lundi 7 septembre 2009

Le test des forts

" Vérité au deçà de la Méditerranée, erreur au delà".
Blaise Pascal, Pensées*

On apprenait, ce 26 août 2009, par un communiqué reproduisant une annonce du palais royal, que le roi Mohammed VI du Maroc avait été placé en convalescence pour cinq jours à la suite d'une "infection" qui ne présente "aucune inquiétude sur sa santé". Le professeur Abdelaziz Maaouni, médecin personnel du roi et directeur de la clinique du palais royal, allait jusqu'à préciser que:

"Sa Majesté le roi Mohammed VI, que Dieu l'Assiste, présente une infection à rotavirus avec signes digestifs et déshydratation aiguë nécessitant une convalescence de cinq jours".

Discrètement, les médias se sont étonnés de ce que l'on communique sur la santé du monarque: c'est la première fois, nous dit l'AFP, qu'un communiqué du palais royal annonce une convalescence du souverain depuis son intronisation en juillet 1999. Et ils ont été, évidemment, encore plus discrets à marquer leur étonnement devant la précision médicale des informations divulguées. Car, sans aller consulter la notice Rotavirus de Ouiquipédia, on comprend bien que ce qui est désigné par "signes digestifs et déshydratation aigüe" n'est autre qu'une affection assez "courante", qui expose le pauvre malade, dans ma campagne, à des plaisanteries un peu lourdes sur sa rapidité à regagner le "trône".

De manière assez aventureuse, les journaux marocains ont cru pouvoir faire leur travail d'information sur le sujet. Or il apparait que faire le point sur les rumeurs concernant la santé du roi, s'interroger sur cette annonce assez surprenante, s'entretenir avec un médecin de cette affection, bref aller au-delà du communiqué officiel, sont des pratiques dangereuses pour les médias marocains.

Une enquête "minutieuse" a été ordonnée par le procureur général de Rabat. On parle déjà d'une dizaine de journalistes qui "ont été interrogés par la police, parfois huit heures d'affilée"...

Un escadron de rotavirus en embuscade.


J'entends de ma mauvaise oreille de mauvaises langues dire avec mauvais esprit: "Dix gardes à vue, c'est comme chez nous !"

Non !

Je m'inscris en faux.

En France, il est possible de parler en toute liberté de la santé du chef de l'Etat, et même de dire n'importe quoi à ce sujet, sans se retrouver en garde à vue prolongée.

A la suite du petit malaise que fit monsieur Sarkozy au cours d'un exercice de djoguigne à Versailles, monsieur Balkany nous gratifia de déclarations insensées. Je ne sache pas qu'il fut pour cela inquiété le moins du monde.

On nous dit aujourd'hui qu'en marge du déplacement du président au Brésil, pour vendre des avions, un de ses conseillers aurait révélé que monsieur Sarkozy avait courageusement, et victorieusement, subi, samedi dernier, un "test d'effort".

Au lieu de renvoyer ce conseiller, l'Elysée confirme: "Tous les examens sont normaux".

C'est sûrement la vérité...

Attention, cet ECG n'est pas celui de monsieur Sarkozy !
C'est le mien, à la fin du test d'effort que je me suis offert pour mes 50 ans,
avant de me décider à vieillir un peu.



* Je tiens à préciser aux futurs bacheliers qui viennent de faire leur rentrée que cette "lecture" de Pascal est celle de l'un de mes plus vieux amis d'enfance, qui, après avoir fait une brillante carrière en tant qu'expert graphologue dans les services de la police scientifique, malgré un illettrisme de stature olympique, occupe sa retraite anticipée à un nouveau déchiffrement des brouillons de notre compatriote normand de passage Blaise Pascal. Tel que je le connais, il va révolutionner les études pascaliennes. Mais je conseille donc aux futurs bacheliers à s'en tenir aux interprétations plus académiques.

dimanche 6 septembre 2009

Charles Mingus et son nègre

Nous, membres de la confrérie des liseurs impénitents, avons l'éternité devant nous. Nous encombrons nos tables de nuit, de chevet, de salon, de cuisine, de jardin, et j'en passe, de piles de livres à lire, et nous inscrivons sur les tablettes de nos mémoires d'interminables listes de titres de livres qu'il faudra bien se procurer et lire un jour...

