dimanche 30 novembre 2008

Bernard Noël, les yeux ouverts

Je ne connais pas tous les premiers signataires de la pétition initiée par Eric Hazan en soutien aux inculpés du 11 novembre, mais je me réjouis d'y retrouver des hommes et des femmes que j'estime.

Cela me réconforte de les imaginer s'avancer à visage découvert au devant d'un pouvoir qui ne peut que leur envoyer des policiers cagoulés.

Et parmi ceux qui s'avancent, la présence de Bernard Noël est comme une évidence.

Photo M. Durigneux
transportée du blogue Le chant des Mots.



Chaque lecture d'un livre de Bernard Noël a été pour moi une expérience dérangeante, abrupte et totale.

Aussi ne vais-je pas vous parler de ce livre terrible qu'est Le 19 octobre 1977... Les éditions Gallimard le mettent à votre disposition, contre un peu d'argent, dans la collection L'Imaginaire.

Je ne vous parlerai pas non plus des autres livres...

Car il vaut mieux s'affronter seul à cette œuvre d'une beauté exigeante et absolue.

Une courte présentation, sur le site de son éditeur P.O.L., décrit en quelques mots le parcours d'un homme qui toujours a su garder les yeux ouverts sur l'innommable.

Bernard Noël est né le 19 novembre 1930, à Sainte-Geneviève-sur-Argence, dans l’Aveyron. Les événements qui l’ont marqué sont ceux qui ont marqué sa génération : explosion de la première bombe atomique, découverte des camps d’extermination, guerre du Viêt-nam, découverte des crimes de Staline, guerre de Corée, guerre d’Algérie... Ces événements portaient à croire qu’il n’y aurait plus d’avenir. D’où un long silence, comme authentifié par un seul livre, Extraits du corps, 1958. Pourquoi je n’écris pas ? est la question sans réponse précise qui équilibre cette autre : Pourquoi j’écris ? devenue son contraire depuis 1969. Cet équilibre exige que la vie, à son tour, demeure silencieuse sous l’écriture, autrement dit que la biographie s’arrête aux actes publics que sont les publications.

Apposer sa signature au bas d'une pétition n'est certainement pas, pour Bernard Noël, un acte public anodin.


Acte public, également, la lecture: ici, une vidéo récente, postée au mois de mai 2008.



Bernard Noël au Festival Internacional de Poesía de Medellín.

samedi 29 novembre 2008

Le livret beige et le carnet noir



La présomption d'innocence est réellement une entrave à la liberté de la presse, tout le monde le sait. Cela consomme beaucoup de guillemets, et exige une dextérité particulière dans l'usage du conditionnel, qui est un mode mal-commode.

Chacun à sa manière, le Journal du dimanche et le Point ont su s'affranchir de cette contrainte liberticide, pour atteindre dans le traitement de l'affaire dite "des sabotages à la Sncf" une objectivité et un équilibre dignes d'une balance de précision.

Ces deux hebdomadaires, qui mettent à jour leur site quotidiennement, semblent très préoccupés par les oublis qu'auraient pu faire les enquêteurs...

Ainsi, Le Point révèle dans une brève, signée J.-M. D. et A. M., l'existence d'un nouveau libelle secret:

C’est un petit livret de 86 pages, à peine plus grand qu’un carnet, sans mention d’auteur ni d’éditeur. Sur la couverture de carton marron-beige, un seul mot en guise de titre : Appel . L’opuscule circule sous le manteau dans les squats de la mouvance autonome - celle que les policiers considèrent comme le vivier d’où sont issus les saboteurs de la SNCF.

Il ne me semble pas connaître ce texte... dont on dit qu'il "circule sous le manteau dans les squats".

Il faudrait dire aux signataires de cette brève lamentable que rien n'est plus facile à trouver que la prétendue littérature occulte des squats, mais qu'il ne faut pas s'attendre à en recevoir un service de presse...

Sébastien Fontenelle a déjà parlé de cet article d'indics, je vous y renvoie avec d'autant plus de plaisir qu'il cite amplement cet Appel.

Il faut bien admettre que Le Point est largement dépassé par le Journal du Dimanche, qui révèle que les enquêteurs cagoulés qui perquisitionné à Tarnac ont oublié un élément essentiel pour le dossier d'accusation: un petit carnet noir.

Le signataire de cet article, qui honore (oui, le mot n'est pas trop fort) la presse française, est monsieur Alain Hamon, de l'agence Credo. En voici un extrait:

A Tarnac, toutefois, dans l'un des logements perquisitionnés, les policiers sont peut-être passés à côté d'un indice qui aurait pu intéresser le magistrat instructeur. Sous un monceau de documents qui, contrairement à beaucoup d'autres, n'avaient visiblement pas été touchés, se trouvait encore cette semaine un petit carnet noir à spirale, anonyme. Un carnet qui appartient sûrement à l'une des personnes interpellées, plusieurs de leurs amis dans la région ayant pu être jointes grâce aux noms et numéros de téléphone qui y sont inscrits. Un carnet qui, surtout, contient deux listes d'emplettes dressées par son propriétaire. L'une est écrite à même une page du carnet, l'autre sur un Post-it.

A chaque fois, au milieu d'autres matériaux, on note la mention de fers à béton de diamètre 10 et 12. Or ce sont des fers à béton qui ont été utilisés pour s'attaquer aux caténaires de la SNCF. Si cette mention peut servir "à charge", elle peut tout aussi bien s'expliquer par des travaux qu'auraient envisagés Julien Coupat ou ses amis. Alors, ce carnet a-t-il été déposé après la perquisition effectuée par la police ou a-t-il été laissé là par les enquêteurs? Délibérément ou non?


Et voici l'illustration de cet "article":

Terriblement inquiétant, n'est-ce pas ?

Me voilà tout soudain pris de sueurs froides...

Il se trouve que, voici 19 ans, j'ai acheté une maison dans laquelle j'ai effectué, seul ou avec des copains/copines, un certain nombre de travaux... J'ai alors beaucoup zoné dans des endroits impossibles comme Superbâtiman, Leroy-Merlin-Pimpim et d'autres plus régionaux, avec dans ma poche un petit carnet à spirales, à couverture orange, où je notais avec soin les indications que l'on me donnait, les listes de matériaux à acheter, les dimensions de mes pièces, les adresses de mes fournisseurs... Avec le temps, le contenu s'est enrichi d'adresses, de numéros de téléphone, d'heures de rendez-vous, de recettes de cuisine...

Je suppose que monsieur Alain Hamon trouverait cela bien accusateur...


Je possède aussi des armes blanches de ce type...
et
(même!)
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En attendant, monsieur Alain Hamon peut être fier de son courageux article, puisqu'il a été écouté. On trouve dans les actualités du site soutien11novembre.org cette information:

Nouvelle perquisition à Tarnac

Ce matin 27 Novembre, une équipe de gendarmes et de la SDAT a effectué une nouvelle perquisition dans l' appartement de Gabrielle H. Prenant comme témoins l' adjoint au maire et un conseiller municipal. Prétextant la recherche du "petit carnet noir" trouvé par le J.D.D., ils ont pris un téléphone portable dont nous ne connaissions pas l'existence.

Vue de l'appartement après perquisition.

C'est néanmoins par le JDD que j'ai appris que la décision judiciaire concernant la remise en liberté des inculpés dans cette affaire sera prise mardi prochain.

On nous y apprend aussi:

Une cinquantaine de manifestants, qui scandaient "libérez les prisonniers" près de la cour, ont été expulsés manu militari par les gendarmes du palais de justice de Paris.

Et on nous y informe:

Parmi les manifestants, des intellectuels, des hommes politiques et des habitants du village corrézien de Tarnac, où résidaient la plupart des suspects, ont lancé une campagne de soutien.

On ne nous donne pas l'adresse, mais c'est ici que cela va se mettre en place.

Quand on parcourt la liste des premiers signataires, on constate que l'on n'y trouve aucun des tâcherons de la pensée lyophilisée qui font parade habituellement.

Pour moi, c'est un signe.

vendredi 28 novembre 2008

Projet de nouveau festival à Marciac



Comme tout le monde, j'ai reçu par courriel le témoignage de Zoé, 13 ans, élève au collège de Marciac, et comme tout le monde, je l'ai réexpédié à quelques ami(e)s, au cas où.

Le voici:

Objet : Un papa un peu bouleversé , très en colère!!!

J'ai eu cette semaine un mail concernant une descente de police dans un lycée du Gers ...On a pu entendre aussi le témoignage sur France inter. J’étais absolument abasourdi par les méthodes utilisées….Mais vous savez parfois on se dit que les gens exagèrent dans leur témoignage…. Bref je reste interrogateur !

Mais voilà que ce WE, j'accueille ma fille Zoé –elle a 13 ans- de retour du collège de Marciac.... Elle me raconte son mercredi au collège....colère à l'intérieur de moi.... révolte...... que faire??? J'ai demandé à Zoé d'écrire ce qu’elle me disait là. Elle a accepté. Voici donc son témoignage, avec ses mots à elle :

« Il nous l'avait dit, le CPE, que des gendarmes allaient venir nous faire une prévention pour les 4ème et les 3ème.

Ce mercredi là (19/11/2008), toutes les classes sont entrées en cours comme à leur habitude, en suivant les profs.


A peine 10 minutes plus tard – nous étions assis-, deux gendarmes faisaient déjà le tour de la salle où nous étions. La prof avec qui nous étions, les regardait en nous disant « Ils font leur ronde!?? » . Elle n'était à priori au courant de rien bien sûr. Soudain , la porte s'est ouverte, laissant entrer deux gendarmes... Enfin non, pas exactement!!! Il y avait un monsieur chauve habillé en militaire ( le dresseur de chien en fait!) et un gendarme très gros.


Le chauve nous a dit: « Nous allons faire entrer un chien! Mettez vos mains sur les tables, restez droit, ne le regardez pas! Quand il mord, ça pique! »


Enfin il a dit ça, à peu près... Je me rappelle surtout du « Quand il mord, ça pique! »


Après, il est sorti deux minutes et est revenu avec deux autres gendarmes et le chien. Les gendarmes se sont placés aux deux extrémités de la classe tandis que le dresseur regardait son chien déjà à l’œuvre. Le chien s'appelait Bigo. Bigo s'est acharné sur plusieurs sacs, en mordant et arrachant tout ce qui dépassait. Quand à la prof, elle restait derrière son bureau bouche bée.
Le chien s'est attaqué au sac de mon amie, à coté de moi. Le dresseur a claqué des doigts en disant: « Sortez mademoiselle, avec toutes vos affaires! » Elle a rangé son sac, s'est levée et s'est apprêtée à sortir mais le dresseur l'a repris vite: « Et ton manteau! » Elle a rougi et emporté aussi son blouson.

Plusieurs personnes de la classe sont ainsi sorties. Le chien vient alors sentir mon sac. Voyant que le chien ne scotchait pas, que rien ne le retenait là, le dresseur lui a fait sentir mon corps avant de s'empresser de me faire sortir. Dehors m'attendait une petite troupe de gendarmes... Enfin, non, pas dehors: nous étions entre deux salles de classe.


Me voyant arriver, ils se dépêchèrent de finir de fouiller une autre fille. Mon amie était déjà retournée dans la classe. Quand ils eurent fini, ils s'emparèrent de mon sac et le vidèrent sur le sol. Un gendarme me fit vider les poches du devant de mon sac. Il vérifia après moi. Je n'étais pas la seule élève. Avec moi, il y avait une autre fille qui se faisait fouiller les poches par une gendarme.


Ils étaient deux gendarmes hommes à la regarder faire. Le Gendarme qui fouillait mon sac vida ma trousse, dévissa mes stylos, mes surligneurs et cherchait dans mes doublures.
La fille qui était là fouillée elle aussi, se fit interroger sur les personnes qui l'entouraient chez elle. Elle assurait que personne ne fumait dans son entourage. Ils la firent rentrer en classe. C'était à mon tour! La fouilleuse me fit enlever mon sweat sous le regards des deux autres gendarmes.....
Je décris: Un gendarme à terre disséquait mes stylos, un autre le surveillait, un autre qui regardait la fouilleuse qui me fouillait et le reste de la troupe dehors. Ne trouvant rien dans ma veste, elle me fit enlever mes chaussures et déplier mes ourlets de pantalon. Elle cherche dans mes chaussettes et mes chaussures. Le gars qui nous regardait, dit à l'intention de l'autre gendarme: « On dirait qu'elle n'a pas de hash mais avec sa tête mieux vaut très bien vérifier! On ne sait jamais... » Ils ont souri et la fouilleuse chercha de plus belle! Elle cherche dans les replis de mon pantalon, dans les doublures de mon tee shirt sans bien sûr rien trouver. Elle fouilla alors dans mon soutif et chercha en passant ses mains sur ma culotte! Les gendarmes n'exprimèrent aucune surprise face à ce geste mais ce ne fut pas mon cas!!!!!!


Je dis à l'intention de tous «C'est bon arrêtez, je n'ai rien!!!!»


La fouilleuse s'est arrêtée, j'ai remis mon sweat et mon fouilleur de sac m'a dit: «tu peux ranger!».


J'ai rebouché mes stylos et remis le tout dans mon sac et suis repartie en classe après avoir donner le nom du village où j'habite.


De retour en classe, la prof m'a demandé ce qu'ils ont fait. Je lui ai répondu qu'ils nous avaient fouillé. Je me suis assise et j'ai eu du mal à me consacrer au math!
Tout ça c'est ce que j'ai vécu mais mon amie dans la classe à coté m'a aussi raconté.

Le chien s'est acharné sur son sac à elle et elle a eu le droit au même traitement. Mais ses affaires sentaient, alors ils l'ont carrément emmené à l'internat où nous dormons. Le chien s'est acharné sur toutes ses affaires m'a t-elle dit. Le gendarme lui a demandé si elle connaissait des fumeurs de hash, vue qu'ils ne trouvaient rien. Elle leur a simplement répondu que le WE dernier elle a assisté à un concert!


Le CPE l'a ramené ensuite au collège et elle m'a raconté.
Après les cours, le principal a rassemblé tous les élèves et nous a dit que bientôt allait avoir lieu une prévention pour tout le monde.

Une prévention? Avec des chiens? Armés comme aujourd'hui?


Une élève de 4ème nous a dit que le chien s'est jeté sur son sac car il y avait à manger dedans.

Elle a eu très peur.

Les profs ne nous en ont pas reparlé....Ils avaient l'air aussi surpris que nous!
Tous les élèves de 3ème & 4ème ont du se poser la même question: Que se passe t il? Et tous les 6ème et 5ème aussi même si ils n'ont pas été directement concernés! »

Zoé.D.R


Qu'en pensez vous? Que dois je faire ? Qui parle de violence ? Il me semble important d’écrire ici que ni le principal, ni quiconque du collège a juger important de communiquer sur ces faits ( ???).

Nous sommes lundi 24/11/2008, il est 15h30 et si Zoé ne m’en avait pas parlé, je n’en saurais rien. Combien de parents sont au courant ?
Les enfants « victimes » -et je pèse ce mot- de ces actes sont en 4ème et 3ème. Ils ont donc entre 12 et 14 ans ! Je n’en reviens pas….

Frédéric


On peut retrouver l'intégralité de ce témoignage sur le Petit Journal de Nogaro.

Suggestion au nouveau principal du collège de Marciac:
organiser un festival de la gendarmerie.

Olivier Bonnet, sur son indispensable blogue Plume de Presse, consacre son billet du 26 novembre aux descentes de gendarmerie à l'école, et parle de cette intervention au collège de Marciac. Il relate une conversation téléphonique avec le principal du collège:

Nous avons alors joint le principal du collège de Marciac, qui a voulu minorer l’affaire : "Nous menons des actions de prévention avec différents partenaires et la gendarmerie est l’un d’entre eux", nous a-t-il expliqué. Voilà qui sonne comme une interprétation toute sarkoziste du mot "prévention", alors qu’il s’agit en réalité de répression. "Ce n’était pas une descente, le terme est impropre", a-t-il poursuivi. Foin de ses pudeurs de vocabulaire, nous maintenons le mot. "Certes, c’est quelque chose d’assez impressionnant, je le reconnais, a-t-il admis. S’il y a des dérapages, ils doivent être signalés. Mais il s’agit d’une procédure normale qui existe dans les établissements scolaires. Je suis surpris par les proportions que ça prend. Je ne vois pas pourquoi on monterait en épingle ce qui n’a pas lieu de l’être".

