vendredi 25 avril 2008

Et crachons dans la bétonnière


Ce n'est pas parce que j'ai une affection particulière
pour les patrons de l'hôtellerie qu'il faut oublier
ces autres entrepreneurs emblématiques du
"Ta gueule, hé, j'travaille!"
Guy M. , Aphorismes pré-posthumes (à paraître)



Je me demande si les bredouillis de monsieur Brice Hortefeux ne sont pas partie intégrante et structurante de sa personnalité un peu falote et lunaire. Il a toujours l'air de débarquer de la lune rousse; et à force d'avoir cet air de débarquer, il s'est laissé entraîner dans ces histoires d'embarquements immédiats de clandestins, dont il aimerait peut-être se laver les mains.

Aux dires de certains, ce serait un homme fort affable, d'un humour charmant et même capable de se présenter sur le plateau de Laurent Rucquier, sans préparation intensive, et d'y faire bonne figure. Sur ce dernier point, je ne peux confirmer, je ne regarde pas Laurent Rucquier. Dans mon village je suis connu comme un monsieur honnét' et prop': effectivement, cela fait des décennies que je n'ai pas acheté une revue porno, et je n'ai jamais mis les pieds dans un boxon.


En fait, tout va bien…

 

Monsieur Hortefeux n'a pas à être embarrassé et peut maintenir le cap: le coup de main du patronat et l'accompagnement des syndicats dans l'affaire des 600 grévistes sans-papiers, dont une grosse centaine seront vraiment régularisés (et non pas "naturalisés", c'est très différent, monsieur le Président!) provoque certes "un petit souci" pour tenir les objectifs chiffrés, mais renforce, ô combien! le dogme rather couillu (comme disent certains de mes amis anglo-saxons) de l'immigration par et pour le TRAVAIL (qui rend libre).
  

Avec quelques ajustements de communication, quelques hochements de tête approbateurs de l'opposition, quelques analyses par des spécialistes de la guimauve-langue du consensus, l'idée de la nécessité de maîtriser les "flux migratoires" avec un humanisme économiquement dosé devrait faire son chemin.

Et comme je suis, ce soir, flamboyant d'un optimisme béat, quoiqu'un peu antiphraseux, j'y aperçois un autre avantage à l'horizon. Pas nouveau-nouveau, mais toujours utile: c'est de réveiller un peu la vieille xénophobie populiste de la clientèle d'extrème-droite. Vous pouvez en trouver une amorce particulièrement hypocrite dans cet article de prétendue réflexion: "Vive les sans-papiers, à bas le smic!" La lecture rapide des commentaires qui le suivent donne une idée de la riche utilisation que pourront faire de ce thème les braves gens raisonnables au café de l'Economie et du Commerce.

Il reviendrait aux "forces de gauche" et, par exemple aux syndicats de contrer ce type de dérive. Mais ils sont devenus si raisonnables eux-aussi… Comment leur accorder un quelconque crédit ?
 


(c) D. Delaporte/Cimade

Sous les quolibets du Café du Commerce, des particuliers et des associations poursuivent leur travail.

La Cimade exerce depuis 1985 une mission d’accompagnement des étrangers dans les centres de rétention administrative. D’abord essentiellement sociale, elle est aujourd’hui définie comme une mission d’aide à l’exercice des droits des personnes retenues.

Le rapport 2007 vient d'être publié et a été mis en téléchargement hier à cette adresse. Il faudrait le citer en totalité: c'est le portrait fidèle et documenté de ce qui continuera d'être l'intolérable que les gens bien raisonnables tolèrent.

 


L'extension des centres existants et la construction de nouveaux centres de rétention vont fournir du travail dans l'industrie du bâtiment; réjouissons-nous: quand le bâtiment va, tout va.

Cracher dans la bétonnière, ça soulage.

Mais très peu.

jeudi 24 avril 2008

Crachons dans la soupière

Les quelques ancienNEs élèves qui suivent ce blog avec autant d'attention qu'autrefois mes cours (ce qui leur laisse des loisirs) se souviennent sans doute qu'il m'arrivait à l'occasion de broder brillamment sur quelques aphorismes bien frappés au coin du non sens, tout en me déplaçant en crabe vers le bureau où je pensais trouver, dans mes papiers étalés ou (horresco referens) au fond de ma pouque*, la solution du fichu exercice que j'avais eu la témérité de leur donner.

