dimanche 7 décembre 2008

Pièce à conviction visible

On s'agite beaucoup dans les rédactions, on parcourt le ouaibe dans tous les coins, on passe en revue les archives.

C'est à qui trouvera le premier une photo de la nouvelle Miss France où serait visible un peu de peau un peu plus dénudée que n'autorise la digne et prude madame Geneviève de Fontenay.

On a envoyé des estafettes spéciales dans la région Albigeois-Midi-Pyrénées... au cas où un ancien petit ami indélicat aurait un urgent besoin d'argent de poche.

Désolé, je ne peux pas vous aider.

Pourtant j'aurais un certain plaisir à voir madame de Fontenay avaler son chapeau de travers, elle qui doit déjà être bien mortifiée de ne pas avoir vu la nouvelle Miss fondre en larmes:

L'heureuse élue a expliqué ne pas avoir versé de larme en apprenant son élection car elle était "en apesanteur" (...) (Dépêche AFP)

En apesanteur ! J'espère qu'on a procédé à un contrôle anti-dopage...

Geneviève Mulmann dite de Fontenay,
présidente d'une association dont le but
est le sabotage du cerveau des jeunes filles.

La nouvelle Miss France n'a pas non plus exprimé de manière visible son soutien aux inculpés du 11 novembre (cela devrait suffire comme caractérisation).

Tant pis.

Les comités de soutien se multiplient à grande vitesse: à ce jour, Tarnac, Berlin, Moscou, New York, Genève, Bruxelles, Strasbourg, Paris, Rouen, Limoges, Nancy, Tulle, Marseille, Blois peuvent s'enorgueillir d'en abriter un.

A Rouen, ville chère à mon cœur, d'astucieux saboteurs du spectacle mercantile, ont détourné l'attention des badauds assemblés sur le parvis de la cathédrale en déployant une banderole sur cet immonde bloc de béton ajouré qu'on appelle "Palais des Congrès". Les gogos rouennais attirés par les animations de l'empathique Téléthon ou les verroteries du marché de Noël "Rouen Givré", ont ainsi pu lire:

11 Novembre en prison, Noël à la maison
Liberté pour les 9 de Rouen et Tarnac

J'aurais préféré l'autre photo du site du Comité Visible,
mais ils se sont mis en maintenance quand je me suis mis à mon billet.
Revenez demain, peut-être...

Une autre initiative est en projet: créer à Rouen, au 18 de la rue Sainte-Croix-des-Pelletiers, le lieu où seront accumulées le plus de pièces à conviction, livre, outil, équipement sportif, mauvaise intention...

Cette action aura lieu avec le concours du groupe Echelle Inconnue, qui travaille à Rouen depuis 1998.

En préambule à un beau texte, Délit de lire, signé de Stany Cambot, Pierre Commenge, Stéphanie Fernàndez Recatalà, Christophe Hubert, pour Echelle Inconnue, on peut lire:

en signe de solidarité avec les interpellés du 11 novembre 2008

Echelle inconnue change de logo

sape solidaire pouvant entrer dans le cadre du cycle de travail sur la ville et la guerre.

Jusqu'à nouvel ordre, et pour que l'amalgame soit clair avec les interpellés du 11 novembre, Echelle Inconnue change de sigle et portera désormais en logo «l'objet/preuve» de la haute technicité de la dangereuse ULTRAGAUCHEANARCHOAUTONOME, soit, un crochet en fer à béton soudé.


Bientôt, des nouvelles de cette opération...

samedi 6 décembre 2008

La police fait dans la nuance



Il est amusant de constater qu'au moment où la presse met en avant le rôle de monsieur Alain Bauer, criminologue, dans les obsessions de madame Alliot-Marie pour l'ultra-gauche, l'AFP est en mesure de diffuser des "fuites" sur les travaux du groupe de contrôle des fichiers qu'il préside au Ministère de l'Intérieur.

Si j'avais la tête à romancer de sombres complots, mais ce n'est pas mon genre, j'y verrais peut-être une sorte de machination visant à perdre ce bon monsieur Bauer...

...qui a une assez bonne tête pour rebondir.

Monsieur Alain Bauer est un expert incontesté: après des études de Droit, il enseigne à l'Institut d'études politiques de Paris, rejoint l'Institut de criminologie et enseigne aujourd'hui auprès des universités de Paris I, Paris II et Paris V (Sorbonne), à l'École des officiers de la gendarmerie nationale, à l'École nationale de la magistrature, et à l'École nationale supérieure de la police.