Le billet d'Olivier Bonnet (dont je vous laisse lire la conclusion, que j'approuve entièrement) donne d'autres témoignages et, dans leurs commentaires, les plumonautes apportent des précisions...

C'est ainsi que je suis arrivé sur le site de LaDépêche.fr, où Béatrice Dillies signe un article intitulé Polémique sur les contrôles de stupéfiants au collège.

On y retrouve la ferme détermination de madame la procureure Chantal Firmigier-Michel, et les très intéressantes réactions de monsieur l'inspecteur d'académie et de monsieur le principal:

Hier, la FSU a d'ailleurs interpellé l'inspecteur d'académie sur ce sujet. Réponse de Jean-René Louvet : « Je n'ai pas encore eu de remontée sur cette opération. » Étonnant sept jours après !

Christian Pethieu, le principal du collège, lui en revanche, a reçu quelques coups de fil de parents mécontents. Mais il relativise. « Le contrôle s'est fait dans quatre classes et n'a pas semblé susciter une émotion extraordinaire. Il y a une procédure qui, à mon sens, a été respectée. Je n'ai pas senti de climat particulier de tension. » Enfin, dans un premier temps.

(...)

Mais depuis, Frédéric David lui a transmis le récit que sa fille lui avait fait par écrit de l'événement. (...)

Christian Pethieu a donc décidé hier de transmettre ce courrier à la procureure. «De suite après l'exercice, je suis passé dans les classes pour dire qu'un maître-chien viendrait prochainement expliquer comment il travaille. Mais après réflexion, je conçois que l'intervention puisse avoir un côté impressionnant. A l'avenir, il faudrait peut-être revoir la procédure et faire une visite explicative en amont de ce genre d'exercice. » Le débat est ouvert.

Les professionnels du secteur de l'éducation seront ravis de retrouver la langue de bois de leur administration de tutelle...


L'assistance du festival des braves de l'éducation nationale.

Désireux d'approfondir encore un peu l'information, j'ai demandé à mon gougueule intégré de me trouver les actualités sur "collège Marciac".

Mon gougueule à moi est un bon renifleur (et il ne mord pas): il m'a débusqué deux articles dans LaDépêche.fr, dont celui que je viens de citer, et un autre, que je n'ai pu retrouver, alors que le titre me semblait prometteur.

Il s'agit de celui-ci:

Drogue. «La peur des contrôles favorise la prévention»LaDépêche.fr

qui devrait se trouver à l'adresse suivante:

www.ladepeche.fr/article/2008/11/27/499392-Drogue-La-peur-des-controles-favorise-la-prevention.html

mais n'y est pas.

A-t-il été retiré ?

Est-il dans l'édition papier ?

Y a-t-il un lecteur gersois dans la salle ?

Car je suis vraiment très frustré de ne pas savoir qui a tenu le propos re-mar-qua-ble d'ânerie servant de titre à cet article fantôme...

jeudi 27 novembre 2008

Les morts de la rue ou des bois




C'est un scoupe très impressionnant: l'homme d'une cinquantaine d'années, retrouvé mort dans le bois de Vincennes samedi dernier, ne serait pas mort de froid, mais d'une intoxication au gaz.

On respire mieux, n'est-ce pas: on a trouvé le coupable, et, puisqu'il est mort asphyxié, on se sent moins responsable.

Seulement voilà:

Un sans-abri a été découvert mort ce mardi après-midi, selon Emmaüs, qui faisait une maraude dans le secteur. L'homme, qui semblait «mort depuis un bon moment» a été découvert «pas très loin de l'esplanade du château de Vincennes», a précisé Didier Cusserne, délégué général de l'association. (daté du 25/11/08)

(Je n'ai pas vérifié chez mon copain Robert, celui qui tient les dictionnaires, l'emploi du mot "maraude".)

La ministre du Logement et de la Ville, Christine Boutin, a immédiatement décidé de se rendre sur place.

C'est gentil, ça, madame.

Elle en est revenue avec d'impérissables impressions qu'elle a confiées à son blogue avant qu'elles ne périssent, et que notre ami le Charançon a étudiées de près avec ce délicieux mauvais esprit (critique) qui le caractérise...

Et une riche idée (ou une idée de riche dame patronnesse ?) : rendre l'hébergement obligatoire pour tous les sans-logis.


Un cabanon du bois de Vincennes.
Prudent, l'occupant a pensé à rentrer ses géraniums.


Il y a deux ans, époque où je fréquentais, avec une régularité de métronome, un café ébroïcien aux banquettes accueillantes, j'y croisais tout aussi régulièrement une grande femme qui venait s'y réchauffer les mains autour d'une tasse de café, après avoir déposé à ses pieds un antique sac à dos sur lequel pendouillait un duvet de la même époque.

La plupart du temps, un client réglait discrètement son café avant de partir, et quand le garçon l'en informait, je l'entendais protester, affirmer bien haut qu'elle avait de quoi payer, et elle sortait une poignée de monnaie.

Elle était taciturne, fumait en silence à sa table.

Elle disait s'arranger avec de prétendus amis qui lui laissaient occuper une pièce pour la nuit...

La pièce en question ne devait pas être trop chauffée.

Lorsque que je l'ai revue, hier, assise sur le bord d'un bac à fleurs, je me suis surpris à faire l'inventaire sur son visage des marques laissées par sa vie dans la rue... Elle n'a pas répondu à mon bonjour, et en acceptant une cigarette, elle s'est lancée dans un discours violent et bien incohérent...

Comment se défendre du sentiment qu'il est trop tard ?

Cimetière éphémère du collectif Les Morts de la rue.

Ce sentiment du "trop tard" inéluctable est à la base de tous nos deuils, et le sentiment du deuil est à la base de notre humanité.

Je ne parle pas là de cette notion de "deuil", travail qui doit être fait sous peine d'anomalie, que mettent en avant les marchands de psychologie à deux sous...

Le Collectif Les Morts de la Rue ne parle pas non plus de deuil, mais de dignité et affirme:

Aucune personne de la rue ne doit être oubliée une deuxième fois, dans sa mort.

Cela me réconforte de voir que ce collectif ne tient pas un simple décompte statistique des morts de la rue, ce n'est pas un ministère... Le collectif les accompagne dans leur sépulture et "interpelle la société en honorant ces morts".

Les listes des morts de la rue leur rend une identité et dresse un modeste monument à la mémoire de ceux que nous n'avons pas toujours voulu voir.


Un tombe éphémère,
avec des petites fleurs.



Le collectif a publié hier cet appel, qui mérite d'être lu (et entendu):

Appel à nos gouvernants et élus (du 26 novembre 2008)

Comme tous les six mois à l’entrée de l’hiver, nous célébrons la mémoire des 158 morts dans la rue depuis l’été dernier. Ce week-end Francis est décédé seul, dans le Bois de Vincennes, dernier refuge et ultime demeure. Il survivait là, le long des périphériques, dans ces zones inhabitables qui deviennent le mouroir des SDF. Combien d’autres sont condamnés à cette même errance qui s’achève par la mort ?

Depuis le début de l’année 2008, le collectif a dénombré plus de 265 personnes mortes dans la rue, dans des voitures, dans des cabanons, dans des conditions indignes d’un pays comme la France. Nous pouvons ajouter également les personnes qui se sont défénestrées, se suicidant pour éviter une expulsion, pour fuir la misère.

Cette année, à l’aube d’une crise dont on ne mesure pas encore les dramatiques conséquences sociales, le collectif rejoint les autres associations qui lancent un cri d’alerte : malgré quelques promesses et d’insuffisants progrès, le scandale de la mort causée par la rue persiste et s’amplifie.

A terme, nous demandons aux pouvoirs publics la définition rapide d’une véritable politique nationale de la grande pauvreté qui n’existe pas. Elle s’inscrirait dans une politique du logement social, mais joindrait deux exigences indissociables, logement adapté et accompagnement. Car l’expérience des associations démontre que rien ne se fera sans les deux.
Mais dans l’immédiat, nous souhaitons la mise en œuvre, au plus vite, d’un véritable plan d’urgence permettant l’hébergement, l’accueil et le dialogue avec la personne en situation de détresse sociale.

Plus de 100 000 personnes vivent à la rue, plus de 600 000 vivent dans des conditions de logement difficiles. La crise, la récession et le chômage accentuent les précarités. Chacun d’entre nous est désormais concerné. Les menaces n’épargnent plus ceux qui se pensaient pourtant à l’abri de la précarité.

A quelques jours de la célébration du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, il convient d’affirmer que les valeurs de la démocratie sont en cause lorsqu’elle ne parvient plus à maintenir le lien social en assurant la dignité, la sécurité et la justice pour l’ensemble des citoyens.

Ceux qui meurent dans la rue, sous le regard indifférent d’une société qui se détourne de ses obligations morales, en appellent à de nouvelles formes de solidarités. Faute d’initiatives immédiates et de réponses adaptées, notre société se rendrait complice de leur mort par abandon.

Nous attendons un signal fort, une mobilisation à la hauteur des enjeux, la mise en œuvre d’une politique enfin soucieuse des principes d’égalité et de fraternité.

Collectif les Morts de la rue

mardi 25 novembre 2008

Enlèvement des encombrants

Dans ma cambrousse, on se souciait très peu des "encombrants": on avait l'habitude de faire durer les choses, qui étaient fabriqués pour ça, et on gardait plutôt que de jeter. La dernière guerre, où l'on avait été obligés de "ratteler les chouaux" aux chars à bancs, avait servi de leçon, et les "baniaux" attendaient tranquillement au fond des cours de ferme, perchoirs pour les poules et terrains d'aventure pour les marmots.

Parfois, surtout après un décès, on allait déverser quelques "vieuilleries" dans un récent trou de bombe: le village avait bénéficié du largage de quelques surplus de l'aviation anglaise, c'était commode...

Plus tard une collecte fut organisée pour ce que l'on commençait à appeler "monstres". Le garde champêtre se trouvait un "alcoolite" et tous deux, avec un tracteur et "l'armorque", parcouraient les rues du village pour ramasser ces monstres encombrants, qu'ils allaient ensuite jeter dans le dépotoir.

Et puis après, ils allaient boire un coup.

Mais je vous parle d'un temps où ces panneaux n'existaient pas.

En lisant ce matin que l'association Droit au Logement (DAL) avait été condamnée hier à une amende de 12.000 euros pour "avoir embarrassé la voie publique", rue de la Banque, à l'automne dernier, je me suis demandé si la notion d'encombrants n'était pas en train de prendre une extension promise à bel avenir.

Tout le monde se souvient de la rue de la Banque, où une sympathique pipole se demandait où étaient les socialistes (on n'arrête pas le progrès, maintenant on sait où il en sont)...

Il existe de nombreuses vidéos des ramassages des objets embarrassant la rue de la Banque. J'en ai choisi deux, la première (11 octobre 2007) montre bien que l'on prend de délicates précautions prophylactiques, et la seconde (1er novembre 2007) que l'on ne prend pas toujours des gants.






J'ignore absolument comment ont été calculés les 12.000 euros que l'on demande au DAL. Pour que ça l'embarrasse probablement: cela m'étonnerait qu'une association de citoyens indignés et actifs puisse les réunir en un claquement de doigt.

Mais il faut relativiser... Ce n'est même pas la somme qu'il faut débourser pour offrir à madame Rachida Dati la célèbre bague que Le Figaro a cru devoir faire disparaître de son doigt.

Un photomontage embarrassant.

Pour parler franchement, pour un prix analogue, j'ai vu beaucoup mieux du côté de la Place Vendôme (il m'est arrivé d'y passer en allant rue de la Banque).

Elle est un peu lourdingue, cette bagouze, vous ne trouvez pas ?

Encombrante, je dirais.

lundi 24 novembre 2008

Quelques roses d'automne



Les historiens du futur, s'il en reste, nous dirons comment une cellule invisible a pu infiltrer le parti autoproclamé socialiste pour dynamiter les derniers espoirs des braves gens raisonnables qui croyaient en la démocratie du bulletin de vote. Cette opération crypto-terroriste fort bien menée se termine sous nos yeux en dislocation spectaculaire.

Avec, en vedette, deux prétendantes en prétentieuses ridicules.

Une rose d'automne trouvée ce matin en mon jardin,
mais qui n'est pas "plus qu'une autre exquise".



Au lieu de me demander, avec mes quelques amis socialistes qui ont la rage au cœur, où sont passées les fleurs de la démocratie, je préfère me réjouir de croiser ici ou là une floraison tardive mais vigoureuse d'initiatives salutaires.

Ainsi, cette pétition lancée, me dit-on, par Eric Hazan et les éditions La Fabrique, dont je reproduis le texte:

Une opération récente, largement médiatisée, a permis d’arrêter et d’inculper neuf personnes, en mettant en œuvre la législation antiterroriste. Cette opération a déjà changé de nature : une fois établie l’inconsistance de l’accusation de sabotage des caténaires, l’affaire a pris un tour clairement politique. Pour le procureur de la République, «le but de leur entreprise est bien d’atteindre les institutions de l’État, et de parvenir par la violence — je dis bien par la violence et non pas par la contestation qui est permise — à troubler l’ordre politique, économique et social».

La cible de cette opération est bien plus large que le groupe des personnes inculpées, contre lesquelles il n’existe aucune preuve matérielle, ni même rien de précis qui puisse leur être reproché. L’inculpation pour «association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste» est plus que vague : qu’est-ce au juste qu’une association, et comment faut-il entendre ce «en vue de» sinon comme une criminalisation de l’intention ? Quant au qualificatif de terroriste, la définition en vigueur est si large qu’il peut s’appliquer à pratiquement n’importe quoi — et que posséder tel ou tel texte, aller à telle ou telle manifestation suffit à tomber sous le coup de cette législation d’exception.

Les personnes inculpées n’ont pas été choisies au hasard, mais parce qu’elles mènent une existence politique. Ils et elles ont participé à des manifestations — dernièrement, celle de Vichy, où s’est tenu le peu honorable sommet européen sur l’immigration. Ils réfléchissent, ils lisent des livres, ils vivent ensemble dans un village lointain. On a parlé de clandestinité : ils ont ouvert une épicerie, tout le monde les connaît dans la région, où un comité de soutien s’est organisé dès leur arrestation. Ce qu’ils cherchaient, ce n’est ni l’anonymat, ni le refuge, mais bien le contraire : une autre relation que celle, anonyme, de la métropole. Finalement, l’absence de preuve elle-même devient une preuve : le refus des inculpés de se dénoncer les uns les autres durant la garde à vue est présenté comme un nouvel indice de leur fond terroriste.

En réalité, pour nous tous cette affaire est un test. Jusqu’à quel point allons-nous accepter que l’antiterrorisme permette n’importe quand d’inculper n’importe qui ? Où se situe la limite de la liberté d’expression ? Les lois d’exception adoptées sous prétexte de terrorisme et de sécurité sont-elles compatibles à long terme avec la démocratie ? Sommes-nous prêts à voir la police et la justice négocier le virage vers un ordre nouveau ? La réponse à ces questions, c’est à nous de la donner, et d’abord en demandant l’arrêt des poursuites et la libération immédiate de celles et ceux qui ont été inculpés pour l’exemple.

Pour signer cette pétition, il suffit d'envoyer votre nom et votre qualité (profession ou absence de profession, statut ou absence de statut) à cette adresse: comiteaat@boum.org

Logo utilisé par le Jura Libertaire pour signaler les articles
concernant les grandes manœuvres anti-terroristes.


Commencent aussi à fleurir des comités de soutien locaux, on en trouve trois actuellement répertoriés par le site Soutien aux inculpés du 11 novembre: Rouen avec son Comité Visible, Nancy et Tulle, relayés sur le site général.

A Limoges, une réunion publique d'information sera organisée le 2 décembre à 20h 30, à la salle municipale Blanqui 2. Le communiqué a été posté par Flo Py sur le blogue Les 17 millions et les autres.

Je ne l'ai pas retrouvé sur Balade @ Tarnac, où je l'avais vu... J'espère que la réunion est maintenue.

Mais je retrouve aujourd'hui la lettre ouverte des parents des inculpés du 11 novembre:

Dimanche, 23 Novembre 2008

Lorsque la cacophonie s'accorde pour traîner dans la boue une poignée de jeunes emmurés, il est très difficile de trouver le ton juste qui fasse cesser le vacarme; laisser place à plus de vérité. Certains médias se sont empressés d'accréditer la thèse affirmée par la ministre de l'intérieur dans sa conférence de presse, alors que les perquisitions étaient en cours : Les personnes arrêtées étaient d'emblée condamnées.