"Vous ne trouvez pas? Tant pis. Je vous pardonne… Il faut toujours pardonner à la triste humanité…Parce que l'humanité a quand même à son actif trois inventions incontestables... Par ordre d'importance croissante: les mathématiques, la poésie et la sauce au beurre blanc."

Disais-je.

Par exemple.

Et seul le redoublant comprenait que sous le nappage de la sauce au beurre blanc, il fallait identifier métonymiquement la gastronomie.

Je pense que monsieur Sarkozy nous fera la grâce de ne parler ni de mathématiques, ni de poésie… Mais il se trouve que ce sportif buveur d'eau, qui par ailleurs doit exiger un dosage de "ses" plats au pèse-lettre, a imaginé de faire inscrire la gastronomie française au patrimoine mondial immatériel de l'Humanité.




Baba au rhum ambré, crème à la vanille Bourbon, paré pour l'attaque.

Va-t-on "classer" le cassoulet toulousain, la potée auvergnate, le kig ha farz breton, le stofi aveyronnais, etc. et fixer à jamais une norme patrimoniale de ces plats, alors que leur dégustation ne peut s'accompagner que d'une boisson qui ne fasse pas écran et d'une controverse acharnée sur les éléments de la recette qui encourage à se resservir pour vérification? Il paraît que non: monsieur S#### pourra toujours ajouter du "goût ciboulette"(sic) à son "cassoulet" et mon ami Y. du gingembre râpé (sic itou, mais efficace!) au sien.

Va-t-on alors honorer à jamais les prétentions de la plupart des officines où l'on fait dans l'inventivité culinaire ? Vous connaissez sans doute ces "boutiques" où, après une calamiteuse "terrine de lièvre aux vapeurs d'hysope, avec ses noisettes caramélisées au vinaigre de Modène" (pauvre bête, ça doit être douloureux), vous pouvez vous offrir une "longe d'espadon en petit ragoût indien au lait de coco, et son duo de riz safranés en timbales (je peux vous fournir la recette, si vous voulez) et vous pouvez terminer en beauté avec, importé du menu enfant, un "chaud-froid de croque-monsieur à la banane et au chocolat, rafraîchi à la vanille de Madagascar" (merci à la brasserie Flo (Py), pour la recette).

Il me semble bien que personne ne sait trop à quoi va mener cette demande de "classement".

Ce qui est certain, c'est qu'elle a été annoncée avec un grand "smiley" électoral enjôleur en direction des professionnels de la corporation dite des industries de l'hôtellerie et de la restauration. Car il ne faut pas oublier que ce que l'on présente, affublé d'une blouse de dentiste, avec un sympathique accent du sud-ouest, comme un art de la convivialité, où l'on "travaille" de bons "produits" pour le plus plaisir de la clientèle, est aussi et surtout une industrie.

Le patronat de cette industrie est probablement l'un des plus rapide à l'ouvrir dans le style "moi, monsieur, je travaille" ou "nous produisons de la richesse, nous, monsieur". Les conditions de travail dans le secteur ne sont pas optimales et la gestion des ressources humaines peut éventuellement se solder à coups de pieds au cul (ben, quoi, quand on a les mains prises…). Les formations qui mènent là sont remarquables par leurs vertus pédagogiques. Allez, si le cœur vous en dit, dîner dans un restaurant d'application d'un lycée hôtelier**. Vous pourrez y observer ces gamins ou gamines faisant le service en tremblant, sous l'œil implacable d'un prof, maître d'hôtel couperosé, qui va "les noter". A dire vrai, le spectacle de ce dressage à la soumission, à l'obséquiosité et à la servilité, peut expliquer la maigreur des portions proposées. Il est difficile d'en avaler plus.

Il est évident pour tout le monde que ce n'est pas par philanthropie (pure ou impure) que les patrons de la restauration ont soutenu leurs employés sans-papiers dans leur lutte pour une régularisation.

Cela n'empêche pas de se réjouir du succès de ceux qui ont réussi, et des bredouillements consécutifs de monsieur Brice Hortefeux***…


Un pote auvergnat.



Sur tout cela, je délirerai demain****.



*     "Pouque", en vernaculaire normand, signifie "sac", puis par extension "cartable", puis, suite à la disparition du cartable, à nouveau "sac" (mais "à dos").

