande beaucoup moins d'autographes à Laurent Joffrin qu'à Alain Delon.
Mais comment savoir si Laurent Joffrin, au réveil, ne se prend pas pour Alain Delon, d'où cette persistance matinale de la troisième personne chez moi, qui disparaît avec le premier café.
Alors, comme tout le monde, je me tutoie et nous (moi-je et moi-tu) établissons de manière constructive le programme de la journée.
Aujourd'hui, deux projets à mener à bien.
Premier projet: adresser un signe amical aux tenanciers du blog La Fleur au Fusil, qui ont eu la gentillesse de me placer dans leurs références (m'a-t-on récemment appris).
La Fleur au Fusil est un très beau blog de photos où interviennent Claude Rayon, Fleurose, Michel Boisnard, Pedro Rodriguez, Tilu et Vanessa Caradant. Cela faisait un certain temps que je n'avais pas été batifoler dans leurs pages, j'y suis retourné et c'est toujours aussi bien.
Impossible de leur adresser une bonne photo. Un(e) photographe est quelqu'un(e) qui VOIT, moi je ne fais que regarder et je ne vois rien: ni les caresses de la lumière, ni les alliances ou oppositions des couleurs, ni les contrastes du moment, ni les angles révélateurs, ni les cadrages possibles… Alors, me suis-je dit, je vais leur faire un truc second degré, genre souvenir de Normandie de très bon goût, carte postale avec pommiers en fleurs.
Je me suis approché, à peine caféiné, les pieds dans la rosée, du pommier qui commence sa floraison dans le fond du jardin. Pour le prendre en entier avec une vache devant, il me manquait une vache. Pour le prendre en entier sans vache, c'était possible, mais l'arrière plan ne me convenait pas, et il était trop tôt pour demander à mes calamiteux voisins de détruire leurs horreurs de maison ou de couper à ras leurs affreuses haies de thuyas. J'en fus réduit à une pauvre petite fleur, mais de pommier normand bien de chez moi. J'ai bien mis le truc anti-yeux-rouges (il paraît que ça se fait), alors le rose, il est, comme qui dirait, naturel.

Voilà entre leurs photos et la mienne, il y a la différence que l'on peut déceler entre un Monet et un calendrier des Postes.
Mais c'est du second degré, hein!
PS: A part ça, il y avait un deuxième projet (il faut toujours avoir deux choses importante à faire dans une journée), eh bien, il a été remis (c'est à cela que sert ce second projet indispensable).
vendredi 25 avril 2008
Et crachons dans la bétonnière
pour les patrons de l'hôtellerie qu'il faut oublier
ces autres entrepreneurs emblématiques du
"Ta gueule, hé, j'travaille!"
Guy M. , Aphorismes pré-posthumes (à paraître)
Je me demande si les bredouillis de monsieur Brice Hortefeux ne sont pas partie intégrante et structurante de sa personnalité un peu falote et lunaire. Il a toujours l'air de débarquer de la lune rousse; et à force d'avoir cet air de débarquer, il s'est laissé entraîner dans ces histoires d'embarquements immédiats de clandestins, dont il aimerait peut-être se laver les mains.
Aux dires de certains, ce serait un homme fort affable, d'un humour charmant et même capable de se présenter sur le plateau de Laurent Rucquier, sans préparation intensive, et d'y faire bonne figure. Sur ce dernier point, je ne peux confirmer, je ne regarde pas Laurent Rucquier. Dans mon village je suis connu comme un monsieur honnét' et prop': effectivement, cela fait des décennies que je n'ai pas acheté une revue porno, et je n'ai jamais mis les pieds dans un boxon.