Personne n'aura pu rater l'épisode de "police-réalité" que nous avons tous subi la semaine passée. L'angoisse, la peur, les pleurs nous ont submergés et continuent à le faire. Mais ce qui nous a le plus blessés, le plus anéanti, ce sont les marées de mensonges déversées. Aujourd'hui ce sont nos enfants, demain ce pourrait être les vôtres.

Abasourdis, nous le sommes encore, paralysés nous ne le sommes plus. Les quelques évidences qui suivent tentent de rétablir la vérité et de faire taire la vindicte.

Les interpellés ont à l'évidence bénéficié d'un traitement spécial, enfermés pendant 96 heures, cela devait faire d'eux des personnes hors normes. La police les suspecte d'être trop organisés, de vouloir localement subvenir à leurs besoins élémentaires, d'avoir dans un village repris une épicerie qui fermait, d'avoir cultivé des terres abandonnées, d'avoir organisé le ravitaillement en nourriture des personnes âgées des alentours. Nos enfants ont été qualifiés de radicaux. Radical, dans le dictionnaire, signifie prendre le problème à la racine. A Tarnac, ils plantaient des carottes sans chef ni leader. Ils pensent que la vie, l'intelligence et les décisions sont plus joyeuses lorsqu'elles sont collectives.

Nous sommes bien obligés de dire à Michelle Alliot Marie que si la simple lecture du livre "L'insurrection qui vient" du Comité Invisible fait d'une personne un terroriste, à force d'en parler elle risque de bientôt avoir à en dénombrer des milliers sur son territoire. Ce livre, pour qui prend le temps de le lire, n'est pas un "bréviaire terroriste", mais un essai politique qui tente d'ouvrir de nouvelles perspectives.

Aujourd'hui, des financiers responsables de la plus grosse crise économique mondiale de ces 80 dernières années gardent leur liberté de mouvement, ne manquant pas de plonger dans la misère des millions de personnes, alors que nos enfants, eux, uniquement soupçonnés d'avoir débranchés quelques trains, sont enfermés et encourent jusqu' à 20 ans de prison.

L'opération policière la plus impressionnante n'aura pas été de braquer cagoule un nourrisson de neuf mois en plein sommeil mais plutôt de parvenir à faire croire que la volonté de changer un monde si parfait ne pouvait émaner que de la tête de détraqués mentaux, assassins en puissance.

Lorsque les portes claquent, nous avons peur que ce soient les cagoules qui surgissent. Lorsque les portent s'ouvrent, nous rêvons de voir nos enfants revenir.

Que devient la présomption d'innocence?

Nous demandons qu'ils soient libérés durant le temps de l'enquête et que soient évidemment abandonnée toute qualification de terrorisme.

PS: Nous tenons à saluer et à remercier les habitants de Tarnac qui préfèrent croire ce qu'ils vivent que ce qu'ils voient à la télé.

Les parents des inculpés ont été assez présentés comme des bourgeois friqués bien intégrés socialement, pour qu'on leur accorde maintenant le droit de s'exprimer...

Ce n'est pas leur faire une fleur.

dimanche 23 novembre 2008

C'est l'métier qui rentre, mon gars...



La semaine qui vient de se terminer a été suffisamment culturelle, grâces en soient rendues à messieurs Hortefeux et Darcos, pour que l'on admette que le billet de ce dimanche ne le soit que très vaguement.

J'ai reçu hier un fichier mp3 contenant un témoignage sur une opération de la gendarmerie à l'Ecole des Métiers du Gers, à Auch-Pavie.

A la suite d'une défaillance de mon hébergeur de mp3 et fournisseur de lecteurs ad hoc, je n'ai pas pu inclure ce témoignage dans mon billet. N'oubliez pas que je suis le moins doué en bidouille des blogueurs zinzins (pour zinfluents).

Il vous faudra donc aller écouter le répondeur de Là-bas si j'y suis, l'émission de Daniel Mermet. Le témoignage en question se trouve à 1 min. 50 sec. du début de l'émission du 18/11/08. Vous y arriverez en suivant ce lien.

C'est juste pour vous rincer l'œil en écoutant...

On peut trouver quelques traces d'information sur cette opération anti-drogue sur le site du journal local: La Dépêche.

Un premier article, daté du 20/11/08 et signé Béatrice Dillies, fait état de cette "initiative à portée pédagogique" effectuée à la demande de monsieur Bernard Vilotte, le directeur, et signale une certaine émotion de la part des enseignants et des élèves:

Seulement voilà, enseignants et élèves décrivent un mode d'intervention cavalier des gendarmes qui seraient parfois entrés sans frapper en classe, surprenant les élèves en plein cours… ce que conteste Bernard Vilotte, au moins pour les représentants de la loi qu'il a accompagnés. Des propos ironiques auraient aussi choqué les élèves, notamment lorsque les gendarmes leur ont demandé de ne pas regarder les chiens dans les yeux sous peine d'être mordus à des endroits sensibles. Sur ce point, Bernard Vilotte sourit, un peu gêné, mais il revient vite à l'essentiel : son souci de prévenir pour mieux guérir.

On sent bien, à cette remarque, que monsieur Bernard Vilotte a une certaine conception de la pédagogie.

Qu'importe, il a le soutien de la procureure Chantal Firmigier-Michel...

Un second article, du même jour et signé également Béatrice Dillies, recueille des témoignages et des déclarations: les élèves un peu interloqués, le directeur droit dans ses bottes de directeur et un professeur, monsieur Patrick Poumirau (autant le saluer de son nom, en le remerciant) dont je copicolle la déclaration:

« Personne ne dit bonjour, personne ne se présente. Sans préambule, le chien est lancé à travers la classe.

[Il] mord le sac d'un jeune à qui l'on demande de sortir… Je veux intervenir, on m'impose le silence. Une trentaine d'élèves suspects sont envoyés dans une salle pour compléter la fouille. Certains sont obligés de se déchausser et d'enlever leurs chaussettes, l'un d'eux se retrouve en caleçon. Parmi les jeunes, il y a des mineurs. Dans une classe de BTS, le chien fait voler un sac, l'élève en ressort un ordinateur endommagé, on lui dit en riant qu'il peut toujours porter plainte. Ailleurs, on aligne les élèves devant le tableau. Aux dires des jeunes et du prof, le maître-chien lance : « Si vous bougez, il vous bouffe une artère et vous vous retrouvez à l'hosto ». Je me dis qu'en 50 ans, je n'ai jamais vu ça. Ce qui m'a frappé… c'est l'attitude des gendarmes : impolis, désagréables… sortant d'une classe de BTS froid-climatisation en disant : « Salut les filles ! » alors que, bien sûr il n'y a que des garçons, les félicitant d'avoir bien « caché leur came et abusé leur chien ». C'est en France, dans une école, en 2008. »

On retrouve le témoignage du répondeur de Là-bas si j'y suis.

Un troisième article, dont je n'ai pas trouvé le/la signataire, donne la parole au colonel Le Droff, commandant du groupement de gendarmerie du Gers, et à Philippe Martin, député du Gers.

Le colonel exerce en quelque sorte son "droit de réponse":

(...) le colonel Le Droff, commandant du groupement de gendarmerie du Gers estime dans un communiqué diffusé hier que ses hommes, qui ont agi dans le cadre strict d'une procédure légale et en partenariat avec la direction de l'établissement, n'ont pas failli à leur mission. «Tout au long de ce contrôle, les deux équipes cynophiles et les 14 militaires, répartis en deux équipes, sont constamment accompagnées par le directeur de l'établissement et son adjoint. Ces derniers n'ont rien remarqué de particulièrement choquant dans le comportement des militaires et les ont félicité pour leur professionnalisme» écrit-il, rappelant ensuite le détail d'une procédure qui a été « bien maîtrisée et dans le strict respect de la personne».

Rompez!

La réaction du député est si rhétorique qu'elle en devient caricaturale:

«Ce qui me soucie en premier lieu, (...). Ce qui m'interroge, (...). Ce qui m'attriste, (...). Ce qui m'étonne, (...). Ce qui me préoccupe, (...). Ce que je souhaite surtout, (...).»

J'ai un peu abrégé, mais je crois que j'ai conservé ce dont monsieur le député doit être le plus fier.

Bouffeur d'artère méritant.

On dit que d'autres témoignages sur cette opération pédagogique réussie se rassemblent...

On les lira avec intérêt.

samedi 22 novembre 2008

A la télé des présumés blaireaux, demain



Tenir ce blogue m'aura mené à bien des compromissions: je viens par exemple de consulter le site "Les coulisses de la Télévision", pour vérifier que la télé qui grignote les neurones, TF1, avait bien programmé, demain, dans son émission de reportages "Sept à huit" un sujet sur les présumés sabotages des lignes SNCF.

J'y lis, anéfé:

Les ultras de Tarnac. Ils s'appelaient eux-mêmes « le comité invisible ». Leurs sabotages présumés marquent en France le retour de l'ultra-gauche violente. Ces neuf jeunes issus de milieux favorisés, ont entre 22 et 34 ans. Ils sont soupçonnés d'avoir commis sur le réseau ferré français les cinq actes de malveillance perpétrés entre le 26 octobre et le 8 novembre. Des fers à béton avaient été posés sur des caténaires en Moselle, dans l'Oise, l'Yonne, et la Seine-et-Marne. Tous ont été mis en examen. Cinq d'entre eux ont été incarcérés. Pour la première fois, pour « 7 à 8 », l'un des suspects parle. Mathieu reconnaît l'existence du groupe, raconte son fonctionnement, mais nie avoir participé aux sabotages. Pour la première fois aussi, le coordinateur en France de la lutte anti-terroriste s'exprime sur cette affaire. Les suspects étaient surveillés par la police. La plupart vivent en communauté et sont plutôt bien intégrés à Tarnac, un village de Corrèze.

J'avais appris la chose en feuilletant, hier matin à Rouen, le journal Paris-Normandie dans un café de la place du Vieux-Marché, surpris d'y trouver un entretien avec l'un des gardés à vue et inculpés de cette affaire.

Ce journal n'est pas très connu pour ses positions politiques radicales et je m'étonnai. Mais point trop, car si un régional passe sur TF1, le journal régional se doit d'en parler, ce sont des choses qui se font, en région.

Je fus davantage étonné d'y trouver l'annonce de la création d'un comité de soutien rouennais, sous forme d'une "association, baptisée Comité visible", qui devait organiser, ce samedi, un rassemblement devant le palais de justice de Rouen. Des précisions sans doute ultérieurement.

Le palais de justice autrefois,
image transférée du Blog de Rouen.

L'entretien avec Matthieu B. est retranscrit de manière honnête, il me semble, par Paul Mouchel qui écrit dans son introduction:

Après une centaine d'heures de garde à vue vécue la semaine passée dans le cadre de l'enquête sur les sabotages à la SNCF, Mathieu B. est plutôt en forme.

Même s'il confie «avoir perdu cinq kilos», il est le moins marqué des trois Rouennais éprouvés nerveusement et psychologiquement par cette épreuve qui s'est déroulée dans les locaux de la sous-division anti-terroriste à Levallois et Nanterre.

Fragiles depuis leur libération samedi après-midi, notamment victimes de troubles du sommeil, Elsa B. et Bertrand D. ne souhaitent pas s'exprimer publiquement.

Matthieu B. a su garder le contrôle de l'entretien, et j'espère qu'il a réussi de même face aux caméras de TF1 (en ce qui concerne le montage, c'est en général plus difficile, à moins qu'il n'ait imposé ses exigences).

Il donne un certain nombre de détails sur son arrestation et sa garde à vue, par petites touches... Et cela sera instructif pour tout le monde.

Après son arrestation:

Le convoi de véhicules est parti en fin d'après-midi. Transportés à 180 km/h sur l'autoroute, nous avons dû arriver vers 20 h à Paris. Je me suis retrouvé dans une cellule de 5 m² sans fenêtre, avec pour seul mobilier un banc en béton, le tout baigné d'une très faible lumière.

Le déroulement des interrogatoires:

Avez-vous subi des atteintes physiques durant votre garde à vue?

« Non, il s'agissait plutôt d'intimidation du genre :''On sait que tu mens'' ou ''tu ne reverras jamais ton fils''. A partir du jeudi, les policiers ont cessé de m'interroger sur les faits et m'ont questionné sur mes lectures, les gens croisés dans ma vie, les manifestations auxquelles j'ai participé. Ils m'ont sorti ma lampe frontale, l'adresse de mon ancien proprio... le moindre objet insignifiant était sujet à interprétation.»

Avez-vous eu peur?

« Le troisième jour a été très difficile. Je savais qu'ils n'avaient rien contre moi mais les idées s'embrouillaient dans ma tête sous l'effet de la fatigue, du manque de nourriture. La situation était si surréaliste que j'avais l'impression d'être dans les Bronzés à Guantanamo

C'est une manière élégante de présenter les choses, non ? Et qui ne masque pas ce qu'elles ont de légèrement, oh! très légèrement inhabituel...

Sa libération:

Je suis passé le dernier devant le juge d'instruction (NDLR, au palais de justice de Paris, sur l'île de la Cité). Cela a duré cinq minutes. L'avocat commis d'office m'avait prévenu un peu avant que mon dossier était vide. Un peu embarrassé, le juge m'a signifié mon placement sous contrôle judiciaire et ma mise en examen. Une fois dehors, j'ai retrouvé les autres qui venaient d'être libérés et des amis venus nous accueillir.

On devra aussi à Matthieu B. quelques images à conserver dans nos têtes.

Celle des policiers vidant, avec le soin qu'on imagine aisément, les pots de confiture que lui avait donnés sa mère. Cette image a déjà été reprise par l'article du Monde que j'ai signalé hier.

Une autre image mérite de rester:

Nous avons été braqués nus par des policiers cagoulés, et menottés.

Car c'est avec cette délicatesse de sentiments que l'on peut traiter une jeune femme et un jeune homme, à condition qu'ils soient de présumés présumables.

vendredi 21 novembre 2008

Nous sommes tous de présumés blaireaux



Voilà une dizaine de jours, nous ne savions même pas précisément combien de personnes étaient en garde à vue après la brillante prestation policière du 11 novembre. Les gardés à vue n'avaient ni nom, ni visage...

Un mystérieux Julien C. fut présenté comme "chef présumé des saboteurs". Personne ne remarqua que l'expression était incorrecte: il fallait dire, afin de respecter la règle de présomption d'innocence, "chef présumé des présumés saboteurs", ce qui, phonétiquement et rythmiquement, n'est pas sans charme. Mais je n'obligerai jamais personne à avoir mon sens du rythme.

Peu à peu, le nom de Julien Coupat apparut dans la presse, et la radio nous apprit mardi dernier que ledit Julien Coupat, toujours "chef présumé des saboteurs", avait un père. Monsieur Gérard Coupat, père digne et indigné, fut ce jour-là l'homme le plus interrompu de France: il avait malheureusement fait le choix de s'exprimer par téléphone, et un téléphone cela se couvre facilement lorsqu'on tient le micro.

Son indignation, assise sur un solide bon sens, put pourtant être entendue. Mais fut peu répercutée.

On nota qu'il évoquait l'écriture poétique, et qu'il citait André Breton... On le reprit sans malice, ou avec l'inculture ordinaire: personne n'essaya de le coincer en évoquant "l'acte surréaliste le plus simple" du second manifeste du surréalisme... On se contenta de l'interrompre et de le remercier avant de passer à la pub.

LeFigaro.fr ira plus loin dans les révélations en illustrant un article de Christophe Cornevin d'une photographie bien floue du "saboteur présumé", photo dont l'origine n'est pas précisée, mais qui semble provenir d'une photo prise par un "civil" opérant en "manif" et démesurément agrandie.

On pourra se dispenser de lire l'article, puisque je donne la photo.

Le flou lui va bien, comme il allait bien à G.-E. Debord.

Plus sérieusement, on commence à réfléchir un peu plus sur ce qui se passe.

Je pense que c'est à Eric Hazan que revient l'honneur d'avoir élevé le niveau de la réflexion, mais cette réflexion il l'avait commencée il y a longtemps. Vous trouverez ici ses propos éclairants.

Après s'être (une fois de plus) déshonoré en publiant un article sur L'insurrection qui vient, qualifié de "bréviaire anarchiste" - cet "article" aurait pu être signé du Procureur Marin -, Liberation.fr s'est fendu d'un second article, signé Edouard Launet, sur ce "court essai lyrique et radical". Se contentant de survoler et de noter quelques influences, le texte de Launet arrive à donner tout de même l'impression qu'il a lu le livre; c'est déjà beaucoup.

