Alors que les députés avaient institué, pour les adultes bénéficiaires de l'AME (Aide Médicale d'État) une contribution forfaitaire de 30 euros par an, les sénateurs avaient voté un amendement annulant cette disposition. Les sénateurs ont parfois des mouvements d'humeur et des éclairs de sagesse...
La commission mixte paritaire (CMP), formée de sept députés et de sept sénateurs, a terminé lundi soir ses travaux d'harmonisation entre les deux versions du projet de budget 2011 où sont inclus ces arrangements de l'AME.
Une courte dépêche de l'AFP annonce un des accommodements adoptés par la commission :
Aide médicale d'État : rétablissement du droit d'entrée de 30 euros
Les bénéficiaires de l'Aide médicale d'État (AME, pour les étrangers sans papiers et à faibles ressources) devront payer un droit d'entrée de 30 euros, selon les conclusions de la commission mixte paritaire (CMP) qui s'est achevée lundi soir, a-t-on appris de source parlementaire.
La CMP (sept députés et sept sénateurs) est donc revenue à la version de l'Assemblée nationale pour cette mesure du projet de budget 2011.
(...)
Sur ce point et quelques autres, le Premier ministre François Fillon avait réclamé le retour à la copie votée par l'Assemblée.
Monsieur Fillon doit être content. "Sur ce point", il aura eu le dernier mot.
Ah mais !
jeudi 16 décembre 2010
Le dernier mot
mercredi 15 décembre 2010
Les fraises de décembre
En décembre, les fraises du Mesnil-sous-Jumièges, que je trouve habituellement sur le marché, ont disparu depuis longtemps, et comme je suis assez respectueux du calendrier dans mon approvisionnement en fruits et légumes, j'attends patiemment. Elles reviendront, lorsque l'air aura repris une certaine légèreté pétillante, et surtout lorsque la lumière matinale aura retrouvé cette transparence particulière qui annonce l'été.
Mais je viens d'apprendre que je devrais bientôt trouver, "disponibles en barquettes de 250 grammes, en grande surface, en magasins spécialisés et sur les marchés dans toute la France", "deux variétés de fraises, aux excellentes qualités gustatives", "les «Sweet Charly» et les «Tamar»"; et cela, durant toute la "période festive" qui m'attend.
De quoi ébranler mon dogmatisme de vieux chenoque attaché aux rythmes saisonniers !
C'est un communiqué publi-informatif, téléchargeable sur le site d'information de l'ambassade d'Israël en France, qui m'a permis d'envisager ainsi "un hiver gourmand et festif avec des fraises de grande qualité".
Il m'annonce d'abord ceci:
Les premières fraises de Gaza viennent tout juste d’arriver sur le marché de Rungis à Paris. Les produits agricoles de la Bande de Gaza reprennent en effet le chemin de l’exportation grâce à Agrexco-Carmel qui travaille en partenariat avec les producteurs palestiniens depuis plus de 30 ans.
Il m'explique aussi comment vont me parvenir ces fraises de Gaza:
Agrexco-Carmel distribue ces marchandises venues de Gaza sous la marque Coral et gère l’intégralité de leur logistique. Les produits récoltés dans la Bande de Gaza sortent tous par la porte «Kerem Shalom», pour rejoindre la ville d’Ashdod sur la côte israélienne et prendre le départ pour l’Europe par avions ou par bateaux.
Au retour d’Europe, les bateaux d’Agrexco-Carmel reviennent avec des voitures de marques françaises à destination des Palestiniens.
Et, cerise sur le gâteau - les fraises n'étaient pas encore arrivées -, une déclaration de monsieur Ouzi Kouris, PDG d'Agrexco-Carmel France, devrait achever de me convaincre:
"Agrexco-Carmel travaille avec les groupements de producteurs palestiniens de la bande de Gaza depuis plus de 30 ans, en dehors de toute polémique politique ou religieuse. C’est à leur demande que nous avons pris en charge la logistique et la commercialisation de leur marque «CORAL», avec ses produits emblématiques. Aujourd’hui, c’est donc avec grand plaisir que nous avons mis en œuvre tous les moyens nécessaires à la reprise de leurs exportations. Nous attachons beaucoup d’importance à ce partenariat et, en janvier prochain, nous accueillerons un groupe de producteurs palestiniens et nous lui ferons visiter le marché de Rungis. Nous sommes très heureux de cette coopération, qui permet à nouveau aux Français de profiter, en contresaison, des délicieuses fraises et des magnifiques œillets venus de Gaza."