Les boutiques de livres anciens sont pour nous de véritables pièges.

A la fin du mois de juillet, je remarquai, dans la vitrine du Rêve de l'escalier, bouquiniste rouennais sis en cet endroit où la rue Cauchoise débouche sur la place du Vieux (Marché), le livre signé de Charles Mingus, publié en 1971 aux Etats-Unis sous le titre Beneath the Underdog. Il m'attendait là dans la traduction du distingué musicologue et bassiste Jacques B. Hess, parue en 1973 aux éditions Robert Laffont et intitulée Moins qu'un chien.

C'était un exemplaire de cette première édition française, et le prix demandé était, comme toujours dans cette librairie, fort modique. Je tombai dans le piège.

En général, la lecture d'une telle "trouvaille" est un vrai plaisir, et je pensais réserver celui-là aux heures d'oisiveté aoûtienne, les neurones en éventail, sur une terrasse ombragée, non loin d'un verre de ouisqui où faire tinter les trois glaçons que j'y mets (par principe).

Et savez-vous que j'ai ainsi failli gâcher mes heures de sybaritisme aveyronnais, avec mon verre de ouisqui où les glaçons sonnaient comme un glas ?

Couverture de la réédition étatsunienne de 1993.


Je me suis bien vite lassé de cette accumulation d'anecdotes assez semblables à celles qu'enjolivent pour vous, à partir de plus d'heure, après une soirée foireuse, les grands ressentimentaux qui ont toujours, dans ces circonstances où ils se croient maitres du monde et du verbe, besoin alors d'en rajouter, non pas quelques louches, mais quelques camions bennes, surtout dans le domaine de leur flamboyante sexualité.

Après avoir résisté pendant 140 pages, j'ai fini par prendre la méthode de lecture selon la diagonale la plus courte pour trouver la sortie...

Pour enfiler ses histoires et en faire un livre, Charles Mingus a bénéficié des services d'un nègre, Nel King, qu'il remercie en première page comme étant "celui qui a assumé la longue et difficile tâche de mise en forme de ce livre, (...) probablement le seul Blanc qui en était capable."

J'aurais bien envie d'attribuer à Nel King, dont je n'ai pas retrouvé de traces sous ce nom, tous les défauts du livre: la construction plate qui se donne des airs littéraires, le style qui se veut direct et cru et n'est qu'archi-cuit, le recours à une psychanalyse de supermarché qui n'éclaire rien ou les dialogues interminables qui atteignent le summum de l'insignifiance... Mais, comme Mingus a signé ce texte, et y a fait souvent référence, il faut faire avec cette volonté de tracer de lui-même ce portrait de l'artiste en queutard frénétique et baiseur compulsif, digne représentant de ce que l'on devrait peut-être nommer la Radical Virile Culture. Ce faisant, il ne dérangeait peut-être pas tant que cela l'Amérique blanche, en lui renvoyant une image préfabriquée assez convenue du "nègre".

Pour ne pas oublier que Charles Mingus était un très grand musicien, j'ai regardé cette vidéo d'une partie (à peu près une heure) du concert qu'il a donné à Oslo en 1964, lors de sa grande tournée européenne.



Johnny Coles, trompette; Eric Dolphy, saxophone alto et clarinette basse;
Clifford Jordan, saxophone ténor; Jaki Byard, piano; Charles Mingus, contrebasse
et Danny Richmond, batterie.

Durant cette tournée, Mingus joua plusieurs fois Fables of Faubus, morceau composé en "l'honneur" d'Orval Eugene Faubus, gouverneur de l'Arkansas, grand défenseur de la ségrégation raciale dans les écoles.

Voici le début de la première version non expurgée enregistrée par Charles Mingus, avec Ted Curson, trompette, Eric Dolphy, saxophone alto et Dannie Richmond, batterie.




Vous trouverez la suite sur l'un des plus beaux disques de Mingus: Charles Mingus presents Charles Mingus chez Candid Records.


PS1: On pourra trouver un début de traduction des paroles des Fables sur l'Histgeobox.