Là où Liberation.fr étonne, au vu de ses contributions précédentes, c'est lorsqu'il publie, dans sa page Rebonds, où l'on ne rebondit pas trop loin en général, le texte de Giorgio Agamben, intitulé Terrorisme ou tragi-comédie.

Texte limpide, que je ne puis que vous conseiller de lire, dont voici la conclusion:

La seule conclusion possible de cette ténébreuse affaire est que ceux qui s’engagent activement aujourd’hui contre la façon (discutable au demeurant) dont on gère les problèmes sociaux et économiques sont considérés ipso facto comme des terroristes en puissance, quand bien même aucun acte ne justifierait cette accusation. Il faut avoir le courage de dire avec clarté qu’aujourd’hui, dans de nombreux pays européens (en particulier en France et en Italie), on a introduit des lois et des mesures de police qu’on aurait autrefois jugées barbares et antidémocratiques et qui n’ont rien à envier à celles qui étaient en vigueur en Italie pendant le fascisme. L’une de ces mesures est celle qui autorise la détention en garde à vue pour une durée de quatre-vingt-seize heures d’un groupe de jeunes imprudents peut-être, mais auxquels «il n’est pas possible d’imputer une action». Une autre tout aussi grave est l’adoption de lois qui introduisent des délits d’association dont la formulation est laissée intentionnellement dans le vague et qui permettent de classer comme «à visée» ou «à vocation terroriste» des actes politiques qu’on n’avait jamais considérés jusque-là comme destinés à produire la terreur.

Une petite main de l'anti-terrorisme

LeMonde.fr prend lui aussi de la distance avec les informations officielles et revient sur Les neuf de Tarnac, dans un article bien documenté, dont on se demande s'il n'aurait pas pu paraître plus tôt.

Même la presse très régionale de ma région se met à donner des informations qui utilisent des sources autres que les sources policières ou judiciaires. J'ai pu le constater en achetant, ce matin, le journal local.

Je vous en parlerai peut-être demain

jeudi 20 novembre 2008

La culture de monsieur Darcos



Je m'en voudrais de ne pas saluer au passage les veilleurs d'opinion du ministère de l'Education Nationale, ou de tout autre, qui arrivent peut-être sur ce billet en service commandé. Si vous n'arrivez pas à suivre, n'hésitez pas à demander des explications complémentaires. Je suis prêt à mettre en place un module d'accompagnement individualisé... Je sais à quel point votre travail est ingrat et difficile.

Regards tous-azimutés de veilleurs attendant l'horreur.
(Il s'agit toujours de l'excellent Marty Feldman)

Puisque cela fait maintenant partie de la culture du gouvernement Fillon, monsieur Darcos, en prévision d'une grève dans l'enseignement, a fait les grozieux, et a stigmatisé, fustigé et vilipendé ce qu'il a appelé la "culture de la grève". C'est du moins ce qu'ont repris les titres dans les médias.

Cela me fait toujours beaucoup de peine de voir attribuer à un distingué agrégé de Lettres Classiques, un usage du mot "culture" si banalisé par la langue du marquétigne. Car, bien sûr, il faut entendre ce mot, dans ce contexte, au même sens que dans cette fumeuse notion de "culture d'entreprise", dont n'importe quel VRP analphabète pouvait vous saturer l'entendement il y a quelques années...

Je note que monsieur Darcos avoue une certaine lassitude à entendre toujours les mêmes reproches:

La casse du service public, le manque de moyens, la colère des personnels, le ministre qui n’entend pas, le mépris. Combien de fois, a-t-on entendu cela depuis une trentaine d’années?

Les enseignants, je pense, lui ont déjà répondu, dans la rue et dans la grève, qu'ils étaient las d'entendre toujours les mêmes arguments ministériels.

C'est ce que l'on appelle la culture du dialogue.

Aujourd'hui à Caen.
Photo AFP/MYCHELE DANIAU, publiée par LeMonde.fr
J'ai coupé le bas de la photo pour que les veilleurs n'aient pas à chercher à identifier les gens,
c'est toujours un boulot fastidieux de moins pour eux.
On dit merci qui ? les voyeurs...

Alors que monsieur Darcos tente, en évoquant une "culture de la grève", de réactiver dans l'opinion les images assez convenues du prof toujours absent, toujours en grève, j'ai pu constater à la mi-journée, en cherchant à éviter les publicités sur les radios, que son service de communication avait dû mettre l'accent sur le passé d'enseignant de monsieur Darcos, car on y insistait beaucoup, beaucoup.

C'est, anéfé, une bien belle carrière que celle de monsieur l'ancien doyen de l'Inspection Générale Xavier Darcos... On croise parfois, en salle des profs, des collègues chez qui l'on pressent un profil analogue et dont on se demande s'ils sont plus animés par le goût de leur métier ou le sens de leur carrière.

Car on ne devient pas Inspecteur Général parce qu'on vous a supplié de le devenir... c'est au contraire un long travail bien besogneux de soumission aux diverses directives, parfois contradictoires, de l'Inspection Académique, Pédagogique ou Générale. Mais quel épanouissement quand on peut à son tour rédiger de telles circulaires !

Je ne doute pas que, malgré cette évolution de carrière atypique, monsieur Darcos ne connaisse les joies et les peines de ce beau métier: il a même récemment connu les affres du chahut, dont sa position de professeur de chaire supérieure avait pu le tenir écarté. Je retrouve même dans ce "Vous allez tout de même me laisser parler. J'ai enseigné vingt ans dans un lycée. Alors je sais de quoi je parle" rapporté par Liberation.fr, le type même de phrase que l'on en vient à prononcer alors que l'on sait pertinemment qu'il s'agit justement de "la" phrase à ne pas dire et que l'on va déclencher un redoublement, voire un emballement, des huées...

Passe encore que monsieur Darcos ne sache pas gérer les chahuts...

Ce qui est plus inquiétant, c'est qu'il semble avoir oublié, dans son irrésistible ascension, à quel point ses collègues peuvent être sans pitié.

Il pourrait en parler avec monsieur Allègre, par exemple.

Mais peut-être souhaite-t-il, au fond retourner à ses chères études, se replonger dans les œuvres d'Ovide et se consacrer, pourquoi pas, à une nouvelle traduction des Tristes et des Pontiques en langage de marquétigne.

PS: Si vous voulez faire savoir à monsieur Darcos que vous lui sauriez gré de ne pas toucher aux RASED, vous pouvez joindre votre signature à cette missive qui lui sera adressée.

mercredi 19 novembre 2008

La mission de monsieur Hortefeux



Lorsque monsieur Hortefeux parle de sa Mission, il faut bien avouer qu'il est convaincant et irrésistible.

Il me fait irrésistiblement penser à cette fable de Jean de la Fontaine (livre VII) que l'on m'a fait apprendre à l'âge tendre où je mémorisais encore la poésie: Le Chat, la Belette et le petit Lapin.

N'attendez pas d'explications de ma part; je vous ai dit que c'était irrésistible.

La fable, illustrée par Jean-Ignace-Isidore Gérard, dit J.J. Grandville,
né à Nancy en 1803 et mort à l’asile d’aliénés de Vanves en 1847.

Monsieur Brice Hortefeux pourrait désormais démissionner, ou partir en vacances dans des pays "où jamais il ne pleut"; il a largement rempli sa mission pour l'année 2008, ainsi que nous l'apprend une brève de Bakchich.info, reprise par un billet triomphal du Charançon: 28000 expulsions réalisées, alors que l'objectif fixé était de 26000.

Ce qui prouve bien que l'administration française, la police française, la justice française... peuvent se surpasser quand on lui fixe un objectif clair et précis.

D'ailleurs notre histoire le prouve.

Très bien, c'est le bon doigt.

Au cours de mon tour de veille matinal sur LeFigaro.fr, j'ai appris que monsieur Hortefeux avait été l'invité de R.T.L.

Ne croyez surtout pas qu'il en ait profité pour annoncer ses bons résultats de manière triomphale et peu charitable pour ses petits camarades du gouvernement, nôôôn, ce n'est pas son genre.

Il a profité de l'occasion pour revenir sur la décision, douloureuse n'en doutons pas, qu'il a prise de permettre à madame Victorine Dikobo Yakile de “continuer à séjourner légalement en France” en raison d’une “situation humaine particulière”.

Pour résumer très rapidement la "situation humaine particulière" de madame Diboko, voici l'extrait de l'annonce d'une conférence de presse prévue par RESF 92 sur son cas:

Septembre 2008, une préfecture envoie une Invitation à quitter le territoire à une jeune femme. Extraits :

LE PREFET DE **

CHEVALIER DE LA LEGION D’HONNEUR

OFFICIER DE L’ORDRE NATIONAL DU MERITE […]


« CONSIDERANT que l’intéressée a obtenu sa régularisation en qualité de parent d’enfant français en 200* mais que son enfant est décédé le 27 04 200*[…]


CONSIDERANT que Mme ** a eu deux autres enfants issus d’une autre liaison et que le père des enfants, domicilié à **, est actuellement en situation irrégulière sur notre territoire ; […]


ARRETE :

Article 1er : la demande de titre de séjour de Mme ** est rejetée ;


Article 2 : L’intéressée est invitée à quitter le territoire dans le délai d’un mois. »


Il y a un certain embarras dans les propos de monsieur Hortefeux qui affirme que le "rôle d'un ministre" est "aussi de corriger les dysfonctionnements de l'administration quand il y en a", mais s'évade dans d'autres considérations quand on lui demande de reconnaître qu'il y a eu, dans ce cas, effectivement dysfonctionnement... Il préfère donner un délicat cours de déontologie journalistique.

Mais ne soyons pas trop exigeants avec lui. Dégustons plutôt sans ironie une phrase telle que:

Les médias comme les associations ont un rôle que je suis heureux de saluer à nouveau.

(A nouveau ?)

Et remercions-le de veiller à rehausser le niveau culturel d'une radio comme RTL.

Alors qu'on l'interroge sur les bruits qui le donnent comme futur ministre de l'Intérieur, il répond, en toute franchise:

Ecoutez, j'assume aujourd'hui la mission qui m'a été confiée par le Président de la république avec passion et équilibre. Il faut les deux parce que ça touche à la personne humaine et donc cela conditionne l'avenir aussi de notre société. Pour le reste, je vous renvoie à l'académicien Bourbon Busset qui disait que "le sens de la mission doit toujours précéder l'ambition".

Comme tout le monde l'ignore, mais comme l'indique le site de l'académie française, "Jacques de Bourbon Busset (1912-2001) descend, par son père, de saint Louis, de Jean sans Peur, duc de Bourgogne et de César Borgia." Son œuvre est bien oubliée, et l'intervention de monsieur Hortefeux ne devrait pas conduire à une réédition.

Cette référence à l'immortel blasonné, chantre de l'amour conjugal, rassurera en outre ceux qui auraient peur d'un revirement droit-de-l'hommiste, voire ultra-gauchiste, de la part de monsieur Hortefeux: on est encore loin de L'insurrection qui vient.


PS: Sans vouloir contredire monsieur Hortefeux sur le rôle qu'il reconnait aux associations (je ne veux pas lui faire de la peine), je retranscris ci-après l'appel à rassemblement lancé par les associations réunies au sommet citoyen Des ponts, pas des murs :


Le 25 novembre se tiendra à Paris la conférence interministérielle euro-africaine sur "migration et développement", dite "Conférence de Paris".

Alors que le sommet citoyen sur les migrations a rassemblé à Paris les 17 et 18 octobre dernier près de 20 000 personnes, que l'appel à mobilisation a été signé par plus de 300 organisations du Sud et du Nord, nous dénonçons le mépris général manifesté par les Etats à l'égard des sociétés civiles, qui n'ont quasiment pas été associées au processus d'élaboration du contenu de la conférence ministérielle du 25 novembre et de sa déclaration finale, et qui, malgré nos demandes, ne seront pas représentées à la conférence.

Pour que les recommandations issues du sommet citoyen soient portées à la conférence de Paris

Appel à rassemblement le 25 novembre à 12heures

à l'angle du quai de Grenelle et du pont de Grenelle


PPS, ajouté le 20/11/08:

Sur la soudaine mansuétude humanitaire de monsieur Hortefeux, les amis de RESF ont publié un communiqué bien senti et bien pensé, intitulé "Salauds de préfets"? (avec un gros point d'interrogation).

mardi 18 novembre 2008

Sûrement pas en notre nom

Karine, cette jeune congolaise dont j'ai évoqué le "cas" ici, et , et là aussi, a donc été présentée hier à l'audience du tribunal de grande instance de Bobigny.

Le courriel que j'ai ouvert ce matin commence ainsi:

Bonsoir à tous,

Le formidable élan dont vous avez témoigné n'a pas pour l'instant porté les fruits espérés. Au terme de l'audience au TGI de Bobigny, éprouvante tant pour Karine que pour les nombreux soutiens sur place, le juge a décidé de reporter l'audience au 15 décembre, demandant dans l'intervalle une expertise psychiatrique et le maintien de Karine en détention à la prison de Fleury.

La consternation, voire même la stupeur, était visible même sur les visages des autres personnes en attente de jugement.

Et se termine par ces mots:

L'appel reste en ligne. Nous réfléchissons sur les suites à donner une fois le choc de cette journée passé. Nous vous tiendrons au courant.

Vous trouverez cet appel à l'adresse que j'ai déjà donnée. Le "dossier" de Karine sur le site des amis de RESF s'est enrichi du courriel que je viens de citer, qui inclut le témoignage d'une personne qui était sur place.

Témoignage éloquent sur la manière dont la justice est rendue, en quelque sorte, en notre nom.

Actuellement, juste avant de poster, 416 personnes ont exprimé, en plaçant leur nom au bas de la liste des soutiens de Karine, que cette décision de justice n'était pas prononcée en leur nom.

Rien de plus simple que de les rejoindre.


N'allez pas imaginer que je fais une fixation sur le cas de Karine.

Non, je fais du sentiment.

Karine a l'âge et devrait avoir le visage des mes élèves de l'Institut Pédagogique de la Gombé, cette centaine de jeunes filles qui, avec le sérieux et la gaieté de toutes les jeunes filles du monde, ont eu à supporter mes premiers balbutiements d'enseignant. Je n'ai jamais retrouvé ailleurs cette attention devant les explications et surtout cette déférence gentiment amusée devant mes maladresses au laboratoire (on m'y faisait dispenser le cours de physique et chimie, domaines où ma nullitude était pourtant indépassable...)

Mais Karine est dans l'état de désorientation où se trouvaient ces "fous" qui survivaient aux abords du quartier de Limété, sur le boulevard Lumumba, surnommé "boulevard de la mort" à cause de la fréquence et de la gravité des accidents de la circulation qui s'y produisaient. Sales, dépenaillés, hirsutes, à moitié nus et couverts de poussières, on les laissait en paix, mais je ne crois pas qu'on les aidait beaucoup à vivre. Certains sont demeurés longtemps, d'autres ont vite disparu, vite remplacés...


Ne pas faire de sentiment, ce serait pour moi repousser résolument ces deux images-souvenirs. Ce serait donc repousser une part essentielle de ce que j'ai vécu, de ce que je suis.

A écouter sans modération

Eric Hazan a été militant, chirurgien, éditeur d'art, éditeur à part, et sûrement d'autres chose encore... mais, comme on dit parfois admirativement au zinc du café d'en face, il a oublié d'être con.

C'est toujours un régal pour l'intelligence de l'écouter.

lundi 17 novembre 2008

Le droit à l'image




Les grandes manœuvres de ces derniers jours ont permis à la lutte anti-terroriste de prendre corps de manière spectaculaire. Elle a, entre autres choses, profité des couleurs de l'automne corrézien pour faire image.

Comme celle-ci:


Composée avec un grand souci de mise en place picturale, cette photographie rate de peu le classement dans le catégorie chef-d'œuvre. A mon avis, il eût suffit de placer un troisième cagoulé dans la perspective, de gommer les échafaudages sur le mur de l'église, de déplacer la voiture qui arrête trop tôt le regard, et c'eût été parfait: nous aurions eu une approche un peu onirique (mais pas trop) )à la manière de Paul Delvaux (par ailleurs grand amateur de chemins de fer...).

On discutera longtemps de la nécessité de photographier ces policiers avec une cagoule. Quelle peut bien être l'utilité de cet accessoire dans l'exercice de la profession de ces professionnels de l'investigation ? A part faire peur aux jeunes enfants, qui les prennent pour croquemitaine, et faire rire les vieux enfants, qui, comme moi, ont encore souvenir des combats de catch truqués entre le bourreau de Béthune et l'Ange Blanc...