Passons sur ses cours dispensés à l'étranger... et ses nombreux ouvrages consacrés à la franc-maçonnerie (il fut Grand Maître du Grand Orient de France de 2000 à 2003) et à la criminologie.

Par ailleurs, Alain Bauer est président-directeur général de AB Associates, société de conseil en sécurité et gestion des crises.

En 2002, un prix Orwell des Big Brother Awards lui a été attribué pour l'ensemble de son œuvre. Ce prix récompense des "sociétés ou personnes s'étant distinguées par leur mépris du droit fondamental à la vie privée ou par leur promotion de la surveillance et du contrôle des individus". En réponse, monsieur Alain Bauer a exprimé son "mépris amusé".

La valeur scientifique de cette œuvre a été discutée à plusieurs reprises, que ce soit par Laurent Mucchielli, Loïc Wacquant ou Laurent Bonelli. On trouvera un texte de Laurent Mucchielli, qui propose une lecture critique d’un "Que sais-je ?" consacré aux "Violences et insécurités urbaines", co-signé par Alain Bauer, sur le site Les mots sont importants.

Un exemple de nuancier pour commissariat de police.
Photo trouvée sur le site Mouton Noir .

C'est pourtant avec un esprit scientifique incontestable que les discussions du groupe de réflexion sur les fichiers ont été présidée par monsieur Alain Bauer. En témoigne ce "dispositif combinant "l'appartenance vraie ou supposée à une origine ethno-raciale" et "la gamme chromatique" qui pourrait être une solution", dont tout le monde parle, en se gaussant parfois.

Monsieur Alain Bauer a cru devoir répondre et expliquer...

Madame Alliot-Marie aussi...

Ma grand-mère aurait peut-être dit:

"Si tu t'sens morveux, t'as qu'à t'moucher !"


vendredi 5 décembre 2008

Directive de la honte, le retour

On l'appelle aussi la directive "retour" lorsqu'on ne veut pas faire de peine aux amis de monsieur Hortefeux - et, avec sa "promotion", il va en avoir de plus en plus, des vrais et des faux...

Son vrai nom, c'est "directive de la honte".

Vous pouvez télécharger le projet de texte de cette directive ou lire les textes adoptés par le Parlement Européen le 18 juin 2008, cela ne change pas grand-chose...

Son nom vrai, c'est "directive de la honte".

Elle revient dans l'actualité de manière discrète, comme nous en avertit le communiqué signé par les organisations suivantes: Anafé, APDHA, Arci, ATMF, La Cimade, Gisti, IPAM, LDH-Belgique, Migreurop, Statewatch.

On le trouve sur le ouaibe, on le trouvera ici aussi.

Communiqué de presse

Jeudi 4 décembre 2008

Le Conseil des ministres de l'UE ne doit pas
adopter la directive de la honte !

La directive retour – directive de la honte – votée par le parlement européen le 18 juin dernier, est soumise à l’adoption formelle du Conseil des ministres de l’Union le 8 décembre.

Alors que des milliers de citoyens, d’ONG, de syndicats, d’Eglises, se sont mobilisés pour demander aux responsables européens de rejeter un texte qui banalise et généralise une politique d’internement et d’expulsion des migrants en Europe, alors que de nombreux Etats d’Amérique latine et d’Afrique ont exprimé avec force leurs refus de tolérer de telles pratiques à l’égard de leurs ressortissants, la présidence française de l’Union européenne a décidé de faire adopter formellement cette directive par le Conseil de l’Union à la veille de la
célébration du 60e anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’Homme.

Au-delà de la violence du contenu de cette directive qui renie les valeurs fondamentales de l’Europe et de la date choisie, la méthode utilisée pour cette adoption est méprisante. Alors que le projet relève du conseil Justice et Affaires intérieures présidé par M. Hortefeux, la directive devrait être adoptée le 8 ou le 9 décembre au cours :

- soit du conseil des ministres «environnement » présidé par M. Borloo. Etrange
conception de l’écologie que d’y inclure l’expulsion des sans-papiers !

- soit du conseil des ministres « transports » présidé par M. Bussereau. Démonstration de la volonté de développer les expulsions collectives par charters ?

- soit du conseil des ministres « affaires générales » présidé par M. Kouchner. Les Etats partenaires de l’Union européenne, en Afrique comme en Amérique latine apprécieront.