PS2: En gougueulisant autour de Faubus et de ses fables, j'ai découvert que Didier Levallet et Denis-Constant Martin avaient écrit un livre intitulé L'Amérique de Mingus : musique et politique, les Fables of Faubus de Charles Mingus, chez P.O.L.

Bien sûr, je note cela sur mes tablettes...

Brève matinale

Parmi les voisins qu'il m'arrive de saluer dans l'escalier, il y a l'ami Schlomoh qui tient (tenait ?) le blog-LeMonde.fr Tout est dans tout, soit encore les indispensables feuilles de chou strasbourgeoises.

Si vous tentez de le visiter, vous apprendrez que ce blog "n'est plus actif".

Taxer le blog de Schlomoh d'inactivité, c'est évidemment une contre-vérité.

Ou peut-être l'effet d'une censure qui ne dit pas son nom au lecteur.

Ni d'ailleurs à l'auteur, qui n'a été ni consulté, ni informé.

(Voir quelques éléments d'information sur le blog d'Henri Cron et sur Le Post.)

Pour continuer à dépenser sans compter son "capital illimité d'indignation", un capital beaucoup plus solide que les emprunts russes de ma grand-mère, Schlomoh a ouvert une nouvelle page, "sur le conseil d’un ami d’ami".

Je vais coller cette nouvelle adresse dans la liste de mes voisins de palier, en espérant que vous irez voir et que vous contribuerez à faire exploser les statistiques du site.

Un moyen comme un autre de faire la nique aux censeurs masqués.

vendredi 4 septembre 2009

Vérité et Justice en collectifs

Vérité et Justice sont deux bien belles notions générales au profil de médailles. Leurs noms se trouvent souvent réunis pour désigner des collectifs demandant que vérité soit faite et justice rendue en un certain nombre d'affaires où un particulier a trouvé la mort dans des circonstances qui ne lui ressemblaient pas.

Par coïncidence, le particulier en question avait été pris en charge, avant son décès, par des représentants des forces de l'ordre dans l'exercice de leurs fonctions.

Dans un billet du 22 juin, j'ai fait état de la mort de monsieur Ali Ziri, retraité de 69 ans, au cours d'un contrôle, suivi d'une interpellation, par la police d'Argenteuil. Vous y retrouverez les déclarations expéditives du représentant du parquet, monsieur Bernard Farret, et le témoignage de monsieur Arezki Kerfali, présent sur les lieux, qui est maintenant accusé d'outrage à agent et doit comparaître le 17 septembre.

La fermeté et la détermination du collectif d'associations qui s'est réuni autour de la famille d'Ali Ziri et de celle d'Arezki Kerfali ont conduit à une réouverture du dossier qui avait été rapidement classé. Une contre-expertise médicale a été effectuée.

En voici la conclusion, dans le jargon des carabins:

L'examen autopsique effectué après une 1ère autopsie à l'hôpital de Garches sur le corps de ZIRI Ali nous permet les observations suivantes:

- Multiples hématomes de l'hémicorps droit, antéro-latéraux et postérieurs, multiples hématomes des membres inférieur et supérieur droits, certains de ces hématomes peuvent correspondre à des lésions de maintien.

- Pas de fracture du crâne ou de l'ensemble du squelette.

- Erosions et hématomes superficiels de la face évoquant un appui de la face.

- Poumons d'asphyxie de type mécanique.

- Appui dorso-lombaire et thoracique latéral droit, de l'épaule et du bras droit.

Mort par anoxie probable, dans un contexte multifactoriel. Analyses toxicologiques, anatomopathologiques indispensables, associées à l'étude du dossier médical et de la procédure pour permettre toute synthèse utile.

Et c'est signé et daté du 20 juillet 2009.

Ces mots nous disent comment le corps d'Ali Ziri a été malmené...

Ce corps meutri a été mis en bière hier soir afin d'être rendu à sa famille en Algérie où le cercueil partira demain.

Hier soir, à Argenteuil.
Photo S. Ortola / 20minutes.


J'avoue, à ma grande honte, que j'avais oublié le nom d'Abou Bakari Tandia...