Le bourreau de Béthune.

La seule raison plausible, à mon sens, est que pour être policier, on n'en est pas moins homme, et que tout homme doit pouvoir garder son droit à l'image.

D'autant plus que les magnifiques photographies qui ont été prises la semaine dernière vont resservir. C'est comme ça que ça passe, chez MacJournal...

J'en veux pour preuve cette anecdote que m'a signalée un jeune camarade, et que l'on peut trouver en détails ici.

Pour illustrer un article comportant une entrevue avec le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste des extrémismes, le magazine LePoint.fr a utilisé la photo d'un groupe de jeunes gens plus ou moins masqués et/ou démasqués. L'un d'entre eux vient de lancer un objet de nature indéterminée.

La légende de la photo nous indique: "L'ultra-gauche est constituée de quelques centaines d'individus à l'échelon national, le plus souvent issus de la bourgeoisie éduquée © OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP."

(Comme je ne fais pas non plus partie de la bourgeoisie non-éduquée, je ne proteste pas.)

L'image du Point.

Cette photographie a, en réalité, été prise lors d'une manifestation anti-blocage, à la Sorbonne, organisée par des étudiants assez éloignés de l'ultra-gauche: le Rassemblement des Étudiants de Droite et le Renouveau Français.

Si vous regardez la banderole qui se trouve à droite de l'image et comparez avec la banderole complète de la photo suivante, vous pourrez noter une certaine similitude...

Image tirée d'un article sur
la Fédération des Etudiants contre le Travail Perturbé.


Le courageux étudiant photographié en train de lancer un projectile va-t-il porter plainte contre la rédaction de LePoint.fr pour non-respect de son droit à l'image ?

Je ne sais.

En tout état de cause, cela illustre bien les risques que l'on prend à se faire tirer le portrait sans cagoule.

dimanche 16 novembre 2008

Le granit des Millevaches

Sur le marché hier, j'ai complètement oublié de parler à mon maraîcher attitré, grand producteur de légumes tarabiscotés, de cette décision européenne qui l'autorise à vendre sa production partout et en toute légalité. C'est une info que j'avais glanée chez JR.

Il ne m'en a pas laissé le temps, m'entreprenant illico presto con brio sur l'affaire des "Irlandais de Tarnac" (je cite), à propos de laquelle il développa son point de vue, très critique, avec son bagout habituel, et des arguments assez plausibles...

Se fournir en légumes qui ont du goût chez un producteur persifleur est un plaisir que l'on ne connait pas à la commission de Bruxelles.

Tomates anarcho-autonomes tordues de l'été dernier.

On peut regretter que cette réaction, qui peut se résumer par "Mon œil, moi, on me la fait pas...", n'aille guère plus loin. Mais elle est là, et s'exprime...

Comme est là et s'exprime un comité de soutien aux cinq interpelés de Tarnac et à la communauté du Goutailloux.

Le jour même où le procureur Jean-Claude Marin tentait de donner du poids à un dossier qui ne s'est guère épaissi durant les gardes à vue, une réunion s'est tenue à Tarnac, dont La Montagne rend compte de la manière suivante (sous la signature de Michaël Nicolas):

19 heures. Trois personnes font, cette fois, face aux caméras et aux micros : Jean Plazanet, ancien maire communiste de Tarnac; Thierry Letellier, agriculteur et maire de La Villedieu (Creuse), et Michel Gillabert, tailleur de pierres à Rempnat (Haute-Vienne). Ils annoncent la création d’un comité de soutien aux cinq interpellés et à la communauté du Goutailloux et dénoncent « une affaire médiatique et politique » (...).

Peu avant, Jean Plazanet avait pour sa part évoqué le bonne intégration des cinq jeunes et plus généralement de la communauté du Goutailloux. « De grâce, ces gens travaillent comme ils veulent chez eux (...) Ils ont repris cette épicerie et le restaurant qui sert 15 à 20 repas chaque jour. Ce sont des gens qui travaillent et se lèvent à 6 heures du matin ». « Si eux sont terroristes, moi aussi je l’ai été durant la guerre d’Algérie »...


(On trouvera un autre compte-rendu sur Bellaciao, qui reprend une information de France-Info).

Dans le contexte un peu exagéré dans lequel on veut placer cette affaire, voilà une initiative locale qui ne manque pas de courage.

Tarnac, bourg entièrement classé du plateau des Millevaches.
Nous ne savons pas si le restaurant est ouvert.


Ce n'est pas pour me disculper, mais je n'ai jamais mis les pieds sur le plateau de Millevaches.

Je n'en ai qu'une image assez mythique, construite à partir de la lecture des romans de Richard Millet, ce qui fait que cette image est déformée par une profonde déception littéraire.

La Gloire des Pythre, paru en 1995, m'avait beaucoup impressionné, dès l'ouverture:

En mars, ils se mettaient à puer considérablement.

Il s'agit des morts de l'hiver, saison où il est impossible de les descendre au cimetière pour les ensevelir et où l'on est obligé de les garder dans une "baraque sur pilotis qui ressemblait à un clapier dressé contre le ciel".

Faisant écho à bon nombre de récits entendus dans d'autres montagnes, ce roman m'avait accroché par son style ample et musical, sa construction orchestrée, sa narration "chorale" menée par un "nous" qui malgré la dureté des individus introduisait le thème de la communauté.

Bien que j'y décèle maintenant les défauts qui me rendent illisibles les écrits de Richard Millet, je continue à croire que c'est un grand roman, mais unique dans la liste des œuvres de Millet.

Comme c'est toujours un peu triste de voir un écrivain s'enfermer dans une posture aussi exécrable, je me contenterai d'indiquer deux pistes, très différentes, mais qui peuvent instruire en amusant:

"Il faut lire Richard Millet"
, de Sylvain Bourmeau, sur Mediapart, où vous trouverez quelques citations de L'opprobre. Bourmeau prévient:

Avec L'opprobre, le laborieux taxidermiste de la langue Richard Millet a remis ça. En pire. Ce sera éprouvant, mais prenez la peine d'en lire ces quelques extraits jusqu'au bout.

"Le croisé et le rusé", sur le site de l'Express, où est retranscrit un dialogue de 2005 entre Richard Millet et Frédéric Beigbeder.

Face à Millet, vous verrez Beigbeder devenir intelligent et sympathique...

samedi 15 novembre 2008

Révélations d'un veilleur d'opinion



Depuis que j'ai appris que madame Pécresse et monsieur Darcos lancaient un appel d'offres intitulé "Veille de l'opinion", je n'ai plus eu qu'un seul objectif: devenir veilleur d'opinion.

Je suis incontestablement taillé pour le djobe: je ne dors généralement que d'un œil, ce qui veut dire que je veille de l'autre.

Or pour être un bon veilleur d'opinion, il est bien connu qu'il est nécessaire d'ouvrir l'œil, et le bon.

Il suffira donc que je dorme de mon mauvais œil.

Ceci figurera bien sûr dans la lettre de motivation que je m'empresserai de joindre au CV que j'enverrai au service de recrutement de la ou les société(s) qui obtiendront le marché.

J'ajouterai un certificat médical, car je suis un gaucher extrêmement contrarié, mais peu contrariant, et, par suite, mon mauvais œil n'est pas du tout celui que l'on croit.

C'est tout à mon avantage, d'ailleurs, car dans ce travail, il est important de savoir tromper l'ennemi.

Autoportrait en veilleur éveillé.

A titre de travaux pratiques préliminaires et préparatoires, j'ai exercé une veille minutieuse sur les publications du Figaro.fr concernant les tentatives de sabotage sur les voies ferrées. Je pensais, en me plaçant en quelque sorte à la source, y suivre de quelle manière les enquêteurs comptaient rendre compte de leur travail à l'opinion publique...

Au cours de cette veille surgit ce que l'on appelle l'ombre d'un doute.

Je redoublai de vigilance.

Et je puis maintenant livrer mes conclusions: la rédaction du Figaro.fr est infiltrée par l'ultra-gauche.

Premier indice incontournable et accablant.

Cette image a été obtenue par hasard en manipulant avec beaucoup de précautions une photo exclusive publié par le Figaro magazine dans le portfolio si bellement intitulé Le caténaire de la peur. Vous voyez que j'ai obtenu une vue cavalière tout à fait utilisable par un technicien désireux de forger un tel crochet. Un puriste pourrait en tirer aisément les vues de face, de dessus, de côté.

On admettra que l'examen attentif d'une telle illustration est infiniment plus utile à l'apprenti saboteur que la lecture de la prose du Comité Invisible. Et plus facile d'accès que les indications que l'on trouve sur des sites en allemand ou en espéranto (je ne distingue pas bien, je n'ai aucun goût pour les langues, sauf en sauce piquante).

Le second indice que j'ai trouvé est tout aussi probant.

Tous les journalistes, grands reporters du café d'en face, se plaignent de la difficulté qu'ils ont à obtenir des entretiens avec des anarcho-autonomes incontestables dans la mouvance anarcho-autonome, c'est à dire possédant leur carte d'anarcho-autonome. On lira avec intérêt, sur ce sujet, les aventures croquignolesques de la pauvre Chloé Leprince sur Rue89 .

Or que voyons-nous dans LeFigaro.fr ? Aziz Zemouri (du Figaro Magazine) a réussi à recueillir les propos d'un anarcho-autonome, Sébastien Schifres, doctorant en science politique et militant du mouvement des «autonomes». Non seulement ses propos sont reproduits, mais on les place sous le titre (qui cite l'interviouvé): Sabotage : «Sans coupables, la police en fabrique».

Ce n'est pas dans Libération qu'on oserait cela, même entre guillemets...

Surenchère dans l'intolérable

La société que rêvent monsieur Sarkozy et ses ami(e)s ne comprendra pas la maladie mentale. Elle la jugera pour l'enfermer, comme au bon vieux temps.

Karine Matabiwasaka
a tout faux: elle est malade, noire et sans papiers... et elle a refusé d'embarquer pour Kinshasa au mois d'octobre.

Vous imaginez...

Pour son refus d'embarquer, elle passera devant le Tribunal de Grande Instance de Bobigny lundi 17 novembre, à 13 heures.

Ses soutiens seront là, avec elle, pour éviter cette surenchère dans l'intolérable.

Vous pouvez en être.

Et signer l'appel que je relaye ici:

Pour Karine, jeune étrangère malade et emprisonnée

Dans sa cellule de la prison de Fleury-Mérogis, Karine attend de passer en jugement pour son refus de se laisser expulser. Elle s‘est enfoncée dans un mutisme total, ne donnant aucune signe de reconnaissance.

Troubles mentaux, suites de malaria cérébrale, accablée par son infortune ? Peut-être un mélange de tout cela. Se souvient-elle de sa propre histoire ? Sait-elle quand exactement elle est née ? Personne ne peut répondre avec certitude. Ce que nous savons par contre, nous qui avons tenté de reconstruire son parcours, c’est qu’elle a été ballottée dans tous les sens, à en perdre – littéralement - la tête.

Expédiée depuis Kinshasa (République Démocratique du Congo) en juillet dernier, à l’abandon dans les rues de Rennes, elle a atterri dans une permanence d’accueil des étrangers. Première confusion – (ou vérité ?) : on la considère comme mineure, elle est confiée à une famille d’accueil. Cela se passe d’abord pour le mieux, mais Karine s’enfonce peu à peu dans les pleurs et les cris. Finalement, l’urgence arrive ; le SAMU emmène Karine à l’hôpital le 21 août. Dans l’ambulance, Karine se déclare majeure, position qu’elle maintient tant devant le Juge des enfants, qui met fin à sa prise en charge ASE, que plus tard devant le Juge des Libertés et de la Détention. Tout en glissant à l’oreille de ses soutiens, presque par hasard et bien trop tard, qu’elle n’a que 16 ans.

A sa sortie de l’hôpital le 29 août, sa détresse dépasse les compétences des intervenants sociaux ; elle est très mal en point. Aucune structure sociale ou de soins n’est à même de lui proposer une prise en charge et un hébergement adaptés. Le soir du 2 octobre, à l’heure de la fermeture de la salle d’attente du SAO (service d’accueil et d’orientation) de Rennes, elle fait quelques mètres et se fait arrêter par la police à l’arrêt de bus le plus proche.

Maintien en rétention décidé par le Juge, absence de recours au Tribunal Administratif : son expulsion est décidée. Karine semble cependant avoir eu un sursaut suffisant, au dernier moment, pour résister à son embarquement pour la RDC, qui devait avoir lieu samedi 18 octobre. Depuis cette date, elle croupit à la prison de Fleury-Mérogis, femme jeune – sinon mineure - et seule, risquant une double voire triple peine : en tant que récalcitrante, en tant que migrante, en tant que souffrante qui, si elle devait se retrouver de force dans les rues de Kinshasa, sans famille, dans un pays où la guerre civile s’accentue de jour en jour, ne pourrait tout simplement pas survivre.

L’indifférence du gouvernement français envers les étrangers malades est depuis longtemps manifeste, quoique insuffisamment reconnue. Mais emprisonner puis renvoyer Karine relève de la plus haute injustice et du plus bas niveau d’humanité.

Nous ne pouvons nous résoudre à accepter tant de mépris à son égard !

Solidairement, nous nous portons garants de sa représentation en France, afin qu’au plus vite, elle puisse ici bénéficier de la protection et des soins adaptés que son état de détresse et sa vulnérabilité nécessitent.

L’audience pour refus d’embarquement aura lieu ce lundi 17 Novembre 2008 à 13 heures au TGI de Bobigny.

Soyons présents, et par notre présence disons haut et fort que Karine doit être soignée et non pas rejetée, encore moins renvoyée vers une issue qui lui serait fatale.

vendredi 14 novembre 2008

Décompte de la folie furieuse



Chacun son truc. Il y a des gens qui supportent difficilement l'idée que l'on puisse maltraiter un enfant, et d'autres qui ne supportent pas l'idée qu'un "dangereux déséquilibré" soit en liberté.

Monsieur Sarkozy semble appartenir à cette seconde catégorie et on le voit réagir vivement à chaque "fait divers" où un malade mental se trouve mis en cause.

On peut d'abord remarquer l'aspect très spécifique de cette réaction. Il est probable que monsieur Sarkozy puisse s'émouvoir d'un fait divers tel que la mort d'un piéton fauché par un conducteur ivre, par exemple, mais il est certain qu'il ne présentera pas du tout les mêmes symptômes en apprenant la mort d'un étudiant sous les coups de couteaux d'un homme soigné pour schizophrénie.

Morts stupides (mais vous en connaissez d'intelligentes ?), qui sont l'une et l'autre un scandale pour la raison, comme à chaque fois qu'intervient la "faute à pas d'chance".

Si l'on se place du strict et triste point de vue de la raison comptable qui domine dans le gouvernement des hommes, il faut reconnaître que l'alcool au volant doit tuer un peu plus que la folie dans la rue.

C'est de ce point de vue que la réaction de monsieur Sarkozy est irrationnelle.

F. Goya, gravure.
"Le sommeil de la raison produit des monstres"

Toutes affaires cessantes, une réunion de crise et d'urgence a été convoquée par le chef de l'Etat pour demander à Michèle Alliot-Marie, Rachida Dati et Roselyne Bachelot, de préparer sans délai une réforme en profondeur du droit de l'hospitalisation psychiatrique.

Avec une telle équipe, on se doutait bien que la psychiatrie française allait en sortir grandie. A moyens constants, bien entendu...

La réunion au sommet va accoucher d'un nouveau fichier.

Vous pourrez sortir en paix, braves gens, vous serez pro-té-gés !

Une autre solution est à l'étude.

Au nom de la compassion pour les victimes à qui la société semble reconnaître un "droit au deuil", on reparle de cette notion de "culpabilité civile" qui permettrait de juger "à blanc" des auteurs de crimes qui ont été reconnus non-responsables de leurs actes.

S'il y a un psychiatre dans la salle, pourrait-il tenter d'expliquer à monsieur Sarkozy que les voies du deuil sont toutes douloureuses, mais multiples; et que celle qui passe par un simulacre de cour d'assises n'est peut-être pas la plus durable et la plus recommandable...

PS1: ...qui a à voir...

On peut lire le récit exemplaire d'un vrai procès, dans LeMonde.fr: Prostré et comateux, un fou devant la cour d'assises.

PS2: ...qui n'a rien à voir, bien sûr, mais chacun son truc...

J'appartiens à la catégorie des gens qui deviennent fous furieux quand on maltraite un enfant... Mon psychiatre m'a dit que ça ne me rendait pas trop dangereux, alors j'échapperai peut-être au fichier.