Monsieur Hortefeux n'a pas à être embarrassé et peut maintenir le cap: le coup de main du patronat et l'accompagnement des syndicats dans l'affaire des 600 grévistes sans-papiers, dont une grosse centaine seront vraiment régularisés (et non pas "naturalisés", c'est très différent, monsieur le Président!) provoque certes "un petit souci" pour tenir les objectifs chiffrés, mais renforce, ô combien! le dogme rather couillu (comme disent certains de mes amis anglo-saxons) de l'immigration par et pour le TRAVAIL (qui rend libre).
Avec quelques ajustements de communication, quelques hochements de tête approbateurs de l'opposition, quelques analyses par des spécialistes de la guimauve-langue du consensus, l'idée de la nécessité de maîtriser les "flux migratoires" avec un humanisme économiquement dosé devrait faire son chemin.
Et comme je suis, ce soir, flamboyant d'un optimisme béat, quoiqu'un peu antiphraseux, j'y aperçois un autre avantage à l'horizon. Pas nouveau-nouveau, mais toujours utile: c'est de réveiller un peu la vieille xénophobie populiste de la clientèle d'extrème-droite. Vous pouvez en trouver une amorce particulièrement hypocrite dans cet article de prétendue réflexion: "Vive les sans-papiers, à bas le smic!" La lecture rapide des commentaires qui le suivent donne une idée de la riche utilisation que pourront faire de ce thème les braves gens raisonnables au café de l'Economie et du Commerce.
Il reviendrait aux "forces de gauche" et, par exemple aux syndicats de contrer ce type de dérive. Mais ils sont devenus si raisonnables eux-aussi… Comment leur accorder un quelconque crédit ?

Sous les quolibets du Café du Commerce, des particuliers et des associations poursuivent leur travail.
La Cimade exerce depuis 1985 une mission d’accompagnement des étrangers dans les centres de rétention administrative. D’abord essentiellement sociale, elle est aujourd’hui définie comme une mission d’aide à l’exercice des droits des personnes retenues.
Le rapport 2007 vient d'être publié et a été mis en téléchargement hier à cette adresse. Il faudrait le citer en totalité: c'est le portrait fidèle et documenté de ce qui continuera d'être l'intolérable que les gens bien raisonnables tolèrent.

L'extension des centres existants et la construction de nouveaux centres de rétention vont fournir du travail dans l'industrie du bâtiment; réjouissons-nous: quand le bâtiment va, tout va.
Cracher dans la bétonnière, ça soulage.
Mais très peu.
jeudi 24 avril 2008
Crachons dans la soupière
Les quelques ancienNEs élèves qui suivent ce blog avec autant d'attention qu'autrefois mes cours (ce qui leur laisse des loisirs) se souviennent sans doute qu'il m'arrivait à l'occasion de broder brillamment sur quelques aphorismes bien frappés au coin du non sens, tout en me déplaçant en crabe vers le bureau où je pensais trouver, dans mes papiers étalés ou (horresco referens) au fond de ma pouque*, la solution du fichu exercice que j'avais eu la témérité de leur donner.
"Vous ne trouvez pas? Tant pis. Je vous pardonne… Il faut toujours pardonner à la triste humanité…Parce que l'humanité a quand même à son actif trois inventions incontestables... Par ordre d'importance croissante: les mathématiques, la poésie et la sauce au beurre blanc."
Disais-je.
Par exemple.
Et seul le redoublant comprenait que sous le nappage de la sauce au beurre blanc, il fallait identifier métonymiquement la gastronomie.
Je pense que monsieur Sarkozy nous fera la grâce de ne parler ni de mathématiques, ni de poésie… Mais il se trouve que ce sportif buveur d'eau, qui par ailleurs doit exiger un dosage de "ses" plats au pèse-lettre, a imaginé de faire inscrire la gastronomie française au patrimoine mondial immatériel de l'Humanité.