Les faits remontent au mois de décembre 2004, et sont ainsi résumés sur le site de ceux qui, eux, ne les ont jamais oubliés:

5 décembre 2004, début de soirée

Abou Bakari Tandia, 38 ans, résidant en France depuis 13 ans, d’origine malienne, est interpellé rue du Clôs Lucé à Courbevoie par la Brigade Canine et emmené au commissariat de Courbevoie.
Dans la nuit du 5 au 6 décembre 2004, Abou Bakari Tandia tombe dans le coma dans des circonstances encore troubles à ce jour. Les pompiers l’emmènent d’abord à l’hôpital de la Salpétrière à Paris pour examen, puis le ramènent à l’hôpital Louis Mourier de Colombes où il est admis en réanimation. Son coma est irréversible. Le procureur de Nanterre Bernard Pagès se déplace dans la nuit et classe l’affaire sans suite.

L'origine du doute

Plus tard, lors de l'instruction, la famille partie civile prendra connaissance de la version des policiers : Abou Bakari Tandia se serait volontairement frappé la tête contre le mur dans sa cellule et serait tombé inanimé. Mais ni les 2 hôpitaux concernés ni le rapport d'autopsie réalisé après le décès de Abou Bakari Tandia n'ont détecté de lésion du crâne. La famille n'a pas non plus constaté de marques visibles sur la tête ou le visage de la victime lors de la première visite à l'hôpital.

Abou Bakari Tandia s'est éteint le 24 janvier 2005.

En avril, une association de soutien se constitue, et la famille se lance dans le labyrinthe juridique en se constituant partie civile...

Novembre 2007

Le dossier est confié à Maître Yassine Bouzrou, du Barreau de Paris. Il reprend le dossier à zéro et met en évidence de nombreuses zones d'ombres. Grâce à ce spécialiste des affaires pénales, les parties civiles prennent connaissance d'éléments nouveaux : par exemple, que des documents primordiaux du dossier médical manquent à l'appel, et cela malgré les recherches.

Un article de Luc Bronner, consultable sur LeMonde.fr, donne les détails des derniers développements:

La réapparition du dossier a permis au juge de demander une expertise complémentaire. Ce nouvel examen des pièces médicales apporte d'autres doutes sur la version policière. Les médecins de l'institut médico-légal de Paris relèvent en effet "l'absence de lésion traumatique crânienne ou crânio-faciale par choc direct contre un plan dur". Ils estiment que la mort a probablement été provoquée par "un ébranlement cérébral par violente(s) secousse(s) de la victime, phénomène connu pour provoquer une commotion cérébrale mortelle". Le témoignage du policier affirmant avoir vu le gardé à vue se jeter contre un mur est aujourd'hui jugé "peu compatible" avec les constatations médicales. "L'exiguïté de la cellule de garde à vue ne permet pas de prendre un élan et une accélération suffisante pour créer ce type d'œdème cérébral", relèvent les experts.

Face à ces éléments, le parquet a demandé au juge de procéder à des instructions complémentaires. Le procureur de la République lui demande notamment de faire entendre les experts médicaux afin qu'ils précisent leurs conclusions. Surtout, il requiert que "tous les policiers" soient à nouveau convoqués pour les confronter à ces expertises.

Comme je manque totalement d'esprit, et surtout du mauvais, je me contenterai de m'étonner...

Abou Bakari Tandia


PS1: Le collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri appelle à un rassemblement le 11 septembre, à partir de 18 heures, sur la dalle d'Argenteuil (à côté de la gare du Val d’Argenteuil) "où seront présentes d’autres victimes de violences policières, leurs familles et leurs avocats pour témoigner et exiger justice." Les prises de paroles commenceront vers 18h 30, et le rassemblement se terminera par un repas partagé (vers 20h 30).

PS2: L'association Vérité et Justice pour Abou Bakari Tandia appelle à un rassemblement le 12 septembre, à 14 heures, non loin du ministère de la Justice, à l'angle de la rue de Castiglione et de la rue St Honoré. Les rassemblements revendicatifs étant interdits Place Vendôme par la Préfecture de Police, le lieu précis de la manifestation reste encore à valider: voir confirmation du lieu de rendez-vous sur le site de l'association.

jeudi 3 septembre 2009

Geste pseudo-humanitaire

Avant de rentrer, par l'autoroute, en ma rieuse Normandie, de ces vacances où, à part quelques consultations de courriels, je me tins à l'écart de tout clavier et de tout écran, j'ai vu qu'une liste de diffusion attirait l'attention de ses lecteurs sur un article de 20minutes.fr intitulé Mineurs en centres de rétention: «Eric Besson est incapable des gestes pseudo-humanitaires que faisait Brice Hortefeux».