Ceci pour introduire cette nouvelle qu'on m'a transmise:

Une information révélée par France Info : après la justice, la commission nationale de déontologie et de sécurité a à son tour qualifié d’inhumain le traitement infligé à un couple moldave et à son bébé de trois semaines l’an dernier. Sans-papiers, ils avaient été placés en garde à vue pendant 9 heures à Gien (Loiret) avant d’être transférés au centre de rétention de Rennes.

C’est ce qui s’appelle redéballer le linge sale. En l’occurrence celui de la gendarmerie de Gien, dans le Loiret et plus généralement de l’administration chargée de la répression des étrangers en situation irrégulière, préfectures comprises.

La commission nationale de déontologie et de sécurité a rendu son avis sur une affaire qui avait provoqué l’émoi dans l’opinion publique : un bébé de trois semaines qui avait dû accompagné ses jeunes parents en garde à vue puis au centre de rétention administrative de Rennes. La commission a pris le temps de la réflexion, puisqu’elle a mis un an pour reprendre les conclusions déjà tirées par la justice : le bébé a subi un “traitement inhumain”. Au moins le clou est-il enfoncé jusqu’au bout.

Je ne me souviens pas qu'à l'époque le compatissant monsieur Sarkozy ait réuni en urgence Brice Hortefeux, Michèle Alliot-Marie et Rachida Dati, pour réagir spectaculairement par une réforme de fond.

Chacun son truc...

jeudi 13 novembre 2008

Le train en marche





Nous aurons en ce jour une pensée pour ce pauvre monsieur Guaino, dont le très beau texte prononcé par monsieur Sarkozy au fort de Douaumont, le 11 novembre, n'a pas fait la "Une" des quotidiens, comme il l'aurait mérité.

Je ne m'en plains pas: je considère que les discours écrits par le cher Henri sont comme les coups de marteau sur la tête, ça n'est jamais si bon que lorsque ça s'arrête.

Image parue dans le Figaro.fr
dans un portfolio intitulé
Images exclusives de la caténaire de la peur.
Sic.


Ce qui a volé la vedette à ce discours patrioliticard, c'est bien sûr la re-mar-qua-ble opération menée par les services de madame Alliot-Marie dans l'affaire des sabotages et tentatives de sabotage des lignes du T.G.V.

Dès le ouiquende, on sentait que quelque chose se préparait. Après les perturbations du samedi, c'en était trop: madame Alliot-Marie fit les grozieux. Et des commentateurs bien intentionnés parlèrent de complicités internes et toussa-toussa, et l'on entendit les directions syndicales évoquer avec émotion la très longue tradition de respect du cheminot pour son outil de travail. Pour un peu, on allait rediffuser La Bête Humaine avec débat sur Arte, ou La Bataille du Rail avec danseuses semi-nues sur TF1...


Cheminot présumé innocent du siècle dernier.

On imagine le soulagement lorsqu'est tombée la nouvelle: " c'est eux, on les tient, c'est les anarcho-autonomes". Ouf!

Olivier Besancenot fit un excellent numéro de faux-cul dans le plus pur style du "c'est pas moi, ma'am", qui fut bien relayé par les médias.

La Fédération Anarchiste sauva l'honneur de l'extrême gauche dans un communiqué non repris dans les médias

Ce fut beau, trop beau, et le discours de Douaumont passa à la trappe médiatique. Avec une vingtaine d'interpellations et une dizaine de gardes à vue, se trouvait légitimée la vaste entreprise de flicage généralisé et individualisé mise en place depuis des années et singulièrement renforcée ces derniers temps.

Monsieur Sarkozy prit la peine de se montrer "réjoui des progrès rapides et prometteurs obtenus" par les enquêteurs.

Les spécialistes de la spécialité rebranchèrent leurs portables. Au cas où.

On vit émerger le concept décoiffant d'ultra-gauche, et radios et télés s'attachèrent les services de consultants en ultra-gauche.

La police judiciaire au travail, photo AFP/Thierry ZOCCOLAN
Les taches vert-jaune indiquent que la photo a été prise
par un héros de la presse à plat ventre derrière un buisson.


Quelques jours après ce triomphe de l'investigation de nos services de police, dix personnes sont encore en garde à vue, et les médias semblent attendre de nouvelles indications...

Cette attente se passe à remâcher des bribes d'information distribuées au compte-goutte par les "milieux proches de l'enquête".

Est d'abord exploité le thème de cette communauté vivant dans la clandestinité en tenant un café-restaurant-épicerie sur la place du village de Tarnac en Corrèze, où ils ont acheté une ferme dite "Le Goutailloux" en constituant une société civile immobilière. Les habitants du village les trouvent "gentils et polis", le maire déclare qu'il n'avait "pas de problèmes avec eux". Cependant, nous révèle 20minutes.fr:

D'autres villageois se déclaraient moins étonnés. «Cela faisait longtemps que je me disais qu'ils tramaient quelque chose, je savais qu'ils étaient anarchistes», a affirmé une habitante.

(On notera le très subtil passage du pluriel au singulier...)

On peut noter ensuite une accalmie relative dans la presse. Mais Le Figaro maintient le cap en nous livrant un portrait bien vinaigré de Julien C., présenté comme le meneur:

Présenté comme le «principal mis en cause» dans la campagne de sabotages ayant visé la SNCF, Julien C. n'a rien de la caricature du squatter alternatif ou du marginal hirsute. Au contraire, cet ultra de 34 ans aurait pu avoir une vie sociale parfaitement intégrée s'il n'en vomissait pas les règles. Se réclamant de l'héritage d'Action directe, des Brigades rouges italiennes et d'un esprit libertaire post-soixante-huitard assez paranoïaque, ce fils de cadre supérieur a confortablement grandi à Paris où il a suivi ses études jusqu'à intégrer l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Fasciné par le romantisme de la clandestinité, le jeune intellectuel, taiseux au téléphone, vivotait reclus dans une ferme communautaire de Tarnac (Corrèze). Un mode de vie altermondialiste, qu'il mettait volontiers entre parenthèses lorsqu'il revenait sur Paris. Il y dispose d'un coquet appartement dans le XXe arrondissement, qu'il partage avec sa compagne. Âgée de 26 ans, cette dernière y a été interpellée lors du coup de filet. Le petit-bourgeois en rupture de ban - mais roulant en Mercedes - est connu pour violences et dégradations.

Une dépêche AFP signale assez curieusement, en ce réfugiant derrière "une source judiciaire":

Contrairement à certaines interprétations en cours ces derniers jours, cette source judiciaire affirme que les dix personnes n'ont pas été interpellées dans le cadre de l'enquête de flagrance ouverte lundi après les dégradations mais dans celui d'une enquête préliminaire ouverte le 16 avril par le parquet antiterroriste.

Cette enquête vise "les activités d'un petit groupe de jeunes gens versant dans la contestation violente", notamment lors de manifestations à Vichy le 3 novembre ou à Thessalonique (Grèce) début septembre, a affirmé cette source.

Quand on aime les choses très claires, on est à la fête ! Car il ne faut pas comprendre que l'on ouvre une enquête préliminaire en avril sur des faits qui auront lieu en septembre et novembre. On n'en est pas là, mais ça viendra...

Passons sur que l'on impute aux présumés innocents que l'on garde à vue, cela balaye très large...

Voyons plutôt ce que l'on décrypte de tout ceci dans notre cher Liberation.fr.

Libé semble d'abord se soucier davantage de savoir si Ségolène Royal a envie, ou envie d'avoir envie... ce qui est passionnant quand on sait que de toute façon, cela se terminera au fond de l'isoloir, un peu à droite...

Mais, comme disait ma grand-mère, il faut se méfier du Libé qui dort, et aujourd'hui, avec une candeur étonnante, Liberation.fr passe les bornes de l'ignominie avec un article intitulé "Sabotages SNCF : le bréviaire anarchiste qui intéresse les enquêteurs", et signé C.B. L'article est illustré de la photo (prélevée sur le site de l'éditeur) d'un pêle-mêle d'ouvrages publiés aux éditions La Fabrique, dont, au dessus, le fameux "bréviaire" qui a pour titre L'insurrection qui vient et pour auteur Le Comité Invisible.

Quel peut bien être le but d'un tel article, monsieur Joffrin ?

Cet article est vide. Il se contente de copicoller quelques morceaux choisis du livre, ceux qui peuvent justement intéresser les enquêteurs... Mais que je sache, ils peuvent faire leur travail de lecture sans vous, monsieur Joffrin...

Volonté d'informer vos lecteurs... Mézalors, il faut faire une lecture complète et une recension sérieuse du livre... (On peut trouver une telle lecture, sérieuse et critique, par Lémi, sur Article XI.)

Je vais finir par croire que vous voulez surtout dénoncer les activités d'un éditeur trop indépendant à vos yeux...

Vous avez bien eu raison de prendre un pseudo, monsieur Joffrin.

mercredi 12 novembre 2008

Charters pour Prix Goncourt



«Parler, ça ne suffit pas, mon frère, si on ne t'entend pas, c'est comme des larmes… »
Atiq Rahimi, Terre et Cendres, traduit par Sabrina Nouri, P.O.L 2001



On sait que l'académie Goncourt a prévu d'éjecter ses membres trop vieux pour manger proprement à la table du restaurant Drouant où, par ailleurs, l'on faisait valoir depuis des années que, vu le niveau des charges sociales, il est impossible d'avoir suffisamment de personnel qualifié pour faire manger ces messieurs ou dames à la petite cuillère.

C'est donc une compagnie pétulante qui a décerné lundi dernier le prix Goncourt à Atiq Rahimi pour son roman Syngué sabour. Pierre de patience. (Editions P.O.L.)

Comme d'habitude, je ne l'ai pas lu. C'est la malédiction de l'escalier qui bibliothèque: toujours rater le Goncourt.

Escalier sans bibliothèque, chez Drouant.

C'est en 2001 que j'ai lu le premier roman d'Atiq Rahimi, Terre et cendres, publié par les éditions P.O.L., mais qui a été écrit en persan d'Afghanistan en 1997.

Après l'attaque et la destruction d'un village par les troupes russes, deux survivants, le grand-père et le petit-fils entament le voyage qui doit les conduire près du père du gamin qui travaille dans les mines... L'enfant est devenu sourd pendant le bombardement, il a faim, soif, et suit le vieillard qui s'obstine à rejoindre son fils pour le mettre au courant.

La construction du récit est presque schématique. L'histoire est d'une absolue simplicité, racontée en phrases courtes, descriptives, et en dialogues. Et pourtant peu de récits atteignent ce niveau de vérité et d'émotion, car le schéma de ce récit est universel, et les phrases sèches et sans effets littéraires sont des phrases qui s'étranglent dans la gorge... Chacun des mots est presque une larme.

Le dernier livre d'Atiq Rahimi a été écrit directement en français. Il n'y a pas de raison que son suprême talent se soit évaporé.

Donc, pour une fois, je lirai "le" Goncourt.


Atiq Rahimi, réfugié afghan et écrivain français.

Cela va sans dire, mais il faut évidemment le dire, et assez fort: si Atiq Rahimi arrivait maintenant en France, on peut imaginer qu'il se ferait refouler, et qu'on lui trouverait une place dans un charter en direction de Kaboul...

Il le sait, et a déclaré hier:

La présence en France de ces 54 jeunes afghans témoigne de la situation que connaît actuellement l’Afghanistan.

Les renvoyer dans leur pays c’est les condamner à un avenir incertain, c’est prendre le risque de les laisser aux mains des fondamentalistes qui détournent le désespoir de cette jeunesse à des fins religieuses extrémistes.

Pour combattre l’obscurantisme , les armes à notre disposition sont multiples ; mais la plus sûre et la plus efficace est l’éducation. En offrant l’asile à ces jeunes, comme elle le fit pour moi en 1985, la France les aidera à poursuivre leurs études et à ne pas tomber dans l’abîme de l’ignorance.

Atiq Rahimi

Lauréat du prix Goncourt 2008

Tierno Monenembo, réfugié guinéen et écrivain français.

Comme le prix Renaudot a été attribué à Le Roi de Kahel, de Tierno Monénembo (Seuil), je redoute qu'un nouveau scandale n'éclate à propos des prix littéraires: les jurys ne seraient-ils pas noyautés par des associations droits-de-l'hommistes ?

Voyez ce communiqué de France Terre d'Asile, et voyez comme ils se réjouissent:

« La langue d’adoption, la langue de la liberté »

Paris, le mercredi 12 novembre 2008 - Cette année 2008 aura vu deux distinctions littéraires de premier plan remises à deux personnes d’origine étrangère en France.

Le prix Goncourt 2008, la plus prestigieuse récompense littéraire du pays, a été attribué lundi à l'auteur franco-afghan Atiq Rahimi pour « Syngué sabour. Pierre de patience ». Il a quitté son pays après ses études à Kaboul pour cause de guerre au milieu des années 1980. Il émigre au Pakistan avant de demander l'asile politique, puis la naturalisation, en France.

Le prix Renaudot est, lui, attribué au guinéen Tierno Monénembo pour « Le roi de Kahel ». Monsieur Monénembo a quitté son pays, la Guinée, à la fin des années 1960 pour fuir la dictature de Sekou Touré.

Faut-il y voir un symbole ? Faut-il y voir un message ? Ou simplement deux parcours d’intégration réussis ?

Le droit d’asile fait partie de la tradition et des valeurs qui font la grandeur de la France. Souvent anonymes, parfois reconnus, ceux à qui on accorde le droit de vivre dans ce pays mettent généralement en œuvre les efforts nécessaires à leur intégration, bien qu’ils ne soient pas tous primés.

Reprenons cette très belle phrase de Monsieur Rahimi, qui affirme que « la langue d’adoption est la langue de la liberté ».

Rappelons-nous également, en réfléchissant à la Conférence de Vichy de la semaine dernière, que, pour qu’une intégration soit réussie, il est nécessaire que la société d’accueil en manifeste la volonté et en dégage les moyens.

Je trouve ça louche.

Mais vous ne pouvez pas savoir à quel point ça me fait plaisir...

mardi 11 novembre 2008

Tradition bellevilloise

C'est une tradition récente.

Ce n'est pas pour cela qu'elle n'est pas honorable... Elle prouve simplement qu'il y a des gens capables de tenir, et comme on dit en Normandie: "quand ils ont quéqu'chose dans la clogne, l'ont pas aut'part."

Depuis le mois d'octobre 2006, chaque deuxième mardi du mois, à 18h 30, au métro Belleville, se tient un rassemblement de gens qui ont des papiers ou pas et qui disent simplement mais fermement "non" à la politique actuelle de "gestion des flux migratoires", autrement dit à la politique des rafles, des arrestations, des rétentions et des expulsions.

Etranges personnes pour lesquelles le pari sur la fraternité est une évidence.

EVIDENCES

Quand un fonctionnaire, dans une mairie, dénonce un sans-papiers, et qu’on le met en cause, il répond en disant qu’il fait son travail. Même réponse de la part de policiers dans un commissariat, un aéroport, ou dans la rue lors d’une rafle. C’est comme ça, dit sur le ton de l’évidence.

Pourtant, quand un maire d’arrondissement est interrogé par des journalistes sur la dite dénonciation, que le ministre des rafles doit se justifier, le ton change : « une erreur, une outrance, il faut comprendre, mais une maladresse, enfin voyons » etc.

Car l’évidence est de notre côté, du côté des sans-papiers : évidence de la raison, car les sans-papiers ne sont pas de dangereux criminels à enfermer et à expulser dans les plus brefs délais, mais des parents, des travailleurs, nos voisins. Tout simplement.

Evidence du cœur : on ne peut pas laisser ces deux collégiens et leurs parents derrière des barbelés (collège Jacques Decour, 9° arrondissement), on refuse l’expulsion de ces pères d’élèves (collège Dolto, 20°- Collège Lamartine 9e) : dans ces cas, si on fait grève, c’est qu’on ne peut laisser rejeter à des milliers de kilomètres une famille qui ne faisait de tort à personne ou priver une autre de père. C’est évident.

Nos adversaires nous reprochent de «verser dans le compassionnel» : ils n’éprouvent donc pas d’émotion devant une injustice ? Ils nous accusent également de «simplisme» : c’est trop simple, de comprendre que l’immigration n’est ni un problème ni une solution, mais une réalité à prendre en compte humainement ?

Humainement : une évidence. La nôtre en tout cas.

…NOUS PARIONS SUR LA FRATERNITÉ !

Dessin de Paul Gendrot,
qui fait aussi des animations rigolotes
que je suis trop nul pour transporter sur le blog.
Pffff...