Le site du Crif (Conseil Représentatif des Institutions juives de France) relaye, sans commentaire, ce communiqué commercial qui est daté du 6 décembre.
Hier, l'éditorial du président du Crif, monsieur Richard Prasquier, intitulé «Boycott : Martine Aubry a remis les pendules à l’heure» (!), reprend la nouvelle, pour aborder la question du boycott :
En ces jours où la coopérative israélienne Agrexco importe, sur la demande même des producteurs, des fraises venant de Gaza, parfaitement sourcées, l’appel au boycott devrait clairement apparaître pour ce qu’il est : un prétexte pour instiller dans la population de notre pays l’idée que Israël est un état illégitime.
Les déclarations de monsieur Ouzi Kouris m'avaient déjà inspiré une très grande réserve à l'égard des pratiques commerciales paternalistes de sa société. Ah ! quelle grande idée que celle de cette visite à Rungis ! De quoi en mettre plein la vue, à tous ces "palos" incapables de mettre tous seuls leurs produits sur le marché...
Mais les propos de monsieur Richard Prasquier, en reliant si étroitement, et de manière si audacieuse dans leur dialectique, l'arrivée des fraises dites "de Gaza", ces fraises "parfaitement sourcées", sur le marché français avec l'idée de légitimité de la politique de l'état d'Israël, achèvent de me convaincre.
Je n'ai aucune envie de manger des fraises en décembre, et encore moins ces fraises-là.
(!) Précisons :
"Martine Aubry avait été d’une grande clarté au dîner du CRIF du 8 Novembre 2010. Elle avait déclaré que loin de faciliter la paix, ceux qui prônent le boycott contre Israël portent l’intolérance et la haine."
Et voilà pourquoi les pendules sont à l'heure...
PS: A propos d'audace dialectique, les esprits curieux de voir jusqu'où elle peut aller chez les adversaires de la campagne BSD (Boycott-Désinvestissement-Sanction), liront avec profit le "point de vue" que monsieur Denis MacShane, député britannique, ancien ministre des affaires européennes de monsieur Tony Blair, a réussi à caser dans les pages du Monde.
Le Monde nous le présente comme ayant "présidé une commission d'enquête de la Chambre des communes sur l'antisémitisme actuel en Grande-Bretagne" et "l'auteur de "Mondialiser la haine. Le nouvel antisémitisme !" (Weidenfeld et Nicolson)".
On peut aussi savoir que cet européen façon traité de Lisbonne est aussi l'auteur d'une biographie de François Mitterrand, et probablement de quelques malversations, révélées par Mail on line en juin 2009. Il est actuellement en délicatesse avec son parti, le Labour...
Sans parler de fraises, il ramène cependant la sienne, et de belle manière, "parfaitement sourcée" :
Kauf nicht bei Juden – "N'achetez pas chez les juifs" – est de retour. L'appel au boycott du commerce juif est une vielle lubie politique de l'Europe. Une fois de plus, alors qu'une avalanche de haine s'abat contre Israël, à droite comme à gauche, des idéologues islamistes aux élites culturelles, on souhaite punir les juifs.
Pour la suite, je vous ai indiqué le chemin.
mardi 14 décembre 2010
Des gens dangereux
"Des goûts et des couleurs, il ne faut point disputer", disait ma grand-mère qui parfois s'exprimait comme les pages roses du petit Larousse (illustré).
Monsieur Amine Benalia-Brouch, jeune UMPiste issu de l'immigration, a eu le mauvais goût de vouloir se faire photographier en compagnie de monsieur Brice Hortefeux, mais il n'avait pas tout à fait la bonne couleur pour passer inaperçu. Il a récemment livré au public le récit des aventures cocasses qui lui sont arrivées depuis ce jour où il a découvert qu'il "ne correspond[ait] pas du tout au prototype"...