Va-t-on "classer" le cassoulet toulousain, la potée auvergnate, le kig ha farz breton, le stofi aveyronnais, etc. et fixer à jamais une norme patrimoniale de ces plats, alors que leur dégustation ne peut s'accompagner que d'une boisson qui ne fasse pas écran et d'une controverse acharnée sur les éléments de la recette qui encourage à se resservir pour vérification? Il paraît que non: monsieur S#### pourra toujours ajouter du "goût ciboulette"(sic) à son "cassoulet" et mon ami Y. du gingembre râpé (sic itou, mais efficace!) au sien.
Va-t-on alors honorer à jamais les prétentions de la plupart des officines où l'on fait dans l'inventivité culinaire ? Vous connaissez sans doute ces "boutiques" où, après une calamiteuse "terrine de lièvre aux vapeurs d'hysope, avec ses noisettes caramélisées au vinaigre de Modène" (pauvre bête, ça doit être douloureux), vous pouvez vous offrir une "longe d'espadon en petit ragoût indien au lait de coco, et son duo de riz safranés en timbales (je peux vous fournir la recette, si vous voulez) et vous pouvez terminer en beauté avec, importé du menu enfant, un "chaud-froid de croque-monsieur à la banane et au chocolat, rafraîchi à la vanille de Madagascar" (merci à la brasserie Flo (Py), pour la recette).
Il me semble bien que personne ne sait trop à quoi va mener cette demande de "classement".
Ce qui est certain, c'est qu'elle a été annoncée avec un grand "smiley" électoral enjôleur en direction des professionnels de la corporation dite des industries de l'hôtellerie et de la restauration. Car il ne faut pas oublier que ce que l'on présente, affublé d'une blouse de dentiste, avec un sympathique accent du sud-ouest, comme un art de la convivialité, où l'on "travaille" de bons "produits" pour le plus plaisir de la clientèle, est aussi et surtout une industrie.
Le patronat de cette industrie est probablement l'un des plus rapide à l'ouvrir dans le style "moi, monsieur, je travaille" ou "nous produisons de la richesse, nous, monsieur". Les conditions de travail dans le secteur ne sont pas optimales et la gestion des ressources humaines peut éventuellement se solder à coups de pieds au cul (ben, quoi, quand on a les mains prises…). Les formations qui mènent là sont remarquables par leurs vertus pédagogiques. Allez, si le cœur vous en dit, dîner dans un restaurant d'application d'un lycée hôtelier**. Vous pourrez y observer ces gamins ou gamines faisant le service en tremblant, sous l'œil implacable d'un prof, maître d'hôtel couperosé, qui va "les noter". A dire vrai, le spectacle de ce dressage à la soumission, à l'obséquiosité et à la servilité, peut expliquer la maigreur des portions proposées. Il est difficile d'en avaler plus.
Il est évident pour tout le monde que ce n'est pas par philanthropie (pure ou impure) que les patrons de la restauration ont soutenu leurs employés sans-papiers dans leur lutte pour une régularisation.
Cela n'empêche pas de se réjouir du succès de ceux qui ont réussi, et des bredouillements consécutifs de monsieur Brice Hortefeux***…