**    C'est très bon, pas cher, pas copieux (parfois il y a du rab), mais il faut réserver à l'avance.

***  C'est hors de propos, mais tant pis… J'ai entendu ce matin, quasiment au réveil, notre camarade Didier Porte, chroniquant chez le normalien braillard de France-Inter, Nicolas Demorand, s'amuser du fait que monsieur Hortefeux, qui semble affecté du syndrome du raton-laveur, exige une boîte de lingettes dans sa voiture de fonction et se lave les mains vingt fois par jour (comme on dit: ya kékchose là-dessous, non?). Je trouve que vingt poignées de mains par jour, c'est peu, pour un ministre aussi populaire.

**** J'ai décidé que monsieur Sarkozy ne passerait pas à la télé pour moi. (A moins qu'il ne vienne annoncer sa démission).

mercredi 23 avril 2008

Tout, et même n'importe quoi

Y en a, j'vous jure, qui me feraient tomber dans la vulgarité la plus totale.

Mais heureusement, je m'écoute écrire… Cela fait un petit rythme syncopé, avec de profonds silences où l'ange de l'écriture passe et m'abandonne. J'aimerais beaucoup trouver un petit logiciel qui accompagnerait la frappe du bruit de la machine à écrire qu'utilisait l'un des grands auteurs américains de roman noir, tchik keu tchik dong dong tchitchik keu tchik ding. Le plus difficile est bien sûr de bien programmer le "ding" qui prévient de la toute proche fin de ligne et prépare psychologiquement au retour (manuel) du chariot (accompagné d'une lampée de bourbon).

Un qui me gonfle, qui me GONFLE, qui me GONFLE  (je ne trouve pas d'autre mot) sérieusement, depuis longtemps, mais surtout en ce moment, c'est Dany-le-claoune. Vous savez bien, le baratineur surdimensionné pour assemblées générales, devenu démocrate respectable, mais qui ne porte pas le costard-cravate (attention: contestation!) et qui dédicace maintenant son bouquin au Sarko au lieu de lui envoyer par le travers dans la tronche…

Comme cet œdème me semble assez partagé, quoique en une langue dominée, par Denis Perais et Nadine Floury, auteurs d'un très bon article paru sur le site d'Acrimed, je vous y envoie: et hop, c'est là!

Et pour l'anniversaire lui-même, puisqu'il semble impossible d'y échapper, autant aller dans les lieux où quelque chose continue à vivre, bordéliquement, en mélangeant des utopies d'hier, d'avant, de maintenant et d'après (s'il y en a un), en mélangeant la déconnade pure et le dur militantisme, les discussions sérieuses à se flinguer et les bals populaires animés par Riton la Manivelle, Arnaud le facteur & Mana la Manouche, the Fabulous Turtle Brothers, l'orchestre Melodica de la place des Fêtes…



C'est ce que propose le Festival des Résistances et Alternatives de Paris, dans ces quelques lieux où la liberté se vit encore sur le mode libertaire et non pas libéral. Il en reste peu, profitez-en.

Et ce n'est généralement pas loin de chez moi. Je peux vous faire la visite du quartier en passant par tous les escaliers et toutes les bibliothèques.

Vous trouverez le programme à cet endroit.

C'est évidemment un programme provisoire et foutraque, et pour longtemps.

Il y a de tout et du n'importe quoi où je ne mettrai sûrement pas les pieds. Mais c'est comme ça (et d'ailleurs, ex-camarades donneurs de leçons d'histoire, vous savez bien que c'était aussi déjà comme ça).

mardi 22 avril 2008

Réponse publique à une question privée

Les trois fidèles de ce blog connaissent déjà LA quatrième, ma groupie du Cantal qui, ayant trouvé mon adresse, sature ma boîte virtuelle de courriels hystériques et libidineux, d'un volcanisme, un peu ancien certes, mais qui ne laisse point de m'inquiéter. On a vu souvent, n'est-ce pas, rejaillir le feu d'un ancien volcan qu'on croyait trop vieux. Ne me reprochez pas mon absence de courtoisie, j'ai connu Lulu à l'école primaire de Trifouillis-la-campagne, elle ne cachait rien, et surtout pas son âge, qui était double du mien. Il n'y a pas de raison que ce dernier point ait changé.