Je ne suis pas vraiment convaincu que ce jeune homme ait beaucoup de goût pour les couleurs de la vérité. Mais il attribue à monsieur Brice Hortefeux une confidence qui, si elle n'est pas vraie, semble assez bien trouvée. Un mois avant son procès, alors que notre collectionneur de photos-souvenirs s'étonnait que le ministre puisse être condamné pour injure raciale, celui-ci lui aurait glissé cette maxime de grande sagesse politique :
"Vous savez, là où il y a justice, il y a danger."
Belle invention, si c'en est une, que de placer cette sentence désabusée dans la bouche d'un des plus actifs pourfendeurs de l'illégalité !
D'autant plus que monsieur Hortefeux semble avoir une certaine propension à laisser s'échapper, dans ses propos, quelques éléments erratiques où l'on sent bien que veut s'exprimer un quelque chose de l'ordre de l'ineffable.
Bref, chez monsieur Hortefeux, qui peut aussi nous gratifier d'un joli lapsus occasionnel, "ça" cause toujours un peu trop...
Ayant à s'exprimer sur les peines de prison ferme prononcées par le tribunal de Bobigny à l'encontre des sept policiers "menteurs" et sur la manifestation de protestation de deux cents de leurs collègues devant le palais de justice, monsieur Hortefeux a tenu ces propos :
"Sans naturellement méconnaître la nature des faits qui ont été reprochés aux policiers, ce jugement, dans la mesure où il condamne chacun des sept fonctionnaires à une peine de prison ferme, peut légitimement apparaître, aux yeux des forces de sécurité, comme disproportionné. Notre société ne doit pas se tromper de cible : ce sont les délinquants et les criminels qu’il faut mettre hors d’état de nuire."
La première phrase aurait été largement suffisante pour que l'on comprenne la pensée du ministre de l'Intérieur, et que l'on s'interroge sur ce qui serait, en ce cas, proportionné au sens de monsieur Hortefeux (*)...
Mais il a tenu à ajouter cette considération générale:
"Notre société ne doit pas se tromper de cible : ce sont les délinquants et les criminels qu’il faut mettre hors d’état de nuire."
Certes, dans son vocabulaire de porte-flingue tireur d'élite, le ministre de l'Intérieur n'entend donner qu'une n-ième mouture de son programme sécuritaire à tolérance zéro. Mais il nous laisse aussi entendre des choses plus inquiétantes. En opposant "les délinquants et les criminels" aux sept policiers condamnés à des peines de prison ferme, il semble que pour lui aucun policier ne puisse être "légitimement" considéré comme délinquant ou criminel, et, par conséquent, mis "hors d’état de nuire".
Mais il y a peut-être là une autre vérité qui affleure dans les paroles du ministre. En mettant "hors d’état de nuire" des policiers déviants et maladroits - puisqu'ils se sont fait prendre -, "notre société" se tromperait de "cible" en se privant, pour des broutilles, de précieux auxiliaires qui, privés de leur capacité de nuisance - ou encore de la possibilité qu'on leur octroie d'exercer la violence légale -, perdraient toute utilité sociale.
Quel gâchis, n'est-ce pas ?
Selon certains, "notre société", pourtant régie selon les grands principes de cette vieille chose distinguée et de bon goût qu'on nomme "démocratie", aurait tout à gagner si l'on pouvait continuer, comme on le fait déjà, de dire :
"Vous savez, là où il y a police, il y a danger."
* Un sévère avertissement disciplinaire, un blâme réglementaire à la Coluche ou ce genre, lui auraient probablement semblé plus convenables pour des policiers qui ont produit de manière délibérée un faux procès-verbal sur un accident provoqué par un des leurs, et ont ainsi fait accuser un innocent, tabassé copieusement lors de sa garde à vue, l'exposant à une peine de réclusion à perpétuité.
lundi 13 décembre 2010
Avec mes meilleurs sentiments
Ce texte des ami(e)s du RESF, comme on dit, je le revendique et je l'assume:
Dans 15 jours, ce sera Noël, fête entre toutes des enfants et des parents, pour beaucoup. Joie, bisous, cadeaux, émerveillement des tout petits.