Nos organisations appellent tous leurs partenaires, en Europe comme en Afrique ou en Amérique à se manifester d’urgence auprès de leur gouvernement comme auprès du président de l’Union européenne pour qu’ils ordonnent le report et l’abandon de ce projet de directive.

Les données de madame Dati



A l'approche de l'hiver, mon esprit, déjà bien lent, a une fâcheuse tendance à se mettre en hibernation...

Ainsi je viens seulement de découvrir le texte de Laurent Mucchielli (grâce à Pascal, que je remercie) intitulé Note statistique de (re)cadrage sur la délinquance des mineurs, pourtant publié dès le 26 novembre sur le site Claris et que vous pouvez télécharger en pdf.

Le Monde en avait parlé aussitôt. Et le Charançon y avait fait une allusion dans son billet du 28 novembre. Libération a en parlé hier.

Et moi, je débarque !

C'est une spécialité normande.

Laurent Mucchielli est sociologue, directeur de recherche au CNRS, ce qui suffit peut-être pour le disqualifier aux yeux de politiques comme monsieur Frédéric Lefebvre, mais pas aux miens. Il est l'un des fondateurs du groupe Claris, dont l'objectif affiché est, depuis 2002, de "clarifier le débat public sur la sécurité".

Sa note est rédigée dans cette direction et mérite bien d'être reprise et relayée au moment où le "bon sens" des conclusions de la Commission Varinard est proclamé par madame Dati.

Laurent Mucchielli rappelle d'abord dans quelle atmosphère fut installée ladite Commission:

Lors de l’installation de la Commission Varinard, un dossier de presse fut ainsi remis aux journalistes, comprenant une série de données statistiques . Ces dernières furent aussi projetées à travers un petit film montré à l’assistance et accompagné de messages chocs :

« La population de mineurs délinquants a augmenté de plus de 360 % en moins de 50 ans ».

« Alors que la délinquance des mineurs augmente, le nombre de condamnations stagne ».

« En 2006, plus de 57 000 mineurs ont été condamnés, dont plus de 700 pour des crimes ».

« A l’aube du 21è siècle, la délinquance se durcit : en moins de dix ans, les condamnations des mineurs ont cru de 150 % ».

« Les progressions les plus fortes sont constatées chez les moins de 13 ans.»

« La délinquance est plus jeune ».

« Cette délinquance des plus jeunes est un phénomène inquiétant ».

Le dossier de presse peut être téléchargé à partir de cette adresse sur le site du Ministère de la Justice.

Présentation de la Commission Varinard à la presse le 15 avril 2008.

Ainsi, le débat est d'emblée lancé sur des statistiques largement diffusées.

Ce sont des statistiques relativement simples, du type descriptif. Comme leur nom l'indique, elles ne font que proposer une description d'un certain ensemble de données, à l'aide d'outils chiffrés (pourcentages divers, diagrammes, graphiques...)

Même dans un cas aussi élémentaire, il est nécessaire de préciser avec soin quel est l'ensemble des données...

C'est ce que fait Laurent Mucchielli dans un indispensable préambule méthodologique.

Les données dont nous pouvons disposer sont de sources policières ou judiciaires.

Deux statistiques proviennent de la police et de la gendarmerie: il s'agit de la statistique des "faits constatés" et de celle des "personnes mises en cause". Cette dernière indique si le mis en cause est majeur ou mineur.

Deux autres sont produites par l'institution judiciaire. Les parquets font le compte des affaires retenues, et les magistrats du siège font le compte des "personnes condamnées". Seule cette dernière statistique renseigne sur les tranches d'âge...

Si l'honnêteté intellectuelle était la chose du monde la plus également partagée, Laurent Mucchielli pourrait s'arrêter là: les données utilisées par les politiques peuvent fournir une description de l'activité de la police et de la justice, mais en aucun cas une description de l'état actuel de la délinquance dans la société.

Mais reconnaissons que le bon gros bon sens (qui, lui, est bien partagé) pourrait de rebiffer en prétendant que "oui, mais, quand même, on a là des indicateurs!" Certes, mon bon gros, mais il faudrait tester la pertinence de ces indicateurs et, pour cela, disposer de résultats d'enquêtes plus délicates à mener que les investigations policières...

Laurent Mucchielli a donc scruté d'un peu plus près les données fournies par les ministères de l'Intérieur et de la Justice. Il s'est aperçu que ces chiffres invalidaient bon nombre d'affirmations de madame Dati...