Or donc voici: Lulu insiste pour que je révèle publiquement les véritables raisons de ma présence à La Rochelle; elle craint, que dis-je, elle redoute que ce ne fût pour de sombres motifs gaudriollesques. Ses menaces étant détaillées, précises et chirurgicalement réalisables avec ses moyens rudimentaires, je me vois contraint de lui donner satisfaction.

En vrai, je me suis rendu à La Rochelle pour me rapprocher de l'île de Ré.

Et pourquoi l'île de Ré ? diras-tu, Lulu.

D'abord, dire Merde à Vauban.*

Et surtout perpétrer un attentat pâtissier suicide sur la personne de monsieur Yonel Jospin, résident intermittent de l'île de Ré (et pas au bagne).

On connaît, car j'en ai déjà parlé ici, mes pulsions gloupières; je comptais innover en utilisant un baba au rhum bien coulant - le sirop parfumé du baba me semble plus pégueux que la crème et mon identité normande se refuse à jeter de la "bonne marchandise".

Mais pourquoi donc Yonel ? dis-tu Lulu.

Parce que.

Parce que Yonel Jospin est pour moi l'icône de l'impuissance du prétendu Parti Socialiste, et plus même que l'icône, il est, fait homme, le Verbe terne, médiocre, décoloré, de ce parti. Il incarne le manque absolu d'imagination d'un second de la classe, qui s'applique à garder sa place sans surtout briller, ni choquer qui que ce soit. Et quand il veut se hausser d'un cran, en y allant comme à reculons, il la perd, cette place, face à deux roublards en goguette. Drapé dans une dignité blessée, il se retire pour mieux revenir, de temps à autre, regarder par dessus l'épaule des autres emplâtres qui lui ont succédé à la tête du parti, et jouer les grands sages qui n'ont rien dit, mais qui n'en pensent pas moins (et qui l'écrivent). Son empreinte demeure sur cette direction du parti, qui se chamaille, avec ce discours atone, sans vie, de recalés du conservatoire d'Art Dramatique**.

A La Rochelle, mon contact, rencontré discrètement au café de la Paix, rue ou place de Verdun, m'informa que Yonel s'était absenté pour "communiquer" de toute sa lumière éteinte dans une émission de radio ou de télé…

Le projet tombait à l'eau et le dieu de la météorologie sait qu'il en tombait aussi, de l'eau. La Rochelle ruisselait de toutes ses gouttières et plus trempé qu'un baba au rhum, je rentrai à l'Hôtel où la petite dame*** m'assura que "ça arrivait même en saison". En plus, j'étais hors-saison!

En cherchant à me perdre dans la vieille ville (entreprise ardue, comme dans toutes les villes à remparts), je finis par arriver dans le quartier Saint-Nicolas, ancien quartier de marins. Pas de rues à arcades, mais pas non plus de ces boutiques de "luxe" qui accompagnent leur vulgarité naturelle et assumée de bouffées de ces parfums entêtants à vous faire regretter les lacrymos de la maréchaussée.

Et puis, sur une petite place (de la Fourche, si ma mémoire est fidèle), j'ai vu une petite galerie, qui s'appelle La Petite Galerie, où un peu de soleil s'était réfugié.

Il y avait là des céramiques de Laurent Dufour****, d'abord des plats et des coupes portant des graphismes sur fond blanc-gris-blanc avec variations, et surtout des plaques de poteries, plus colorées que j'ai bien aimé regarder et que j'ai tenté de photographier*****.







Toutes les pièces sont cuites dans un grand four à bois, donc en présence de la flamme qui "intervient" de manière un peu aléatoire dans le résultat final. Laurent Dufour m'a montré de tels effets sur cette pièce.

Nous avons un peu parloté, j'ai joué aussi sérieusement que possible mon rôle de cuistre parisien désargenté… Quand je suis reparti, le soleil continuait de tomber en morceaux, mais j'avais une petite provision de couleurs dans les yeux.








*   Paroles: Pierre Seghers. Musique: Léo Ferré

                              Bagnard, au bagne de Vauban
                              Dans l'îl' de Ré
                              J'mang' du pain noir et des murs blancs
                              Dans l'îl' de Ré
                              A la vill' m'attend ma mignonn'
                              Mais dans vingt ans
                              Pour ell' je n'serai plus personn'
                              Merde à Vauban
                               (…)

**       Le parti découvre l'idéal et le réel… ai-je lu quelque part. Cela me rappelle Laurent Fabius citant le docteur Lacan à propos du Réel. Feint-il (et les autres avec lui) d'ignorer que pour un socialiste, plus encore que pour un lacanien, le Réel est l'impossible et que justement, être réaliste, c'est exiger l'impossible?