Sur tout cela, je délirerai demain****.
* "Pouque", en vernaculaire normand, signifie "sac", puis par extension "cartable", puis, suite à la disparition du cartable, à nouveau "sac" (mais "à dos").
** C'est très bon, pas cher, pas copieux (parfois il y a du rab), mais il faut réserver à l'avance.
*** C'est hors de propos, mais tant pis… J'ai entendu ce matin, quasiment au réveil, notre camarade Didier Porte, chroniquant chez le normalien braillard de France-Inter, Nicolas Demorand, s'amuser du fait que monsieur Hortefeux, qui semble affecté du syndrome du raton-laveur, exige une boîte de lingettes dans sa voiture de fonction et se lave les mains vingt fois par jour (comme on dit: ya kékchose là-dessous, non?). Je trouve que vingt poignées de mains par jour, c'est peu, pour un ministre aussi populaire.
**** J'ai décidé que monsieur Sarkozy ne passerait pas à la télé pour moi. (A moins qu'il ne vienne annoncer sa démission).
mercredi 23 avril 2008
Tout, et même n'importe quoi
Y en a, j'vous jure, qui me feraient tomber dans la vulgarité la plus totale.
Mais heureusement, je m'écoute écrire… Cela fait un petit rythme syncopé, avec de profonds silences où l'ange de l'écriture passe et m'abandonne. J'aimerais beaucoup trouver un petit logiciel qui accompagnerait la frappe du bruit de la machine à écrire qu'utilisait l'un des grands auteurs américains de roman noir, tchik keu tchik dong dong tchitchik keu tchik ding. Le plus difficile est bien sûr de bien programmer le "ding" qui prévient de la toute proche fin de ligne et prépare psychologiquement au retour (manuel) du chariot (accompagné d'une lampée de bourbon).
Un qui me gonfle, qui me GONFLE, qui me GONFLE (je ne trouve pas d'autre mot) sérieusement, depuis longtemps, mais surtout en ce moment, c'est Dany-le-claoune. Vous savez bien, le baratineur surdimensionné pour assemblées générales, devenu démocrate respectable, mais qui ne porte pas le costard-cravate (attention: contestation!) et qui dédicace maintenant son bouquin au Sarko au lieu de lui envoyer par le travers dans la tronche…
Comme cet œdème me semble assez partagé, quoique en une langue dominée, par Denis Perais et Nadine Floury, auteurs d'un très bon article paru sur le site d'Acrimed, je vous y envoie: et hop, c'est là!
Et pour l'anniversaire lui-même, puisqu'il semble impossible d'y échapper, autant aller dans les lieux où quelque chose continue à vivre, bordéliquement, en mélangeant des utopies d'hier, d'avant, de maintenant et d'après (s'il y en a un), en mélangeant la déconnade pure et le dur militantisme, les discussions sérieuses à se flinguer et les bals populaires animés par Riton la Manivelle, Arnaud le facteur & Mana la Manouche, the Fabulous Turtle Brothers, l'orchestre Melodica de la place des Fêtes…