Vérification faite, la citation est de Richard Moyon, du RESF, que l'on ne peut raisonnablement soupçonner d'inciter à scander "Hortefeux, reviens ! Besson a vraiment une tête... en béton."

La supplique adressée à monsieur Hortefeux serait probablement très exagérée...

Cependant, l'assertion finale de cet énoncé, sans impliquer la supplique initiale, pourrait bien avoir quelque valeur de vérité, comme en témoigne ce passage de l'article:

En plein cœur de l'été, la LDH avait adressé au ministre une lettre ouverte dénonçant les violations répétées de la convention des Droits de l’enfant. «La réponse du ministre m'avait alors stupéfait», raconte Jean-Pierre Dubois à 20minutes.fr. Eric Besson avait en effet affirmé que «l'intérêt supérieur de l'enfant» était «d'abord et avant tout, de ne pas être séparé de ses parents».

On ne va pas faire l'injure à monsieur Besson, qui est fort susceptible, comme on sait, de lui rappeler que cette justification fut donnée, il y a bien longtemps, par de grands humanistes, impeccables administrateurs de l'État Français.

Mais quand on a le crâne en béton, on peut avoir la mémoire courte...

Un enfant de 11 mois et sa mère,
au centre de rétention de Rennes.


Cette question de l'emprisonnement d'enfants dans les centres de rétention prend une certaine ampleur médiatique, et retombe sur le crâne de monsieur Besson dès qu'il s'aventure à se soumettre aux questions du bon peuple.

Hier, invité à un "nouveau rendez-vous politique hebdomadaire de France Inter et du Monde, avec Dailymotion", Les questions du mercredi, dont on peut lire un compte-rendu sur LeMonde.fr, il s'est vu poser cette question, que j'espère faussement naïve (mais comment savoir ?), par Hervé Le Bras, par ailleurs estimable démographe:

Le plus choquant, ce sont les enfants placés dans les centres de rétention. Ils peuvent y côtoyer des personnes qui ont été condamnées, qui ont purgé leur peine et qui vont être expulsées. Ce n'est pas bien que les enfants soient là.

Au lieu de répondre que c'était très bien, au contraire, que les enfants restent avec leurs parents, monsieur Besson eut cette réponse admirable:

Savez-vous qui a aménagé ces chambres pour les parents et les enfants dans les centres de rétention ? La majorité à laquelle j'ai appartenu. Le décret que j'applique est signé par Lionel Jospin, Daniel Vaillant, Elisabeth Guigou et Marylise Lebranchu. Ce sont les ministres socialistes qui l'ont fait, et je dis qu'ils ont bien fait de le faire. La France traite mieux les étrangers en situation irrégulière que l'immense majorité des pays du monde.

Et toc !

On ne se demandera pas si cela répond à la question. On n'est pas naïf à ce point...

Le coupable...
mais présumé irresponsable.

Aujourd'hui, au cours d'un entretien sur LCI où il présentait son bilan de huit mois de malfaisance, monsieur Besson est revenu sur cette question. Selon l'AFP, relayée par le NouvelObs.com:

Eric Besson ne compte pas interdire les séjours d'enfants dans les centres de rétention. "Non, je ne vais pas y mettre fin", a répondu le ministre de l'Immigration, interrogé jeudi 3 septembre sur LCI. (...) Eric Besson met en avant plusieurs arguments pour son refus. Il souligne que ces cas sont relativement rares, que les séjours des enfants sont de courte durée, que possibilité est offerte aux parents de confier leurs enfants "à l'extérieur", et enfin que la circulaire encadrant cette pratique a été rédigée par un gouvernement socialiste.

On voit que l'argumentaire de monsieur Besson s'affine, lentement, mais sûrement, et qu'il a l'air très satisfait de son coup de pied de l'âne dans les guibolles de ses anciens amis socialistes (sous réserve que monsieur Besson puisse avoir des amis...)