Au rassemblement de ce soir, Michel Motu, mort accidentellement le 3 novembre à Paris, aura été présent avec ce dernier texte:


Octobre 2006, novembre 2008, cela fait deux ans et un mois que face au Président, au métro Belleville, chaque deuxième mardi du mois, des citoyens se rassemblent, avec et sans papiers, dans la parfaite confusion de leurs identités.

Depuis la fin des années 1970, les multiples modifications de la législation sur l’entrée et le séjour des étrangers, dont le Code CESEDA est le dernier avatar, affirment toujours plus l’exclusion.

Après 2002 et la présence du FN au second tour de la présidentielle, les politiques qui nous gouvernent, privilégiant des préoccupations électoralistes, ont fait leurs, sans complexe, les recettes de l’extrême-droite. La création, en 2007, d’un ministère de l’identité nationale fut le signe de trop d’un échec du politique.


Aujourd’hui, l’Union européenne, sous présidence française, signe un pacte honteux dont le pré
ambule pose l’immigration comme générant des « facteurs perturbateurs » pour les pays d’accueil où ils risquent « de porter atteinte à la cohésion sociale ». Cela justifie donc rafles et expulsions ?

Nous sommes chaque jour témoins de l’arbitraire d’un pouvoir qui pousse les agents de l’Etat,
policiers, guichetiers, juges, préfets, sous la pression du « chiffre » et de l’obligation de résultat, à faire du zèle. Avec pour conséquences ou dégâts collatéraux les débordements dans les centre de rétention et, après Chunlan il y a un an, les morts d’innocents traqués comme des malfrats.

Au fil des mois, nous dénonçons l’acharnement et l’inhumanité du ministre de la chasse à l’enfant, sinistre briseur de familles. Nous ne capitulons pas devant des lois opportunistes qui nous renvoient à des périodes de sinistre mémoire. Face à ce pouvoir qui érige des murs, qui creuse des tombes, nous tendons nos mains, nous déployons nos banderoles, nous nous rassemblons pacifiquement. Dérisoires ? Qui oublie l’opprobre jeté sur Caïn ! Qui oublie que David triomphe de Goliath

Comme beaucoup, j'ai croisé Michel Motu, porteur de banderole ou simple manifestant... Sur les photos mises en ligne sur le site de RESF, "sa tête me disait quelque chose", comme on dit... Peut-être ne l'aurais-je pas reconnu hors contexte...

C'était pourtant un ami.

Michel Motu croqué par Claire lors d’une réunion RESF le 30 Juillet à l’EDMP

lundi 10 novembre 2008

Blogue en deuil

Ce matin, sur France-Inter, Vincent Josse a écourté ceci:




Ou bien ceci:



De toute façon, interrompre la retransmission de cette grande voix est le comble de la grossièreté.

Miriam Makeba a chanté pour la dernière fois, hier, à Naples.

Pour lui rendre hommage sur France-Inter, le sujet sur le prix Goncourt aurait pu attendre un peu...


Blogue en grève

Sic.

Cliquez et vous verrez...

dimanche 9 novembre 2008

Maria Elena Vieira da Silva



C'est en 1999, à la Fondation Dina Vierny, que j'ai pu voir les dernières œuvres sur papier d'une vieille dame qui, avant de le quitter en 1992, voulait encore laisser quelques traces pour embellir le monde.

Maria Elena Vieira da Silva aurait eu cent ans le 13 juin de cette année. Son centenaire n'a pas fait grand bruit.

Tant pis ou tant mieux pour ceux qu'elle avait l'habitude d'appeler "ses amis" et à qui elle a dédié ce fier et beau testament que l'on trouvera en suivant en cascade ce lien (car l'amitié fait réseau).

Maria Elena da Silva dans son atelier.

La galerie Jeanne Bucher, qui avait organisé sa première exposition personnelle en 1933, lui a rendu un hommage à la FIAC et continuera de le faire au 53, rue de Seine, dans le sixième arrondissement de Paris, jusqu'au 22 novembre.

Les internautes qui voudraient voir ou revoir certaines de ses œuvres pourront consulter le site de la galerie, les pages de Ciudad de la pintura, un billet du blogue de António Inglês, ainsi que bien d'autres endroits à débusquer...

Ici, vous trouverez trois œuvres qui vont vers la lumière, ainsi qu'un texte de René Char, qui plaçait Vieira da Silva parmi ses "alliés substanciels" (Ce texte, tout simplement intitulé Vieira da Silva, figure dans Recherche de la base et du sommet, Poésie/Gallimard)

La bibliothèque (1955)

Hier, seul le cœur faisait mouvement, en équilibre entre l'éperon du jour et la paroi de la nuit. Nous vivions, nous ne réfléchissions pas la vie. Elle se fût sentie à l'étroit dans l'ambition d'une idée. Un sceau jaloux était sur elle. Au soir où nous sommes, cette même vie est regardée par nous sans prénotion et sans ombre, trouée à ses limites, éparpillée au plus bas et au plus loin. La sensibilité intellectuelle s'est substituée à la sensibilité naturelle; mais le compas de l'esprit et les longues épées du cœur sont absents. C'est le signal du désastre.


La gare Montparnasse (1957)

L'œuvre de Vieira da Silva surgit et l'aiguillon d'une douce force obstinée, inspirée, replace ce qu'il faut bien nommer l'art, dans le monde solidaire de la terre qui coule et de l'homme qui s'en effraie. Vieira da Silva tient serré dans sa main, parmi tant de mains ballantes, sans lacis, sans besoin, sans fermeté, quelque chose qui est à la fois lumière d'un sol et promesse d'une graine. Son sens du labyrinthe, sa magie des arêtes, invitent aussi bien à un retour aux montagnes gardiennes qu'à un agrandissement en ordre de la ville, siège du pouvoir. Nous ne sommes plus, dans cette œuvre, pliés et passifs, nous sommes aux prises avec notre propre mystère, notre rougeur obscure, notre avidité, produisant pour le lendemain ce que demain attend.

René Char, 1960.


Ariane (1988)

samedi 8 novembre 2008

Une histoire trop moche

On imagine que devant une telle histoire le producteur relève la tête pour s'adresser au scénariste pour lui demander s'il ne trouve pas qu'il en fait un peu trop...

Val-de-Marne
Fresnes : un détenu agressé est dans le coma
Brendan Kemmet | 06.11.2008, 19h21 | Mise à jour : 19h24

INFO LE PARISIEN. Un homme de 34 ans, écroué à la maison d'arrêt de Fresnes (Val-de-Marne), est dans le coma depuis mardi après avoir été frappé par son codétenu. Ce dernier, un Estonien de 24 ans, n'aurait pas supporté le bruit que faisait le trentenaire lors de ses prières. Mis en examen jeudi pour violences volontaires, il a reconnu lui avoir porté deux coups au visage.

C'est un surveillant qui a découvert le détenu inanimé lors de sa ronde du matin. Le blessé, de nationalité tunisienne, avait été placé en détention provisoire par un juge d'instruction parisien suite à l'incendie qui a ravagé le centre de rétention administrative de Vincennes en juin.

Cette histoire a dû paraître dans les brèves du Parisien.

Je ne crois pas qu'elle ait été beaucoup reprise: ce n'est pas une bonne histoire.

Il nous faut de bonnes histoires: "vous avez aimé l'histoire de XX, vous adorerez l'histoire de YY". Et surtout des histoires qui "fassent sens", comme on dit volontiers, c'est à dire qui fassent suffisamment image (et non pas sens, en réalité) pour que notre esprit critique se trouve anesthésié par le clinquant des symboles convenus.

Une histoire qui ferait sens serait une histoire qui relancerait au contraire notre esprit de critique.

Celle-ci pourrait faire sens sur ce qu'une société peut mettre en place pour se protéger de menaces construites par les détenteurs du pouvoir...

Mais qui la racontera ?

vendredi 7 novembre 2008

Sur les bords du lac Kivu



Si l'on vous parle des malheurs de la République Démocratique du Congo, prenez un air pénétré et relancez la conversation sur les voies bien balisées du "scandale géologique" et de la "mosaïque ethnique". Vous serez à peu près au niveau du lecteur moyen du Monde.fr qui aurait parcouru l'article "Kivu: les clés du conflit".

En utilisant ces deux expressions, vous aurez fait par surcroît une discrète allusion au passé colonial de ce territoire (vous savez, toutes ces vieilles histoires) puisque c'est ainsi que les colonisateurs exprimaient leur étonnement devant, d'une part, la diversité et l'abondance des ressources minières du pays, et, d'autre part, l'enchevêtrement des cultures, ethnies et clans qu'il comportait...

Sur le premier point, les colons ont bien compris comment cela pouvait s'organiser...

Sur le second, à part quelques ethnologues égarés, les colons n'ont jamais bien tout compris. Qu'importe, ils ont fait semblant et ont tenté d'utiliser pour leurs profits les dissensions ethniques.

Un ouvrage essentiel sur les "vieilles histoires":
Les Fantômes du roi Léopold, de Adam Hochschild,

Bien sûr, l'actuel conflit du Nord-Kivu peut être éclairé par ces deux lieux communs, mais c'est loin d'être suffisant.

Plus qu'un enchevêtrement d'ethnies, le Nord-Kivu est le lieu d'une superposition de conflits non résolus, traité on ne sait comment par les organisations internationales. D'où la présence probable, aux côtés du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) des troupes rwandaises du président Kagamé, que Laurent Nkunda a soutenu; d'où la présence, aux côtés des troupes gouvernementales congolaises des rebelles Maï-Maï et des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), issues des anciennes milices Interhamwe responsables du génocide rwandais. Il faudrait ajouter l'Angola et ces étranges milices Rastas, dont parle l'article du Monde...

Et ne pas oublier la présence de la Monuc qui regroupe les forces de l'ONU et dont le mandat précise ceci:

Le mandat de la MONUC est placé sous le Chapitre VII de la Charte de l'ONU. Il l'autorise à utiliser tous les moyens nécessaires, dans la limite de ses capacités et dans les zones de déploiement de ses unités, pour dissuader toute tentative de recours à la force qui menacerait le processus politique, de la part de tout groupe armé, étranger ou congolais notamment les ex-FAR et Interahamwés, et pour assurer la protection des civils sous la menace imminente de violences physiques.

La MONUC peut, conformément à son mandat, utiliser des tactiques d'encerclement et de recherche pour prévenir des attaques contre les populations civiles et contrer les capacités militaires des groupes armés illégaux qui continuent de faire usage de la violence dans ces régions.

L'impuissance et l'incompétence des troupes onusiennes est également un lieu commun, hélas! Et dans le cas du Nord-Kivu, les déclarations du colonel indien Chand Saroha (ex-commandant au Nord-Kivu) tenus à la mi-avril 2008, au cours d'une cérémonie d'adieu en présence de Nkunda et de son état-major sont pour le moins étranges: il qualifie Nkunda de frère combattant pour une noble cause et Laurent Nkunda le remercie pour son amitié et son soutien... L'ONU a ouvert une enquête.

REUTERS/STR
Dans une maison de Kiwanja,
les corps de plusieurs civils tués lors du massacre.
(Voir LeMonde.fr)

Sans surprise, le sommet de Nairobi, qui s'est tenu aujourd'hui, appelle à un cessez-le-feu immédiat et à la mise en place d'un couloir humanitaire.

Faites-le!

J'aurais envie de le hurler, mais je ne suis pas objectif.

J'ai passé au bord du lac Kivu, à Goma, les jours les plus tendus de mon existence: les rebelles katangais avaient pris Kolwezi, les nouvelles étaient rares et peu fiables, les rumeurs parlaient de soulèvements au Kivu, de massacres ici ou là... J'étais un peu inquiet, et plus aucun avion ne permettait de rejoindre Kinshasa...

Malgré les propositions d'hébergement qui m'avaient été faites par des membres de la communauté blanche, j'avais tenu à rester dans un petit hôtel de la ville. Je traînassais dans les rues et je ne passais pas inaperçu... Je n'ai pas compté le nombre de gens qui m'ont dit: "Le jour où ça sera mauvais pour les blancs, je te trouverai et te le dirai..." et qui l'auraient fait.

Ils n'ont pas eu à le faire, le Kivu ne s'est pas embrasé, et j'ai pu m'embarquer pour Kinshasa.

Mais eux, vers quel futur ont-ils embarqué ?


PS: Sur la situation au Congo-Kinshasa, on peut visiter le blog de la journaliste Colette Braeckman, et consulter les sites de Jeune Afrique et France24 (merci Karine).


jeudi 6 novembre 2008

Violence proportionnée

Est-ce un extrait d'un sérieux texte réglementaire, d'un manuel d'instructions, d'un code de déontologie... ou n'est-ce qu'un canular ? Il se dit que le policier doit exercer, en cas d'incident, une "force proportionnée" à celle de la menace.

Quiconque a reçu un coup de matraque, ou en a senti le vent, ne peut que sourire de cette expression (en révélant parfois une dentition un peu erratique...)

Mais, pardonnez-moi, en parlant de coup de matraque, j'ai utilisé un langage trop approximatif, j'aurais dû parler de "geste technique", comme je l'ai entendu dire à la presse locale par un policier-chef ou un chef-policier, qui venait de donner l'ordre de dégager, à coups de tonfa, l'entrée d'un lycée bloquée par quelques lycéen(ne)s.

D'autres gestes techniques sont possibles: le regard méchant, l'injure inaudible, l'injure audible, l'avancée d'un pas, la pression de bouclier, la poussée sur la poitrine, le coup de matraque sur l'épaule, sur la tête, sur le genou, dans le dos, le jet de gazeuse, le lancer de grenades lacrymogènes, le tir de flashball, etc...

J'imagine bien qu'il doit exister quelque part, dans la formation d'un policier, un enseignement de l'utilisation de chacun de ces gestes. J'imagine même une sorte de tableau de proportionnalité mettant en regard, selon les justes règles des proportions, l'attitude du ou des manifestants et la réponse proportionnée à lui donner.

Un grand classique de la littérature policière.

Or on sait que l'enseignement de la proportionnalité est une catastrophe nationale, et on ne me fera pas croire que les membres des forces de l'ordre ont été épargnés par cette catastrophe au cours de leur scolarité, ou de leur formation...

Si nous avions plus de témoignages, et plus de récits documentés dans la presse, il sera intéressant d'analyser, de ce point de vue, le déroulement de la manifestation de Vichy, le 3 novembre. On y a vu les forces de l'ordre utiliser un grand nombre de gestes techniques et procéder à une quarantaine d'arrestations.

Vichy comme vous ne l'avez jamais vue.
Photo prélevée sur le site de RESF.

Le même jour, à Marseille, la situation était beaucoup plus simple, les manifestants moins nombreux.

Voici le communiqué de la section de la Ligue des Droits de l'Homme de Marseille:

COMMUNIQUE
Marseille le 3 novembre 2008

Droit d'expression pour établir des ponts, pas des murs policiers

La Ligue des Droits de l'Homme proteste contre l'interdiction de toutes manifestations ce jour, sur un périmètre comprenant le Vieux Port de Marseille. Nous rappelons que le droit de manifester est une liberté fondamentale du moment que la manifestation ne menace pas l'ordre public.


Nous étions environ 200 personnes, citoyennes, citoyens, élu(e)s, responsables d'organisations et d'associations sur le quai de la Fraternité rassemblés pour dire « Non » à la politique européenne d'immigration, pour construire une autre Europe que celle qui s'érige en forteresse enfin dire « Non » aux camps de rétention administrative. Ce rassemblement était éminemment pacifique. Il s'est terminé par un sit-in à 50 m du lieu initial !


Nous protestons énergiquement sur le fait que sur ordre les policiers nous ont repoussé avec soit disant une force proportionnée : ils étaient presqu'aussi nombreux que les « dangereux, manifestants » ! Ils ont malmené, les personnes bien sur, mais aussi la banderole « Des ponts, pas des murs » et ils ont pris 2 drapeaux de la Ligue des droits de l'Homme, dont ils ont cassé les hampes et jeté le tout dans une poubelle !

Cela fait la deuxième fois que les forces de l'ordre s'en prennent aux dangereux symboles des Droits de l'Homme. Il faut croire que les principes qu'ils représentent sont insupportables aux yeux de Monsieur le Préfet Sappin et aux policiers qui agissent sous ses ordres. La première fois c'était, le 6 décembre 2005, lors de la venue du premier Ministre Chinois Wen Jiabao à Marseille où des drapeaux et une banderole avaient été saccagés et les porteurs brutalisés.