C'est ce que propose le Festival des Résistances et Alternatives de Paris, dans ces quelques lieux où la liberté se vit encore sur le mode libertaire et non pas libéral. Il en reste peu, profitez-en.
Et ce n'est généralement pas loin de chez moi. Je peux vous faire la visite du quartier en passant par tous les escaliers et toutes les bibliothèques.
Vous trouverez le programme à cet endroit.
C'est évidemment un programme provisoire et foutraque, et pour longtemps.
Il y a de tout et du n'importe quoi où je ne mettrai sûrement pas les pieds. Mais c'est comme ça (et d'ailleurs, ex-camarades donneurs de leçons d'histoire, vous savez bien que c'était aussi déjà comme ça).
mardi 22 avril 2008
Réponse publique à une question privée
Les trois fidèles de ce blog connaissent déjà LA quatrième, ma groupie du Cantal qui, ayant trouvé mon adresse, sature ma boîte virtuelle de courriels hystériques et libidineux, d'un volcanisme, un peu ancien certes, mais qui ne laisse point de m'inquiéter. On a vu souvent, n'est-ce pas, rejaillir le feu d'un ancien volcan qu'on croyait trop vieux. Ne me reprochez pas mon absence de courtoisie, j'ai connu Lulu à l'école primaire de Trifouillis-la-campagne, elle ne cachait rien, et surtout pas son âge, qui était double du mien. Il n'y a pas de raison que ce dernier point ait changé.
Or donc voici: Lulu insiste pour que je révèle publiquement les véritables raisons de ma présence à La Rochelle; elle craint, que dis-je, elle redoute que ce ne fût pour de sombres motifs gaudriollesques. Ses menaces étant détaillées, précises et chirurgicalement réalisables avec ses moyens rudimentaires, je me vois contraint de lui donner satisfaction.
En vrai, je me suis rendu à La Rochelle pour me rapprocher de l'île de Ré.
Et pourquoi l'île de Ré ? diras-tu, Lulu.
D'abord, dire Merde à Vauban.*
Et surtout perpétrer un attentat pâtissier suicide sur la personne de monsieur Yonel Jospin, résident intermittent de l'île de Ré (et pas au bagne).
On connaît, car j'en ai déjà parlé ici, mes pulsions gloupières; je comptais innover en utilisant un baba au rhum bien coulant - le sirop parfumé du baba me semble plus pégueux que la crème et mon identité normande se refuse à jeter de la "bonne marchandise".
Mais pourquoi donc Yonel ? dis-tu Lulu.
Parce que.
Parce que Yonel Jospin est pour moi l'icône de l'impuissance du prétendu Parti Socialiste, et plus même que l'icône, il est, fait homme, le Verbe terne, médiocre, décoloré, de ce parti. Il incarne le manque absolu d'imagination d'un second de la classe, qui s'applique à garder sa place sans surtout briller, ni choquer qui que ce soit. Et quand il veut se hausser d'un cran, en y allant comme à reculons, il la perd, cette place, face à deux roublards en goguette. Drapé dans une dignité blessée, il se retire pour mieux revenir, de temps à autre, regarder par dessus l'épaule des autres emplâtres qui lui ont succédé à la tête du parti, et jouer les grands sages qui n'ont rien dit, mais qui n'en pensent pas moins (et qui l'écrivent). Son empreinte demeure sur cette direction du parti, qui se chamaille, avec ce discours atone, sans vie, de recalés du conservatoire d'Art Dramatique**.
A La Rochelle, mon contact, rencontré discrètement au café de la Paix, rue ou place de Verdun, m'informa que Yonel s'était absenté pour "communiquer" de toute sa lumière éteinte dans une émission de radio ou de télé…
Le projet tombait à l'eau et le dieu de la météorologie sait qu'il en tombait aussi, de l'eau. La Rochelle ruisselait de toutes ses gouttières et plus trempé qu'un baba au rhum, je rentrai à l'Hôtel où la petite dame*** m'assura que "ça arrivait même en saison". En plus, j'étais hors-saison!
En cherchant à me perdre dans la vieille ville (entreprise ardue, comme dans toutes les villes à remparts), je finis par arriver dans le quartier Saint-Nicolas, ancien quartier de marins. Pas de rues à arcades, mais pas non plus de ces boutiques de "luxe" qui accompagnent leur vulgarité naturelle et assumée de bouffées de ces parfums entêtants à vous faire regretter les lacrymos de la maréchaussée.
Et puis, sur une petite place (de la Fourche, si ma mémoire est fidèle), j'ai vu une petite galerie, qui s'appelle La Petite Galerie, où un peu de soleil s'était réfugié.
Il y avait là des céramiques de Laurent Dufour****, d'abord des plats et des coupes portant des graphismes sur fond blanc-gris-blanc avec variations, et surtout des plaques de poteries, plus colorées que j'ai bien aimé regarder et que j'ai tenté de photographier*****.


Toutes les pièces sont cuites dans un grand four à bois, donc en présence de la flamme qui "intervient" de manière un peu aléatoire dans le résultat final. Laurent Dufour m'a montré de tels effets sur cette pièce.
Nous avons un peu parloté, j'ai joué aussi sérieusement que possible mon rôle de cuistre parisien désargenté… Quand je suis reparti, le soleil continuait de tomber en morceaux, mais j'avais une petite provision de couleurs dans les yeux.

* Paroles: Pierre Seghers. Musique: Léo Ferré
Bagnard, au bagne de Vauban
Dans l'îl' de Ré
J'mang' du pain noir et des murs blancs
Dans l'îl' de Ré
A la vill' m'attend ma mignonn'
Mais dans vingt ans
Pour ell' je n'serai plus personn'
Merde à Vauban
(…)
** Le parti découvre l'idéal et le réel… ai-je lu quelque part. Cela me rappelle Laurent Fabius citant le docteur Lacan à propos du Réel. Feint-il (et les autres avec lui) d'ignorer que pour un socialiste, plus encore que pour un lacanien, le Réel est l'impossible et que justement, être réaliste, c'est exiger l'impossible?
*** Je choisis toujours des hôtels tenus par des petites dames… Est-ce grave, docteur?
**** à Charpenet Prissac (Je suppose que ça doit être dans les Charentes Maritimes).
***** J'ai honte du résultat, mais je sais que la honte ne me survivra pas (Pardon, Kafka).