***      Je choisis toujours des hôtels tenus par des petites dames… Est-ce grave, docteur?

****    à Charpenet Prissac (Je suppose que ça doit être dans les Charentes Maritimes).

*****  J'ai honte du résultat, mais je sais que la honte ne me survivra pas (Pardon, Kafka).

lundi 21 avril 2008

Journaux de voyage

Après vous avoir abandonné si longtemps, il me faut vous rendre compte de ce si long temps passé sans vous. Et je me dois de vous relater dans toute sa crudité cette plongée dans la France profonde qui m'a privé pendant six longs jours de l'accès aux Journaux.fr. Pour en supporter le sevrage, j'avais décidé de me rabattre sur la version papier disponible de l'indispensable Libération (d'Edouard de Rothschild).

Lundi 14 avril.
Nous montâmes dans la ouature à l'aube et prîmes dès que possible l'autoroute A quelque chose. Au premier arrêt sur une aire aménagée, après avoir visité l'espace* café, l'espace* détente, l'espace* ouifi, l'espace* table à langer (une erreur), l'espace* toilettes, l'espace* produits régionaux, j'achetai mon Libé à l'espace* journaux. Il fallait y penser, je n'y manquai point.

En première page: "Emeutes de la faim: les raisons de la colère". Avec, en page 2, cette belle déclaration responsable de monsieur Dominique Strauss-Kahn, patron du FMI: "Si les prix de l'alimentation continuent à augmenter, (…) des centaines de milliers de personnes vont mourir de faim. Ce qui entraînera des cassures dans l'environnement économique et parfois la guerre."

J'ai repris le volant avec une rage froide, genre "tais-toi et roule"; à mon approche, aucun camion n'a osé amorcer un dépassement d'un autre camion, on peut dire que je me suis fait de la place avec ma cédeux à décollage vertical.

Tout à ma hargne j'ai composé un billet incendiaire sur ces crétins criminels qui prétendent piloter l'économie mondiale, armés de leur prétendue science née il y a trois siècles en raisonnant sur les famines nationales et incapables de prévoir et surtout d'enrayer la famine mondiale qu'ils ont provoquée.

Mais je n'ai pas noté et j'ai oublié… Peut-être qu'en fixant intensément la photo de DSK, posant en dandy désabusé, cela me reviendrait. Je vous dirai**.

Mardi 15 avril.

Nous voici chez nos hôtes, dans ce recoin du Sud-Ouest où se juxtaposent le terroir de Buzet (ancien "petit vin" qui a maintenant des prétentions), le territoire de l'Armagnac et quelques prémisses de la forêt landaise. Non loin coule une rivière au nom enchanteur, malgré son tréma, la Baïse. A chaque fois, je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée amicale pour Bobby Lapointe:

                           "Et tout en étant Française,
                             L'était tout de même Antibaise :
                             Et bien qu'elle soit Française,
                             Et, malgré ses yeux de braise,
                             Ça ne me mettait pas à l'aise
                             De la savoir Antibaise,
                             Moi qui serais plutôt pour..."


La flore journalistique est assez réduite en cette région, on y trouve du Figaro à foison, ainsi que des espèces endémiques locales (genre Dépêche ou Sud-Ouest) et des espèces d'importation (les britanniques lisent beaucoup les journaux, me confia le professionnel de la profession). J'ai bien cru ne pas trouver ma fleur de Libé. Le pro alla m'en récupérer un, "par derrière". En fait, pour tout vous dire, je le soupçonne d'en cultiver quelques uns pour sa consommation personnelle, en placard, comme on le fait pour certaines herbes aromatiques***.

Le titre du jour était: "Au secours, Berlusconi revient!"

Je jetai un coup d'œil à l'intérieur du journal, inquiet de voir si Laurent Joffrin n'allait pas se mettre tout soudain à critiquer les résultats de l'exercice démocratique. Rassurez-vous, le comité de rédaction a su contenir son gauchisme rampant.

Mercredi 16 avril.