C'est pourtant un (ancien ?) socialiste qui va pouvoir se vanter de lui avoir permis de mettre en place la scénographie d'un geste pseudo-humanitaire, qui en restera peut-être, hélas, à l'état d'annonce...

On apprend, en effet, que monsieur Jack Lang (car c'est lui...) a écrit à monsieur Besson pour faire "appel à son esprit d'humanité" afin que le petit Chama, 5 ans et demi, ne soit pas "séparé de son papa menacé d'expulsion".

Monsieur Lang doit se sentir, encore une fois, irremplaçable: monsieur Besson a demandé que l'on réexamine le dossier du père de Chama, tout en prévenant:

"Mais il ne suffit pas que l'on entre en France, que l'on inscrive son enfant à l'école pour qu'il y ait protection (ndlr: régularisation) des parents".

(La ndlr corrige-telle un lapsus du ministre ? Je n'en sais rien...)

Cette minable remarque, digne des assistantes sociales revêches des année 50, se retrouve dans un entretien que monsieur Marc Gentilini, honorable spécialiste des maladies infectieuses et tropicales, ancien président de la Croix-Rouge française, a accordé au quotidien La Croix.

Cet entretien, titré Marc Gentilini : «L’enfant ne peut pas servir de passe-droit aux migrants», démarre sur ces considérations:

La Croix : Trouvez-vous acceptable que l’on place des parents menacés d’expulsion avec leurs enfants dans les centres de rétention ?

Marc Gentilini : Il faudrait trouver d’autres solutions moins traumatisantes pour les jeunes enfants. Cela étant, je considère que l’inflation des positions parfois radicales de certaines associations politisées ne permet pas à la société française d’avancer intelligemment vers un équilibre.

Le devoir d’assistance humanitaire s’impose à l’égard de ces familles immigrées en situation irrégulière, mais elles n’ont pas un droit automatique à la régularisation, contrairement à l’idée que certains voudraient faire passer. Il est nécessaire de dire que dans un état de droit, la loi s’impose aux parents. Des parents qui peuvent être tentés d’utiliser leurs enfants pour la contourner ou en assouplir la portée.

Si le débat se situe à ce niveau-là, je crois que je vais inintelligemment camper sur mes positions radicales...

mercredi 2 septembre 2009

Grippe et toussotements

Ce mercredi matin, j'ai fait ma rentrée triomphale sur le petit marché du chef-lieu du beau département rural que j'habite poétiquement, et parfois aussi, je dois l'avouer, prosaïquement.

En parcourant les rues et ruelles qui menaient mes pas vers la place du duc de Bouillon*, je remarquais les affichettes que les dépôts de presse arboraient. Elles parlaient du cas de grippe A qui "fait tousser la préfecture", ce qui attire l'œil, et le bon, et conduit le citoyen, qui se sent con et cerné, comme disait mon collègue Vermot, à débourser le prix d'un exemplaire du Paris-Normandie.

Ce que je ne fis pas.

Quand je vais au marché, ce n'est pas pour gaspiller la petite monnaie.

Les Normands, c'est connu, ont les doigts crochus.
Ici, les pinces de mon cher compatriote Nosferatu sur son drakkar.


L'article tête de gondole de Paris-Normandie, que j'ai pu consulter en début de soirée, ne présente pas un intérêt foudroyant, sauf à porter régulièrement son attention sur les escarmouches auxquelles se livrent régulièrement les élus (ici, le Conseil Général) et les administratifs (ici, la préfecture).

Jeudi soir, une employée du centre social de l'Unité territoriale d'action sociale (UTAS), situé rue Saint-Louis à Evreux, affectée d'une forte fièvre, a été examinée par son médecin traitant qui a envisagé qu'elle pouvait être atteinte de la grippe A/H1N1. La famille a prévenu les services du conseil général de l'Eure, son employeur, et des mesures de protection ont été prises.

Cependant, la préfecture n'a appris l'existence du "cas" ébroïcien qu'en lisant le journal Paris-Normandie, qui confirme ainsi qu'il est indispensable et parle de "ratage" et de "cafouillage"...