Je le soupçonne d'y avoir pris un malin plaisir, que j'ai partagé. Et je vous invite à en faire autant.

Une référence historique:
les "cages à poules" de la maison d'éducation surveillée d'Eysses
.

Autre malin plaisir, cette note de bas de page:

Rappelons que, toujours lors de l’émission de télévision du 16 octobre 2008, Mme Dati a déclaré : « je viens de rencontrer un mineur à l’EPM de Marseille, 190 délits, 52 fois condamné. Alors à un moment donné, il faut mettre un coup d’arrêt à cette délinquance. ». La journaliste spécialisée dans les questions judiciaires, Dominique Simonnot, a voulu vérifier auprès des services judiciaires de Marseille (magistrats, éducateurs de la PJJ, surveillants de prison) et elle en a conclut que ce mineur n’existait pas (D. Simonnot, « Un mineur 52 fois condamné par Dati », Le Canard enchaîné, 5 novembre 2008, p. 4).


Je me garderai bien de mettre en cause la bonne foi de madame Dati: je ne sais pas si cela relèverait de l'outrage ou de la diffamation.

mercredi 3 décembre 2008

Le courage de monsieur Laurent Joffrin



Aujourd'hui, bravant la pluie et la froidure, je suis allé rendre une petite visite matinale à mon banquier. Il s'est établi devant le soupirail de la boulangerie qui se trouve "au feu", si vous voyez, et semble en bonne forme. Il est assis en position du lotus sur un carton, et l'on voit bien que la semelle de ses souliers autrefois vernis est bien fatiguée. Avec un gobelet en plastique devant lui, il sollicite des passants quelque dépôt de confiance: avec la tête qu'il a, ce n'est pas si facile.

Comme je me relevai après un échange verbal très cordial, mon œil erratique (l'autre n'erre pas) tomba sur la Une de Libération qu'exhibait le marchand de journaux en sa vitrine bien fournie en poitrines généreuses.

Je tétanisai littéralement sur le trottoir, à un point tel que plusieurs passants sortirent leur portable pour appeler le Samu et que je dus entendre toutes sortes de conseils sur le danger qu'il y a, à mon âge, à se pencher ainsi sans précautions dans le froid glacial.

La Une qui me médusa,
obtenue par copie d'écran
après ma libération par le Samu.


Je ne puis qu'admirer le grand courage de monsieur Laurent Joffrin et de son équipe de collaborateurs/trices.

Ce dernier mot possède assez de riches connotations, y compris historiques, pour leur convenir.

Après avoir vu, depuis le 11 novembre, toute la rédaction de Libé courir, la langue pendante comme des chienchiens soumis, après les sussucres que leur lançaient les "milieux proches de l'enquête", il faut bien admettre que trouver, en première page, l'ombre d'un doute sur cette enquête avait de quoi clouer sur place mes lamentables vertèbres.

Malgré la commotion dont je venais d'être victime, je ne perdis pas la tête et m'empressai, de retour devant mon écran, de cerner les contours de cette ombre.

Sous le titre Qualification, l'éditorial de monsieur Laurent Joffrin confirma mes doutes sur ce doute.

Robe à faux cul,
dans un cadre d'époque.

L'éditorial de monsieur Joffrin, penseur courageux, est inspiré par la nouvelle de la libération de trois des cinq personnes incarcérées dans l'affaire des présumés sabotages de lignes Sncf.

Perturber la marche d’un TGV en sabotant une caténaire, est-ce du terrorisme ? Depuis le début de l’affaire de Tarnac, la justice se débat avec cette question gênante. La déprédation de matériel ferroviaire est condamnable et l’interruption du trafic une gêne évidente pour des milliers de passagers. Aussi bien, si elle a un but politique, cette action dénote une intelligence tactique très limitée tant le TGV est une institution populaire et utile.

Vous et moi (enfin, surtout vous), qui savons lire, comprenons que monsieur Joffrin admet, sans la moindre précaution que les personnes arrêtées le 11 novembre sont bien responsables des problèmes de caténaires sur les voies ferrées.

Devait-on pour autant taper sur la grosse caisse de l’antiterrorisme dans une affaire d’une dimension somme toute limitée, où la culpabilité des prévenus, de surcroît, n’est pas établie ?

C'est moi qui grasseye, car ce léger "de surcroît" est charmant. On dirait que l'on aborde un "détail".