Le même dealer de Libé me fournit en première page: "Y a-t-il vraiment trop de profs?"

Banal.

Ce qui n'est pas banal, c'est de trouver, en page 29, dans la rubrique Culture, sous-rubrique Variétés: "Pas d'évolution pour Aimé Césaire". Je ne suis pas sûr qu'Aimé Césaire aurait apprécié de se trouver dans le même panier éditorial qu'une quelconque artiste de variétés sans voix…

Jeudi 17 avril.

Départ pour La Rochelle, "belle et rebelle" (qu'ils disent) où Libé est en vente libre. Mais où il pleut, il pleut. Sur la une délavée, je distingue à peine une Rachida Dati en train de faire la tronche, mâchoires serrées et bouche en accent circonflexe, aimable comme une porte de prison, et je devine le titre: "Prisons pour les mineurs. La reine du barreau".





Nous avons le temps de profiter des arcades qui bordent les rues et d'admirer enfin des pavés. La rue de l'Escale a conservé des pavages de gros galets noirs qui servaient de lest sur les navires retour du Québec. Ni grès, ni granit, me semble-t-il, mais je ne saurais l'affirmer: la nuit tombait, et je n'ai pu en desceller un.


Vendredi 18 avril.

En première page: "Patrons-sans-papiers. Même combat". J'en connais qui auraient hurlé à la collaboration de classes, il y a quelque temps.

Aimé Césaire est sorti de la rubrique Variétés pour prendre le bandeau de la une. "Aimé Césaire. Le Nègre majuscule". En pages intérieures, un bel hommage et surtout les mots de Césaire:

                              J'habite une blessure sacrée
                               j'habite des ancêtres imaginaires
                               j'habite un vouloir obscur j'habite un long silence
                               j'habite une soif irrémédiable
                               j'habite un voyage de mille ans
                               j'habite une guerre de trois cents ans
                               j'habite un culte désaffecté entre bulbe et caïeu
                               j'habite l'espace inexploité…
                               je m'accommode de mon mieux de cet avatar
                               d'une version du paradis absurdement ratée
                               - c'est bien pire qu'un enfer -
                               J'habite de temps en temps une de mes plaies…
                                je reste avec mes pains de mots et mes minerais secrets
****

                                                                                    Extrait du recueil Moi, laminaire, 1982

Samedi 19 avril.

Retour.

Le titre: "Ouf! Les Français rient encore."

On termine donc sur un scoop.






* Les aires d'autoroute donnent raison à Georges Perec qui soutenait que "vivre, c'est passer d'un espace à un autre, en essayant de ne pas trop se cogner" (cité de mémoire, donc de travers).

** Au retour, j'ai trouvé un écho de cette colère dans le billet de Françoise (dont le très fort dessin mériterait la Une des Unes).

*** Il paraît que ça marche, mais il faut trouver le bon éclairage, et surtout la bonne aération, rapport au terreau enrichi à la bouse de vaches sacrées qu'il faut utiliser pour avoir le label "Agriculture biologique".

**** Puisque Lagarde et Michard ont fait ici une apparition fort remarquée, on peut imaginer une note de nos deux compères:
Quelle figure de style le poète utilise-t-il ici? En quoi souligne-t-elle son propos? Comparez avec l'emploi de la même figure par Henri Guaino.

dimanche 20 avril 2008

Nous irons tous au Panthéon… tralala…

Je m'y connais pas mal en nanisme intellectuel, et je comprends bien la fascination que peuvent exercer sur nous, si petits, les "grands". Et puisqu'ils sont toujours plus grands morts que vivants, quand un cadavre nous dépasse d'une bonne tête, nous ne savons où donner de la nôtre pour nous hausser quelque peu dans l'exercice d'une admiration de convenance.

Il doit y avoir un rédacteur spécial, à l'Elysée, pour mettre au point les lamentables communiqués nécrologiques qui suivent les disparitions de ces "grands". Et ces jours, il (ou elle) a dû faire face, faute à pas de chance, à deux décès sur lesquels "communiquer".

Le décès d'Aimé Césaire, "poète français, homme politique et co-fondateur du mouvement littéraire la négritude" (dixit le plumitif élyséen) donne lieu à un premier hommage .