La préfète de l'Eure, madame Fabienne Buccio, a convoqué une réunion ce matin, afin d'éviter tout nouveau cafouillage. Je suppose qu'elle a dû s'éclaircir la voix en toussotant discrètement avant de prendre la parole.

Ceci est l'effet d'une toux peu discrète.
Impressionnant, non ?


Si, comme on peut le craindre, la famille Movsissian, qui a été arrêtée le 24 août, à Vernon, est un jour expulsée, madame la préfète n'aura pas besoin de lire cette nouvelle dans le journal local, car c'est elle qui aura laissé faire.

D'ailleurs, notre journal normand, dans son édition de Vernon, ignore tout de ce qui est arrivé aux Movsissian.

Dans la presse, seul l'Huma leur consacre un article, signé de Frédéric Seaux, qui résume ainsi la situation:

En France depuis 2006, les Movsissian n’ont pas obtenu le droit d’asile qu’ils demandaient alors même que les membres de leur communauté sont considérés en Arménie, selon maître Laurent Falacho, avocat de la famille Movsissian, comme « des citoyens de seconde zone ». En outre, les parents ont reçu du tribunal, en janvier dernier, une obligation de quitter le territoire français. Incarcérés dès leur arrestation au centre de rétention de Oissel (banlieue de Rouen), le couple et leurs deux enfants ont été présentés dans les 48 heures au juge des libertés. Ce dernier a considéré que maintenir en rétention des enfants n’était pas contraire aux conventions internationales. Une décision inverse aux recommandations formulées le 14 août dernier par Dominique Versini, la défenseure des enfants, préconisant que les mineurs « ne soient pas enfermés dans des centres de rétention, mais assignés à résidence avec leurs parents, pendant le déroulement de la procédure d’éloignement », précise maître Falacho.

Demain, rentrée des écoles...

Demain matin, en accueillant leurs troupes, les enseignants de l'école du Château Saint Lazare de Vernon dénombreront au moins deux absents: Housseb,6 ans, dans une classe de CP et Liana, 8 ans, dans une classe de CE1.

Déjà la grippe ?

Non, seulement l'inhumain qui fait épidémie parmi nous.


* Qui s'appelle en réalité place Georges Clémenceau... mais qui s'en soucie ?

PS: Vous pouvez joindre votre signature à celles des 441 personnes qui ont déjà signé la pétition du RESF27 demandant à madame la préfète "d’user de son pouvoir discrétionnaire et de donner les instructions nécessaires pour faire libérer cette famille, de toute urgence, pour des raisons humanitaires."


Cliquez, lisez, signez !

mardi 1 septembre 2009

Des signes de reprise

"Nous pensons réellement que la reprise est en vue et qu'elle sera peut-être un peu meilleure que nous ne le pensions auparavant; nous nous attendons toutefois à une reprise plutôt timide."

Voilà ce qu'aurait déclaré, le 27 août dernier, madame Caroline Atkinson, directrice des relations externes du FMI, au cours d'une conférence de presse à Washington.

Bien qu'assez affecté du fait que la nouvelle ait ainsi "fuité", je me dois de confirmer la rumeur propagée par madame Atkinson, l'agence Reuters et le NouvelObs.com qui l'a relayée:

Oui, la reprise de l'Escalier qui bibliothèque est proche et pourrait être plus solide qu'on ne le pensait.

Le "point de reprise", illustré par cette broderie,
est irremplaçable pour repriser solidement.

Quant à la déclaration complémentaire selon laquelle "il est très important de souligner que l'heure n'est pas à l'autosatisfaction", je laisse madame Atkinson, à qui je n'ai rien demandé, en assumer l'entière responsabilité.

Pour ma part, voyez-vous, je suis plutôt autosatisfait de mon repos relatif et je m'en autocongratule.

J'espère bien que monsieur Dominique Strauss-Kahn, qui n'est pas homme à bouder ses plaisirs, s'en autofélicitera dans le discours qu'il prononcera le 4 septembre à Berlin, à l'attention des ministres des Finances du Groupe des Vingt qui vont se réunir à Londres les 4 et 5 septembre, probablement pour une grippe party.

Pourquoi monsieur Dominique Strauss-Kahn reste-t-il à Berlin ? Cela m'intrigue beaucoup.

Déjà un mystère...