Manifestement, Michèle Alliot-Marie a agrippé cette caténaire à des fins essentiellement propagandistes. Le bourrichon quelque peu monté par les fumeuses théories d’un de ses conseillers, un dénommé Bauer (non pas Jack mais Alain), selon lequel certaines formes d’altermondialisme plus activistes que d’autres sont une antichambre d’Al-Qaeda, elle a affublé du mot «terrorisme» ces actions dont il faut bien reconnaître qu’elles ne terrorisent personne, même si elles sont inexcusables.

On ne peut que se réjouir sincèrement de voir l'éditorialiste le plus perspicace de France, donc du monde, prendre conscience de ce qui, pour beaucoup, est évident depuis si longtemps...

Ce délicieux "bourrichon monté" ne peut que me rappeler les expressions de mon enfance, et en particulier celle-ci: "Heureusement qu'il ne pousse pas tout ce qu'il traîne... il irait à reculons !"

Je ne sais pourquoi ça me revient...

Le terrorisme suppose violence et atteinte aux personnes. Rien de cela ne s’est produit dans le cas qui occupe tant la martiale Michèle. L’incrimination voulue par le gouvernement - les juges commencent à s’en rendre compte, qui ont déjà libéré trois prévenus sur cinq - est manifestement disproportionnée. Il est temps de revenir dans cette procédure à une vitesse normale et à une qualification adéquate, conforme au droit et au bon sens.

Merci pour le conseil, monsieur Joffrin, vous êtes décidément irremplaçable.

Terroristes pâtissiers de tous pays,
cette (sur)face ne vous fait-elle pas rêver ?


PS: Pour faire contraste avec la prose de monsieur Joffrin, voici ce que l'on peut lire à la fin d'un article de la Tribune de Genève, signé par Jean-Noël Cuénod, qui décrit la sortie d'audience d'hier:

Autre cause de malaise, la tactique choisie par la gendarmerie à l’issue de l’audience d’hier soir au Palais de justice de Paris. Alors qu’une petite trentaine de proches des accusés quittait le Palais en scandant le traditionnel «Libérez nos camarades», les gendarmes en tenue d’assaut style Robocop ont organisé une nasse sur le trottoir, de l’autre côté des grilles, coinçant toutes les personnes qui se trouvaient là, y compris le signataire de ces lignes. On aurait voulu provoquer des affrontements qu’on n’aurait pu mieux s’y prendre. Cela n’a pas manqué. Au cours d'un de ces heurts inévitables, nous avons vu une personne être embarquée. Décidément, dans cette affaire, rien ne tourne rond!

Voilà un journaliste qui ne se contente pas de toiletter les dépêches d'agence...

mardi 2 décembre 2008

Défense et illustration de Frédéric Lefebvre



Je suis extrêmement peiné de constater qu'un certain nombre de mes camarades blogueurs tombent à bras raccourcis sur ce pauvre monsieur Frédéric Lefebvre, qui est pourtant bien méritant.

Soyons justes et équitables, mes camarades, quand on entend un homme, doué a priori d'une certaine dose de raison, tenir les propos qu'il tient, on peut se demander ce qu'il aurait pu faire de sa vie, s'il n'avait été élu des Hauts-de-Seine...

Journaliste à Libération, voire même directeur ?

Merci bien, si c'est pour se retrouver, slip ou caleçon baissé, à tousser trois fois devant un flic zélé...

Un porte- parole de l'UMP ne risque pas ce genre de déconvenue, que je sache...

La preuve, il est habillé, sans goût, mais habillé!

Que dit monsieur Frédéric Lefebvre, porte-parole contemporain ?

La question de la détection précoce des comportements, ça a été dans beaucoup de rapports. On dit qu'il faut le faire dès l'âge de trois ans pour être efficace."

Monsieur Lefebvre fait référence, mais fort discrètement, par modestie sans doute, à UN rapport de l'Inserm, publié en 2005, que l'on trouve ici.

Il dit aussi:

Quand vous détectez chez un enfant très jeune à la garderie qu'il a un comportement violent, c'est le servir, c'est lui être utile à lui que de mettre en place une politique de prévention tout de suite.

Je suis sûr que beaucoup de blogueurs mal intentionnés se gaussent du délicieux style oral de monsieur Frédéric Lefebvre. Ils n'y connaissent rien; ça a l'air négligé, à première vue, mais quand on se penche dessus, on mesure la quantité de travail qu'il faut fournir pour en arriver là.