Nous n'y apprenons pas seulement que la "négritude" est un "mouvement littéraire" (sic, sic et resic). Nous y apprenons qu'Aimé Césaire était "un grand poète qui a acquis sa notoriété par la qualité de son écriture." Comme si ce n'était pas la moindre des choses quand on écrit de la poésie… Quant à ce que cette poésie disait, proclamait, criait, il n'en sera pas dit un seul mot qui en soit digne. Seulement une précision lagardémichardienne* sur la Négritude: "On retiendra de lui qu’il est l’initiateur, avec Léopold Senghor, du concept de la Négritude." Il vaut mieux sans doute en parler comme d'un concept, et non comme d'un "mouvement littéraire"…

Et pour en finir sur l'écrivain, rangeons-le définitivement au rayon littéraire poussiéreux de l'humanisme: "Ce fut un grand humaniste dans lequel se sont reconnus tous ceux qui ont lutté pour l’émancipation des peuples au XXème siècle."

Il faut imaginer le plumitif heureux.

Heureux d'en avoir fini sans avoir lu une seule ligne du poète Aimé Césaire. Car je suis persuadé que cette poésie serait un alcool trop fort pour son estomac de petit blanc, ainsi que pour l'estomac de son patron.

Est-ce pour cela qu'on a songé reléguer Césaire dans les caveaux du Panthéon? Pour qu'il y blanchisse, enfin, et y perde de sa force comme un vieux rhum qui s'évente?

Ou parce que les nains ont tendance à glorifier post mortem les géants qui les ont dominés?


Tentative d'enlèvement d'Aimé Césaire
par un blanc non identifié.


Je retrouve ce "désir de Panthéon" dans certains des commentaires qui suivent l'annonce du décès de Germaine Tillion dans les journaux en ligne. Bel hommage expéditif!

L'hommage de l'Elysée est lui-aussi expéditif, peut-être rédigé par le même plumitif surmené.
"Nicolas Sarkozy a tenu à saluer une femme d'exception dont le courage, l'engagement et l'humanisme ont été les guides de toute une vie. Il rend hommage à la résistante de la première heure, internée à Ravensbrück et qui n'a jamais perdu l'espoir ; à l'ethnologue passionnée par l'Afrique du Nord et le Moyen Orient; à l'auteur prolixe et à la femme engagée dans le combat politique pour l'émancipation des femmes et contre toutes les formes de torture."

Et c'est presque tout. Mais j'aime particulièrement "l'auteur prolixe". Je relève dans le Dictionnaire Culturel en Langue Française sous la direction d'Alain Rey, à "prolixe": Qui est trop long, qui a tendance à s'exprimer longuement, dans ses écrits ou ses discours. --> bavard, diffus, verbeux. Un écrivain prolixe."

Il est bien évident qu'un plumitif surchargé ne prend pas le temps d'ouvrir les livres d'un "auteur prolixe"…

Les lecteurs du Figaro.fr non plus, probablement, mais cela ne les empêche pas de réagir avec vigueur, demandant l'entrée au Panthéon de Germaine Tillion (la trouvant plus "honorable" qu'Aimé Césaire) ou s'y opposant.

Petite sélection, par copié-collé** (orthographe garantie d'origine):

"quasilinear : Le Panthéon
Si quelqu'un mérite le Panthéon, aux cotés de Jean Moulin, c'est bien Germaine Tillon, une grande dame, une conscience de la France. Elle, elle aurait mérité le Prix Nobel de la Paix. Chapeau bas, messieurs et mesdames les politiques !"


"aurelie : le Panthéon, en effet,
Elle, elle faisait vraiment partie des Justes qui honorent ce monde. Une droiture, une force de caractère comme la sienne, aurait même mérité le prix Nobel de la Paix. Mais elle était au-dessus de tout ça.

Une grande âme nous a quitté, et je suis vraiment très triste, cette fois."


"floripes : Assez
Assez d'éloges pour le poète martiniquais et honneurs et réconaissance à Madame Tillion. Voyons! La culpabilisation d'être français est arrivé à tel point que la presse et TV ignorent ce qu'elle a fait pour "notre" pays???"

"sanpaillo : Exemplaire certes , mais...
Resistante oui , déportée oui, méritante, certes. Mais je n'oublie pas qu'elle soutenait le FLN contre la France. Le panthéon ca non."