Pourtant, pour un certain nombre d’enfants, Noël 2010 aura le goût de l’amertume, des larmes et de la souffrance. Pas pour des coups du sort inévitables, la maladie, la mort. Mais par la volonté délibérée d’un homme, Nicolas Sarkozy, qui dans l’espoir de remonter dans les sondages estime de son intérêt d’afficher le nombre d’expulsions à pratiquer dans l’année. Or, à en croire la Voix de son maître, le ministre de la Rafle, du drapeau et de la circulation routière hivernale, les chiffres prévus pour 2010 ne seraient pas atteints. Il faut donc expulser, expulser, expulser. Et voilà pourquoi Hortefeux veut rendre quasi-orphelins de père
Naki (14 ans), Gülbahar (11 ans), Eren-Can (7 ans) enfants d’Ozay YILDIZ,
Emilie (4 ans), son frère Enzo (2 ans) et Erine, leur petite sœur de 8 mois enfants de Xiaoshao LIN,
Nakemin (8 ans), Mohamed (7 ans) et les deux jumeaux Lassina et Laséni (4 ans), enfants de Vakoleba KARAMAKO,
Stéphane et Steve (4 ans) dont la maman attend un troisième enfant de Darios Elvis KUTCHE,
Ilinca (5 ans), fille d’ Ilie CHIORESCU,
Zhengdan (10 ans), fille de Zhisheng ZHU, Xiao (12 ans) dont la maman Shumei ZHANG est en rétention,
Dominique (9 ans) et Dylan (3 ans), fils d’Antonio DIAS VARELA,
Taiba (11 ans), Djabri (6 ans), Sophia (3 ans) enfants de Mustapha Jelikli,
Elena (10 ans) et Abram (8 ans) enfants de David Amirov.
Aux yeux de Monsieur Hortefeux, les comptes sont vite faits : dix expulsions valent bien vingt-deux enfants de quelques mois à 14 ans qui pleurent leur père ou leur mère un jour de Noël.
Cette façon de faire de la démagogie en méprisant les dégâts provoqués sur les enfants et les parents utilisés comme victimes expiatoires est inadmissible. Elle déshonore ceux qui en décident mais aussi ceux qui, par cynisme, imbécilité politique ou soumission à leur maître la mettent en œuvre. Brice Hortefeux est au premier rang de ceux-là, probablement pour chacune des trois raisons.
Nous lui souhaitons donc de passer un excellent Noël en famille et d’avoir à ce moment-là une pensée pour les gamins dont il bousille non seulement Noël mais aussi toute l’enfance.
Le site du Réseau Education Sans Frontières publiera "régulièrement une actualisation de la situation des futurs orphelins de Noël rêvés par Nicolas Sarkozy et servis par Brice Hortefeux".
Vous y trouverez "un bref résumé de la situation de chacune des familles avec les coordonnées de la préfecture responsable. Il est possible d’écrire au préfet, au ministre et au président (poliment et sans diffamation) pour leur souhaiter par anticipation de passer un joyeux Noël en famille".
dimanche 12 décembre 2010
L'abominable mouche poilue
Ce n'est certes pas à vous que je vais le faire découvrir, mais je viens de retrouver, au fond de ma mémoire passoire, ce petit poème de Boris Vian, extrait des Cantilènes en gelée (1949) :
LES MOUCHES
A Jean-Paul Sartre/Oudin
Des hommes se promènent dans la rue.
Certains ont l'œil éteint comme une chaussette sale
Une morve récurrente leur obstrue les cornets du nez.
D'autres, brillants, le regard vif
Tournent leur canne en s'en allant.
Tous sont des enculeurs de mouches
Mais il y a deux façons d'enculer les mouches :
Avec ou sans leur consentement.
*****************************24 avril 1947
Cette pénétrante remarque méritait d'être rappelée à ceux de mes lecteurs qui seraient atteints d'un irrépressible domjuanisme diptérophile a tergo - cela se rencontre dans les meilleures familles.