Et puis, au delà de ses qualités de styliste, il faut entendre la profonde vérité des conclusions de monsieur Lefebvre.

J'en suis d'ailleurs une vivante illustration.

Mon ADN à l'âge de trois ans.
On remarque bien la forme en escalier.


Quand j'eus atteint, non sans mal, l'âge de trois ans, ma petite sœur, qui avait un an, commençait tout juste à avoir les cheveux assez longs pour que je les empoignasse et les arrachasse*. Elle hurlait, et c'était très drôle.

Je me livrai à ces jeux d'une extrême violence sur ma sœur et sur mes camarades jusqu'à ce que mes parents prennent la terrible décision de me placer dans une maison spécialisée dans le redressement des natures troublées, rétives et vicieuses.

On m'y soumit à un traitement sévère afin de prévenir les dérives prévisibles sur des voies criminelles que je risquais de prendre à l'âge adulte.

Peu à peu, je me soumis aux sages et percutants conseils de mes bons maîtres et je perdis mes obsessions capillaires.

C'est ainsi que je ne devins pas capilliculteur et tueur en série de shampouineuses dans l'est parisien.

Parfois quelques regrets m'effleurent encore...



* Il faut préciser que, dans ma famille, nous sommes tous nés glabres et chauves, et n'avons développé nos diverses pilosités naturelles qu'avec beaucoup de circonspection. C'est ce qui fait la très grande beauté de ma barbiche.

lundi 1 décembre 2008

Monsieur Hortefeux en tête du palmarès




En cette époque où domine la médiocrité, il est des personnalités qui forcent notre admiration par leur sens inné du dépassement de soi.

Prenez monsieur Hortefeux qui a déjà dépassé ses objectifs dans le domaine qui est le sien, celui des rafles et des expulsions, le voyons-nous lever le pied, mettre la pédale douce ou partir en roue libre ?

NON!

Cet homme, investi d'une mission, pour reprendre un de ses mots favoris, est aussi possédé par cette mission. Rien ne semble devoir l'arrêter.

Sauf peut-être la démission, qui semble à peu près programmée, du gouvernement Fillon 1, et la constitution éventuelle d'un gouvernement Fillon 2, où les plus hauts placés au palmarès recevront les plus hautes responsabilités.

Mais, dans ce cas, monsieur Hortefeux n'a rien à craindre: son tableau de chasse aux enfants le place loin en tête au tableau d'honneur.

Couronne de feuilles de chêne et de laurier
(avec une mise au point défaillante)
trouvée sur le site pédagogique de l'académie de Versailles.



La dernière ignominie commise au nom de l'Identité Nationale date déjà d'une semaine. Cela s'est passé à Grenoble, le lundi 24 novembre. Voici la lettre qui a été adressée le 25 novembre au préfet de l'Isère et à l'Inspectrice d'académie:

Grenoble, le 25 novembre 2008

Madame l’Inspectrice d’Académie de l’Isère
Monsieur le Préfet de l’Isère

Nous avons appris lundi 24 novembre 2008 que 3 enfants d’une même famille, scolarisés à l’école du jardin de ville à Grenoble, ont été retirés de l’école pendant les heures de classe par leurs parents sous escorte policière.

Cette famille de quatre enfants avait fait apparemment une demande de titre de séjour.
Elle a été immédiatement conduite au centre de rétention de Saint Exupéry.

C’est à notre connaissance une première dans une école de l’Isère.
Les syndicats signataires s’indignent et sont profondément choqués par de telles pratiques.

Nous exigeons des explications et des informations complètes de la part de Monsieur le Préfet et de Madame l’Inspectrice d’Académie de l’Isère sur ce qui s’est passé pour cette famille.
Nous demandons que ces enfants retrouvent immédiatement leurs camarades de classe.

SNUipp, Sud éducation, SE-UNSA, FSU, SGEN CFDT, PAS 38

J'ignore si cette lettre a reçu une réponse...

Le 25 novembre, la famille était expulsée comme nous l'apprend cette brève d'Indymédia-Grenoble:

Des policiers sont venus chercher à l'intérieur de l'école du Jardin de Ville 3 enfants pour les expulser avec leurs parents.

C'est inadmissible !

Tous devant le Préfecture pour crier notre révolte !

COMMUNIQUE

La famille KURTISHJI a été expulsée !!!