Derrière un mur de CRS harnachés en robocop, comment un Ministre européen aurait-il pu apercevoir ces symboles ? Tout ce déploiement de force c'est probablement pour que les Ministres européens présents au Pharo ne se sentent pas agressés, ni terrorisés par le rappel aux droits fondamentaux que signifient ces symboles !


Où sont passés le droit d'expression et le droit de manifester ? A la poubelle comme les drapeaux ?


Bientôt le 10 décembre 2008, nous fêterons le soixantième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Triste anniversaire lorsque nous constatons toutes les atteintes aux droits fondamentaux dans le pays qui les a vu naître.


(Bien sûr, c'est ce communiqué qui m'a rappelé l'expression "force proportionnée". Merci au rédacteur.)

Monsieur Sarkozy essayant de marcher aussi vite
que le mur des robocops de l'empereur Qin.

mercredi 5 novembre 2008

Triomphe démocratique



Mes plus fidèles lecteurs/trices le savaient déjà, car je vous l'avais bien dit (très précisément dans ce billet), monsieur McCain n'avait aucune chance d'être élu: dans un éditorial retentissant d'inanité sonore, Philippe Val avait pris le parti du sénateur Obama. Quand on connait l'influence outre-atlantique de Philippe Val, notre penseur contemporain, on en tire les conclusions qui s'imposent.

Ce que j'ai fait.

J'ai donc le triomphe modeste.

Ce ne sera pas le cas de tout le monde, bien sûr.

Cependant, il faut préciser qu'est totalement infondée la rumeur selon laquelle on aurait vu, tôt ce matin, monsieur Bernard-Henri Lévy danser nu sur le parvis de Saint-Germain-des-Prés en compagnie de nymphettes vêtues de leurs seuls piercings ombilicaux. Monsieur Bernard-Henry Lévy ne tolère que des joies intérieures, qui nourrissent son oeuvre. Et il doit être en train d'essayer de trouver mieux que ce qu'il déjà a dit dans son Bloc-Note de LePoint.fr: "J'avais dit «Clinton» - c'était «Kennedy»." (Merci au Charançon pour avoir signalé cette belle chose.)

Reconnaissons que l'émotion est à son comble.

Bernard Guetta, ce matin, a bien failli fondre en larme au moment où l'indépendance faite journaliste, Nicolas Demorand, lui a donné la parole sur France-Inter. Il a commencé sa célèbre chronique géopolitique en sortant résolument de son domaine: "on a marché sur la lune", a-t-il dit, ou quelque chose comme ça. Faudrait peut-être qu'il arrête de prendre des trucs avant l'émission. On verra demain dans quel état on le retrouvera.

Une charmante coutume:
Candidats à la présidence étasunienne exposés après avoir été battus



Nous avions de quoi nous réjouir du fonctionnement de notre petite démocratie française: nous avons élu à la présidence un fils d'immigré hongrois, mais, que je sache, c'est un blanc...

Les étasuniens donnent au monde une belle leçon de démocratie universelle: ils élisent carrément un président noir. Banco, rien à dire...

Et tout cela, sans recomptage des voix.

A ce propos, je trouve que monsieur McCain aurait dû faire un peu plus attention avant de s'incliner si élégamment malgré ses rhumatismes.

Une dépêche de l'AFP nous apprend que le vote de la grand-mère maternelle de monsieur Obama va être pris en compte. Or madame Madelyn Dunham est décédée avant l'ouverture des bureaux de vote.

C'est tout de même étrange, non ?

Je croyais que faire voter les occupants des cimetières était une spécialité corse...

Monsieur McCain devrait se poser la question du nombre de grands-mères que monsieur Obama a pu faire ainsi voter par internet...

mardi 4 novembre 2008

Souvenirs de Vichy

Il me semble que tout être à peu près sain de corps et d'esprit ne peut passer plus d'une heure à vagabonder dans une ville thermale sans éprouver l'envie de se foutre à l'eau.

J'ai toujours renoncé à cette solution extrême, car les eaux des villes thermales sont, la plupart du temps, des eaux qui puent.

Imbuvables.

N'étant pas malade à temps plein, je n'ai jamais profité des plaisirs d'une cure, à part quelques verres d'eau chaude d'une ancienne station des Pyrénées, fermée pour excès de radioactivité. Ses eaux étaient réputées pour leur effet bénéfique sur les voies urinaires, alors, me suis-je dit, visons l'idéal olympique: plus haut, plus loin, plus fort...


J'ignore si les eaux de Vichy sont puantes... mais hier l'atmosphère y était nauséabonde.

Et pas seulement à cause des gaz lacrymogènes.

Si, lors de la débâcle, les autorités avaient choisi la ville de Vichy pour se replier, et s'abandonner aux bons soins du Maréchal Pétain, c'était à cause des capacités hôtelières de la ville et de la modernité de son central téléphonique... Pour justifier son choix d'y réunir un sommet européen sur l'intégration, monsieur Hortefeux a préféré invoquer la nécessité de "mettre fin à 60 ans d’ostracisme". Il est vrai que Vichy n'avait accueilli aucune conférence internationale depuis la seconde guerre mondiale...

Mais, si je puis me permettre, Trifouillis-en-Normandie non plus, et on s'en moque !

Les vichyssois peuvent être satisfaits, ils ont eu leur sommet, et leur contre-sommet. Comme des grands.

Sur le sommet lui-même, monsieur Hortefeux dira tout le bien qu'il en pense. Après avoir déclaré, dans son discours d'ouverture: "Nos politiques d'intégration sont à bout de souffle", je suppose qu'il va pouvoir conclure en disant que ces deux jours de remise en forme à Vichy ont été bénéfiques.

Le contre-sommet semble avoir été un cafouillage indescriptible.

Et un cafouillage qui en reste au cafouillage est un ratage.

Divers points de vue s'exposent sur LeMonde.fr, le NObs, Rue89, Liberation.fr...

Je me suis arrêté en lisant le titre de l'article de Libé: "Sommet sur l’immigration: une trentaine de casseurs arrêtés"... Inutile d'aller sur le site du Figaro...

A propos de ce dérapage de Libé-Joffrin, on peut lire quelques commentaires de lecteurs de LibéLyon sur un article relatant les étranges contrôles d'identité effectués en gare de Perrache, au départ des cars pour Vichy.

Les amateurs de vidéos pourront aller voir celles que met en ligne (combien de temps, je ne sais...) LaMontagne.fr. Il y en a une ici et une autre là, que j'ai trouvée sur You Tube.





Voici, avant de vous laisser vous exciter sur le match Obama-McCain, un témoignage anonyme trouvé sur Indymedia-Grenoble.

Personne n'avait osé se mouiller. Les organisations politiques et syndicales - si ce n'est localement, à Vichy ou à Lyon, par exemple - avaient refusé d'appeler à la manifestation. Trop risqué politiquement quand on tente de créer un nouveau parti, ou quand on est en quête de légitimité. Même les "stars" annoncées se seront défilées, pas de Malek Boutih, pas de Noël Mamère.

La presse, elle, reprenait la version officielle (Le monde et L'express, notamment) : enfin, cette bonne vieille ville de Vichy, qui n'avait rien demandé à personne, se trouverait réhabilitée par ce sympathique sommet sur l'intégration des étrangers. Parce qu'il y en a marre de ces histoires du passé, comme dirait Hortefeux.

Les cars au départ de Lyon et Grenoble avaient été bloqués le temps de ficher les militants, voire de les photographier.

Malgré tout, il y a 2 à 3000 personnes à 18h, devant le lycée, à Vichy.

Le cortège s'ébranle, des chansons et des feux d'artifice fusent. Les manifestants portent pour beaucoup des masques blancs, visages figés. Une intervention au micro à la gare, comme prévu, mais ça va trop vite. Le cortège semble pressé de se rapprocher du lieu de rencontre des ministres : l'opéra - là où fut voté la fin de la IIIe république, et l'instauration du régime de Vichy, c'est de bon goût.
Sauf que le parcours a changé, le cortège est censé éviter le plus possible la zone rouge. Et en effet, des grilles anti-émeutes bloquent la rue qui devait être normalement empruntée.

D'abord quelques dizaines de personnes, derrière une banderole, puis quelques centaines, se massent devant les grilles. La banderole encaisse les coups, pendant ce temps des projectiles partent, des fumigènes, des fusées. La banderole est proche des grilles. Une corde est accrochée. Ca tire, les grilles bougent, les flics mangent, la corde rompt, les flics gazent. La police teste ses nouveaux gaz à Vichy. Superdosés : les manifestants crachent, pleurent ou dégueulent.
Le cortège se reforme, déterminé à réavancer. C'est que l'hostilité est tournée vers la police, plutôt que contre les fantasmatiques casseurs "sans aucun lien avec la manifestation" dont on parle aujourd'hui. Les militants restent. La CGT crie "police partout, justice nulle part". "Jeter des pierres sur la police, ok, mais les vitrines, ça non !" "Ils sont motivés ces jeunes." "Arrêtez !, mais arrêtez !"

Là on ne sait plus bien. Des groupes partent jusqu'à la mairie, dont les vitres sont brisées. Des banques sont cassées. Du côté des lignes de CRS, qui se sont extirpés des grilles, des voitures sont mises en travers, puis incendiées. Tout ce beau monde se retrouve à la gare. Les flics arrivent par plusieurs endroits. Les grilles de chantier sont déplacées pour les contenir.

Ca repart vers Cusset. De nouvelles voitures incendiées, de nombreux tags, une station Total attaquée, des lacrymos.
A l'espace Chambon le meeting continue. Les flics ont rattrapé leur retard, ils sont aux portes. Ils dissuadent à coup de flashball ceux et celles qui voudraient repartir.
Ils s'approchent trop, alors ça dépave, ça démonte tout ce qu'il y a - de la cabine téléphonique au banc - pour faire une barricade. Le feu y est mis. Finalement personne n'attaquera.

La préfecture annonce 3 policiers blessés, une trentaine d'arrestations, 5 voitures brûlées.

Hortefeux voulait être celui qui aurait redoré le blason de Vichy, pour de futures élections locales. Redorer le blason, même à coup de CRS, de trains bloqués, de contrôles à tout va. Ce matin le journal local titre sur les violents affrontements de la veille. Il voulait faire le fier devant ses potes européens. 3 semaines après que la France a présenté ses novatrices techniques de maintien de l'ordre aux autres polices européennes, ça la fout mal : les flics étaient complètement débordés, protégeant tant bien que mal la zone rouge, lâchant du gaz dans tout Vichy.

Aujourd'hui la presse n'en parlera quasiment pas. Que quelques centaines de personnes étaient là, à Vichy, répondant à la provocation, tentant par tous les moyens d'aller déloger les ministres.
Pas que ça à faire : c'est l'élection américaine. Et puis tenons nous en à la version officielle : c'est un simple sommet sur l'intégration, Vichy est une des 20 villes françaises pouvant accueillir une conférence internationale, nous ne comprenons pas que certains soient choqués...

En fait nous ne sommes pas outrés, nous prenons acte. Nous avons répondu dans la rue.

lundi 3 novembre 2008

Carte d'anniversaire



Très cher et très estimé monsieur mon fils,

Lorsque nous nous sommes rencontrés pour la première fois, il y a vingt-deux ans, j'ai prononcé des paroles tout à fait historiques que j'ai complètement oubliées, et j'ai eu alors l'impression que tu préparais comme un sourire.

Ironique, mais bienveillant.

C'est que j'avais dû dire une connerie.

J'ai depuis renoncé à proférer des paroles historiques, pour ne pas trop compliquer les choses.

Mais je crains fort d'avoir continué à dire des conneries...

Tu as donc dû faire face à une éducation bizarre.

Je t'ai ainsi enseigné comment naissent les vélos.

Il me semble bien que tu m'as appris et donné infiniment plus que je ne t'ai donné et appris.

Ça doit être à peu près normal, puisque toi, tu as grandi, pendant que moi, je vieillissais.

Mais sûrement moins vite que si tu n'avais pas été là.


Je te souhaite un bon anniversaire.

Et je nous souhaite encore beaucoup d'années où tu me retiendras de vieillir.

dimanche 2 novembre 2008

Une gloire bien trépassée

Dans mon souvenir, il était quasiment muet, et voilà que je le découvre bien bavard.

Né le 10 janvier 1880, Charles Adrien Wettach est mort le 14 juillet 1959, en Italie. Il n'a pas choisi la date pour se faire remarquer, puisqu'il était suisse.
Lien
C'est le claoune de mes souvenirs d'enfance, et ça doit être de vieux, très vieux souvenirs, ce qui fait que, surtout attaché aux mimiques et aux pantomimes, je l'avais fixé dans ma mémoire sans autres paroles que "sans blââgue..."

J'aurais aimé que Grock demeure ce gugusse qui déclenchait les rires en cascades de l'enfance... mais je lui découvre une curieuse admiration pour un certain Adolf Hitler...

Puisqu'il était suisse, il n'était même pas obligé.

Le plus grand des claounes peut être le plus petit des hommes.




samedi 1 novembre 2008

Pouvoirs sorciers





Nous apprenons très tôt, il me semble, que l'exercice de l'autorité, fût-elle suprême et légitimée par les urnes démocratiques, a une grande affinité avec le ridicule. N'importe quel écolier vous le dira.

Dans l'affaire de la désormais bien connue poupée vaudou, chacun peut y aller de son coup d'épingle. Débouté de sa plainte, monsieur Nicolas Sarkozy fait appel de la décision. Le très sérieux magazine Le Point, parangon de la pensée non critique, peut titrer:

La poupée vaudou sauve sa tête, piqué au vif Sarkozy fait appel.

Et citer la réaction de l'éditeur du fameux livre-objet:

La maison d'édition K&B et son conseil, Maître Arnaud Rouillon, qui ont appris mercredi soir par voie de presse que Nicolas Sarkozy entendait faire appel de cette décision, regrette que "la mise au point des juges, rappelant notamment que nul ne peut prendre au sérieux ce procédé et croire qu'il prônerait un culte vaudou tel que pratiqué dans les Antilles ", n'ait pas suffi à apaiser un chef de l'État peut-être superstitieux. Dans un communiqué, les concepteurs du manuel vaudou rappellent "qu'ils n'ont jamais eu l'ambition d'outrepasser leurs rôles d'éditeurs et de développer de vrais pouvoirs de sorciers".

Attention ! ce sont des vraies !

Plutôt que de chercher à tout prix à me procurer la poupée vaudou (ou les deux, je ne suis pas sectaire), j'ai préféré me plonger dans le livre de Philippe Pignarre et Isabelle Stengers, paru en 2005 sous le titre "La sorcellerie capitaliste, pratiques de désenvoûtement", aux éditions La Découverte.

Philippe Pignarre et Isabelle Stengers ne sont des guignols assermentés de la pensée consensuelle, et leur livre n'est pas fait pour aller dans le sens du courant. Il est possible de découvrir ces deux auteurs et les grandes lignes de leur livre dans le compte rendu du site de Mona Cholet, Périphéries....

Le capitalisme serait donc une sorcellerie sans sorciers, machinant son emprise sur nos êtres à coups "d'alternatives infernales" qui paralysent notre volonté et notre pensée, jusqu'à nous réduire au rôle de "petites mains" du capitalisme... Parce que nous acceptons le "il faut bien faire avec le système".

Tout ceci est assez séduisant, et même stimulant, mais on se demande rapidement si cela est opérant...

On sait que l'on sort d'un sortilège, que l'on se désenvoûte, en retournant la prise de possession, en général, sur le sorcier.

Des exemples sont donnés de tels retournements: les événements de Seattle (que les auteurs privilégient), le retrait de la plainte contre l'Afrique du Sud par les industries pharmaceutiques, les mouvements anti-OGM, l'entrée dans les laboratoires des "usagers".

Mais, à distance, on peut bien sûr se demander si ces opérations de désenvoûtement ont été durables... et se poser la question qui semble accompagner toute action: mais où allons-nous ?

Cette question, au nom d'une méfiance envers tout absolu, ce "poison" de la pensée, les auteurs ne veulent pas la poser. Ils se présentent comme "jeteurs de sonde", postés à l 'avant du bateau, indiquant si ça passe, si ça casse, si ça s'enlise et s'échoue...

Et pourtant, si l'on se réjouit du "cri" de Seattle "un autre monde est possible", c'est bien que l'on a une certaine motivation pour se dire anticapitaliste, et cette motivation trouve sa source dans quelque chose qui ressemble beaucoup à une sorte de principe absolu...

Ou alors c'est que je n'ai rien compris.

C'est bien possible. Vous me le direz.