Certes, je les entends déjà contester le sévère constat du poète, trop réducteur selon eux, puisque l'étonnante variété du sous-ordre des Brachycères promet à leur perversité des plaisirs sans nombre. Ou, plutôt, atteignant un nombre qui dépasse largement les mille e tre du bellâtre mythique. Car ces gens-là, comme mon beau-frère, prennent la mouche où ils la trouvent, et quasiment "par surprise".
Seuls quelques monomaniaques font une fixette sur la mouche cantharide, dite encore "mouche d'Espagne"...
En fait de mouche espagnole, est beaucoup intéressante la redécouverte récente, dans le parc naturel de la Sierra de Cebollera, en Espagne, de spécimens de Thyreophora cynophila (Panzer, 1794), considérée comme disparue, et répertoriée comme telle en 2007. Cette mouche avait été décrite pour la première fois par Georg Wolfgang Franz Panzer qui, l'ayant trouvée sur une carcasse de chien, l'avait d'abord nommée Musca cynophila. Elle avait été vue pour la dernière fois, vers 1840, dans les environs de Paris.
Avec sa tête orange vif, son corps bleu métallique et ses ailes résilles à taches noires, cette mouche devrait avoir du succès. Sa redécouverte a d'ailleurs déjà fait l'objet d'un petit film, en espagnol, que l'on trouve sur YouTube.
D'un physique nettement plus ingrat, la Mormotomyia Hirsuta (Austen, 1936), que l'on vient de retrouver au Kenya, pourrait néanmoins séduire les amateurs d'exotisme.
Cette mouche, surnommée "the terrible hairy fly", a tout pour plaire:
Les yeux sont réduits, les ocelles absents, les pattes très longues, les ailes réduites à deux moignons lancéolés, les balanciers absents, (...). La pilosité épaisse et dressée qui recouvre le corps lui donne l'aspect d'une araignée, (...). Larves et adultes vivent par centaines sur du guano de chauves-souris; les larves s'en nourrissent, la pupaison a lieu sur des pierres voisines, la pupe étant curieusement dressée verticalement, fixée par deux processus anaux spinuleux.
partie Diptera, rédigée par Loïc Matile.)
Il semble que cette curieuse bestiole ne se rencontre qu'en un seul endroit de notre globe, une crevasse verticale de Ukazi Hill, à l'est de Nairobi. Cet endroit est assez peu fréquenté par les entomologistes puisque, après la description de l'abominable mouche hirsute par Austen, en 1936, il a fallu attendre 1948 pour que van Someren rende une visite aux guanophages de la région.
Cette année, Robert Copeland de l'International Centre of Insect Physiology and Ecology (Icipe), et Ashley Kirk-Spriggs, du National Museum de Bloemfontein (Afrique du sud), ont fait le déplacement et annoncé la "redécouverte" de la Mormotomyia Hirsuta.
Laquelle aurait pu leur répondre qu'elle n'avait pas disparu...
Suffisait de venir voir.
Le Figaro.fr, le quotidien le plus lu par les enculeurs de mouches, publie la dépêche de l'AFP, qui semble avoir été traduite du communiqué de l'Icipe par une mouche espagnole qui passait par là.
Et sans joindre la photo de la vedette du jour.
vendredi 10 décembre 2010
Comme un gros malaise
Ne m'en veuillez pas, camarades journalistes, mais j'éprouve comme un malaise en constatant, après avoir gougueulisé à mort, qu'aucun média n'a repris , ni enquêté sur, les faits qui sont relatés dans l'appel qui suit :
Pour refuser le coup de force du gestionnaire Adef
Pour réclamer le respect des droits des occupants
RASSEMBLEMENT devant le foyer Adef de Stains
82, rue du Moutier, 93240 Stains
(Bus 150, 252, 11 (CIF) aux arrêts « Mairie de Stains » ou « Limite des départements »)
Vendredi 10 décembre 2010 à partir de 18h
Trois semaines après l'inauguration -tous-sourires-et-amabilités du nouveau foyer Adef, rue du Moutier à Stains, à six heures du matin, le mardi 7 décembre,une demi-douzaine de cars de police stationnent autour du bâtiment. Les résidents, brutalement réveillés de leurs lits par policiers, huissiers et officiels de l'Adef, sont sommés de justifier de leur identité. Dans le cas où leur nom ne correspond pas au nom du résident en titre, ils sont expulsés hors du foyer par l'Adef. Une soixantaine de personnes se retrouvent ainsi, dans le froid, la neige, sans leurs affaires et huit sans papiers sont embarqués au commissariat.