"citoyen-otage : c'est bizarre quand même
certains voudraient mettre au Panthéon l'un des "chantre de la négritude", qui était dans ses discours violemment anti-blanc (donc pur racisme) et une femme qui non seulement défendait le FLN mais toute la clique communistes, donc totalitariste.

On vit vraiment une époque formidable !!!"


Je trouve aussi.




* Pour mes lecteurs en bas-âge, il faut préciser que Lagarde et Michard sont les auteurs du "manuel" de littérature, avec morceaux choisis, en usage dans les lycées de ma fort lointaine jeunesse.

** Me pardonnerez-vous cette "facilité"? Dans le Cantal, oui, mais ailleurs?

jeudi 10 avril 2008

Départ pour la plage

Comme tous les blogueurs, je suis extrêmement attentif à l'évolution de "mes" statistiques de fréquentation. Aussi me suis-je inscrit pour bénéficier des services éclairants de gougueule analytixe. Je dois dire que je ne suis pas déçu, mais que je n'y comprends rien. La seule chose qui m'amuse est de consulter la répartition géographique des connections et d'imaginer l'ahurissement d'un internaute exotique tombant dans l'escalier.

Cependant, malgré les difficultés de lecture des résultats, j'ai pu constater qu'hier, le nombre de fidèles était tombé à deux, suite à la défection (momentanée, j'espère…) de ma groupie du Cantal.

Ce fait coïncidant avec les vacances scolaires dans ma région, j'ai décidé de suspendre mon activité débordante pendant une dizaine de jours, et de partir à la plage.




Illustration tirée de la page de la société Renov'Mat qui nous apprend que
"Le pavé est un matériau de caractère à la fois brut, esthétique et pratique.
En granit ou en grès, le pavé peut être rustique ou très raffiné, comme le prouve son utilisation
dans les parcs des châteaux ou dans les corps de fermes."
(Bof!)



Pendant mon absence, les commentaires seront modérés. Concrètement, vous pouvez envoyer tous les messages que vous voudrez ("Bon débarras!", "Guy, reviens!", "Ne nous quitte pas!", "Pars, ne te retourne pas!"…) en toute liberté et sans modération jusqu'à l'aube du 11 avril. Après, vous pourrez commenter aussi, mais votre commentaire attendra mon retour dans sa boîte et si vos injures ou flagorneries me déplaisent, je les mettrai à la poubelle . Je vous préviens, car je sais à quel point cela peut être frustrant, voire traumatisant côté narcissisme, de ne pas voir apparaître sur un blog un très beau commentaire…

Nos valises sont prêtes, l'itinéraire minuté, les musettes avec les repas prévues; mais une chose me chagrine encore: vais-je faire la première tonte de ma prétendue pelouse avant de partir?

J'aime beaucoup revêtir la tenue internationale et pittoresque du pousseur de tondeuse: un vieux ticheurte déchiré sous les bras, un chorte d'athlétisme des années soixante, de hautes bottes vertes avec la paille dedans et, bien sûr, à cause du soleil brûlant, mon bob "crédit agricole" (ils me l'ont offert quand ils m'ont accordé l'emprunt pour acheter ma propriété)… Impressionnant!

Le bruit du moteur ne me gêne pas; je suis sourdingue et les voisins préfèrent ça au saxophone...

L'opération est assez rapide; ma "pelouse" a, en gros, la surface d'un appartement pour sous-secrétaire d'état célibataire…

Mais ça m'ennuie de couper inutilement toutes les belles mauvaises herbes qu'il y a chez moi et d'envoyer au compost tous ces trésors pour botanistes.

J'avais bien envisagé de fonder, en espérant de grosses subventions, un Conservatoire National des Mauvaises Herbes de Normandie (le CNMHN), et j'avais rédigé de très beaux projets pour les soumettre à la secrétaire d'Etat à l’Ecologie, madame Nathalie Kosciusko-Morizet, qui me semblait plus facile à atteindre que monsieur Jean-Louis Borloo… Mais je viens d'apprendre que, la pauvre, elle n'est plus en odeur d'UMP-ité…

Adieu les subventions!

Seule consolation, on a eu droit, au sujet de madame Nathalie Kosciusko-Morizet, à une dernière raffarinade, pour la route:

«Elle voulait passer au vert, elle est passée au rouge, on lui enlève quelques points, mais il ne faut pas lui enlever le permis.»

Je verrai au retour si elle est toujours là.