Suite à l'arrestation de la famille Kurtishji dont 3 enfants étaient scolarisés à l'Ecole du Jardin de Ville (Jashko en primaire, Riccardo et Muhammed en maternelle) en date du 24 novembre 2008 et à leur mise en centre de rétention de Lyon Saint Exupéry. La famille a été expulsée de France par le vol de 11h15 pour Leipzig le 25/11/2008 malgré les tentatives désespérées de la Cimade, du collectif du Jardin de Ville et de RESF38 !!!

La situation est grave car il s'agit d'une "Première" en Isère - "venir chercher les enfants pendant la classe"...

Face à cette situation le collectif du Jardin de Ville avec le soutien de RESF38 a convenu d'un rassemblement devant la préfecture
Jeudi 27 novembre à 18 heures (départ Ecole JDV à 17h45) pour manifester son indignation et demander des explications au préfet après l'intrusion de policiers dans l'école (maternelle en l'occurrence) et le retour des enfants.

Le Collectif des parents d'élèves de l'école du jardin de ville appelait à ce rassemblement en ces termes:

Rendez vous à l’école du jardin de ville

à 17h45 jeudi 27 novembre

pour une marche vers la préfecture

Venez nombreux !!!

Lundi 24 novembre vers 15h30, nos enfants ont assisté au départ précipité de 3 de leurs camarades. Encadrés par des policiers jusque dans l’enceinte de l’Ecole maternelle, leurs parents sont venus chercher Jashko, Ricardo et Muhamed en pleine classe.

Ils ont été expulsés de France mardi matin à la première heure sans possibilité effective de recours. Comme nos enfants, nous sommes choqués par cet évènement. Nous tenons à exprimer notre profonde indignation :

- face à la présence de la police dans l’enceinte de l’école,

- face au départ contraint de trois enfants pendant la classe.

Nous demandons au Préfet des explications sur cette intrusion policière dans l’Ecole. Une audience au service de la préfecture a été demandée pour le jeudi 27 novembre à 18h00. Une délégation de Parents d’élèves quittera l’école à 17h45 pour se rendre à la préfecture. La place de ces enfants est à l’école pour poursuivre leur année scolaire au côté de leurs camarades !

Collectif de parents d’élèves du jardin de ville

J'ignore si les services de monsieur le préfet ont reçu qui que ce soit pour donner des explications...

Un courriel d'une amie de RESF 38, largement diffusé à partir du 30 novembre, confirme les faits:

Bonsoir,

Hier s'est produit un fait très grave à l'école du Jardin de Ville, à Grenoble. A 15h45, un père de quatre enfants (un moins de trois ans, deux scolarisés en maternelle et un en CE1 à l'école du Jardin de Ville) est venu, accompagné de deux policiers en civil, chercher ses enfants, pour "un rendez-vous en préfecture", ont compris les enseignants. A 19h, on apprenait que la famille au complet était au centre de rétention de Lyon. Ils y ont dormi. Ils étaient injoignables hier soir. On a réussi à les joindre tôt ce matin aux cabines téléphoniques du centre de rétention (qui, rappelons-le, est une prison). Ils étaient paniqués. On a prévenu le centre que la CIMADE, seule association ayant le droit d'entrer dans les centres de rétention, irait voir la famille ce matin. Arrivés au centre, les militants de la CIMADE les ont cherchés, sans succès : la famille était en route pour l'aéroport, leur avion décollant une demi-heure plus tard.

Nous n'avons rien pu faire, nous attendions que les militants des la Cimade comprennent la situation de la famille, afin de pouvoir les aider en connaissance de cause. Ils ont été expulsés ce matin.

Leurs chaises d'école resteront vides.

C'est une première en Isère : la traque des étranger-e-s pénètre dans les écoles.

Les seuls enfants en situation irrégulière sont ceux qui ne sont pas à l'école.

Nous vous demandons de bien vouloir faire circuler cette information le plus largement possible.

Personne ne doit pouvoir dire "on ne savait pas".


Emmanuelle, pour le Réseau Education Sans Frontières 38

Je n'ai rien trouvé dans la presse: je crois que la presse "ne savait pas".

On continue !


Je n'ai su que relayer tout ce que j'ai pu trouver...

Parfois, on a les jambes un peu coupées et on ne trouve pas les mots...

Alors, on réécoute les mots des autres -mais pas n'importe quels mots!