L'Adef s'octroie ainsi le pouvoir d'expulser, et même en pleine trêve hivernale !
Très vite, la dite Adef met en place un contrôle et un blocage permanents, effectués par un groupe de vigiles privés. Il faut un laissez-passer pour rentrer !!!
Ces expulsions et ce blocage : un scandale en toute illégalité !
Des méthodes de voyous !
Un rassemblement a lieu le soir même devant la mairie de Stains, puis devant le Commissariat d'où cinq des détenus sont libérés dont quatre avec un APRF (arrêté de reconduite à la frontière). Les autres doivent être envoyés en centre de rétention.
Nous dénonçons la brutalité et l'illégalité des méthodes de l'Adef.
1. S'il y a un problème de « suroccupation » de certaines chambres dans le foyer, il existe sur le foyer des représentants élus qui forment un comité de résidents, ce comité constituant avec les représentants de l'Adef un conseil de concertation où TOUS les problèmes du foyer, et notamment les problèmes de la vie collective, doivent être discutés. Aucune discussion de ce problème n'a été abordée par l'Adef dans cette instance.
2. La suroccupation est aussi le résultat d'une offre inadéquate de logements sociaux à des prix abordables dans la région. Des solutions doivent être recherchées avec toutes les autorités compétentes.
3. Toute expulsion ne peut être que le résultat d'un jugement au Tribunal d'instance. L'occupant doit avoir la possibilité de se défendre. Et dans tous les cas, il ne doit pas exister d'expulsion sans proposition de relogement.
4. L'interdiction faite par la seule Adef à tout visiteur, à toute personne non munie de son laissez-passer d'entrer dans le foyer, constitue une restriction insupportable des droits des résidents,
L'Adef n'en est pas à son premier usage de la force. Face à un tel mépris du droit, nous appelons :
· tous les délégués et tous les comités de résidents Adef à constituer un front de résistance avec toutes les forces associatives ou politiques pour qui le respect du droit des résidents des foyers de travailleurs immigrés est à défendre ;
· tous les élus locaux, M. le maire de Stains, M. le président de la Communauté d'agglo, mesdames et messieurs les sénatrices et sénateurs du département, madame la députée à rappeler à l'Adef que de tels comportements sont inadmissibles envers des travailleurs et habitants de longue date de Stains.
Cet appel est soutenu par le Collectif pour l'avenir des foyers (COPAF) et le DAL.
Et les autres ?
Ont peut-être fait un petit malaise...
jeudi 9 décembre 2010
Le café diurétique de la gendarmerie
On se souvient que le 25 novembre, jadis jour de la sainte Catherine et de ses catherinettes, désormais institué journée de la jupe, monsieur Nicolas Sarkozy a été pris d'une envie urgente d'aller rassurer la "ruralité" dans les environs du Mayet-de-Montagne (Allier). Le programme prévu s'était alors déroulé "sans accroc", comme nous le rappelle Benoît Vitkine dans un article du Monde, qui revient sur un fait assez curieux survenu en marge de la visite présidentielle. Il indique que "300 à 400 représentants de la force publique" auraient été mobilisés pour "couvrir" le passage du président dans cette petite commune de moins de 2000 habitants.
Une rue de Mayet-de-Montagne, le 25 novembre 2010.(Photo Benjamin Wright, La Semaine de l'Allier.)
L'article de Benoît Vitkine, mis en ligne hier, revient sur ce qui est arrivé, ce jour-là, à Frédéric Le Marrec, militant du syndicat SUD, qui sera retenu durant toute la visite du président dans les locaux de la gendarmerie. Le récit du principal intéressé y est largement confirmé par des recoupements avec des témoignages de "sources proches de la gendarmerie".
Educateur spécialisé dans un foyer pour adolescents du Mayet-de-Montagne, Frédéric Le Marrec prend son poste à 6 h 30, ce 25 novembre. A 9 h 30, il quitte le foyer en compagnie d'un autre militant pour rejoindre ses amis manifestants. Devant son lieu de travail, deux gendarmes l'attendent, qui le prient de les accompagner à la gendarmerie. Là, il est interrogé par deux fonctionnaires venus de Moulins au sujet d'un collage d'affiches en faveur du Nouveau Parti anticapitaliste, la nuit précédente. D'ordinaire, explique un policier consulté à ce sujet, "ce genre de dossiers, qui débouche au pire sur une contravention, est traité en moins d'une demi-heure".
Très vite, une fois réglée cette affaire de collage, "les gendarmes n'avaient plus grand-chose à me dire, raconte Frédéric Le Marrec. Et comme je n'étais pas officiellement en garde à vue, j'ai voulu m'en aller. Lorsque j'ai commencé à rassembler mes affaires, ils m'ont dit : 'On vous déconseille de partir'". Voulant "éviter tout incident", le militant prend son mal en patience. Au bout d'un moment, il reçoit cette mystérieuse confidence : "Le préfet vous en veut." Peu après 14 heures, Frédéric Le Marrec quitte la gendarmerie. L'hélicoptère de Nicolas Sarkozy a décollé quelques minutes auparavant.
Comme on peut le voir, tout cela semble s'être déroulé à la bonne franquette.
Pendant ce temps-là, toujours à la bonne franquette,le président raconte que, tout petit, il était déjà grand.
(Photo Benjamin Wright, La Semaine de l'Allier.)
"Si à 9 h 30 il va pisser, il faut que je le sache."
L'article ne précise pas si Frédéric Le Marrec est allé "pisser" ce matin-là, et à quelle heure...
En toute objectivité, Benoît Vitkine termine son article en donnant la parole à monsieur Pierre Monzani :
Le préfet dément avoir évoqué le cas de Frédéric Le Marrec lors de cette réunion préparatoire : "Je ne connais pas ce monsieur. De façon générale, ce serait contre-productif de désigner une cible particulière à mes troupes, puisque celles-ci doivent se concentrer sur tous les dangers potentiels." Selon lui, le militant "veut se faire de la publicité dans le milieu syndicaliste" et a été particulièrement bien traité pendant sa rétention à la gendarmerie : "Le café que lui ont servi les gendarmes devait être bon pour qu'il s'attarde autant à la gendarmerie."
Comme quoi l'humour préfectoral, ça ressemble beaucoup à la musique militaire.
PS: Pour ceux qui ne connaissent pas monsieur Monzani, on peut préciser qu'il n'est pas urologue, ainsi que pourrait le laisser croire certaine déclaration à lui attribuée, mais agrégé d'histoire, et énarque. Il a été notamment conseiller pour la sécurité au cabinet du Ministre d'État Charles Pasqua, en 1994 et 1995, et directeur du cabinet du Commissaire général au Plan, monsieur Henri Guaino, de 1995 à 1997. En 2006, il a pris la direction de l'INHES (Institut National des Hautes Études de Sécurité), qui est maintenant refondu en INHESJ (Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice). C'est, parait-il, un spécialiste reconnu et respecté en matière de sécurité, auteur de plusieurs articles et contributions sur les sujets de sécurité, de délinquance et de gestion de crise.
Enfin ceux qui désirent le voir et l'entendre pourront regarder cette amusante, et rassurante, vidéo de ses vœux à la presse, en janvier 2010, mise en ligne par la Semaine de l'Allier.
Amusante, car monsieur le préfet ne connait manifestement pas son texte et a bien du mal à s'y retrouver...
Et rassurante, car on peut se dire qu'il a bien fait de ne pas s'éterniser dans l'enseignement de l'histoire...






