vendredi 31 octobre 2008

Un temps de Toussaint



Dans ma Normandie natale, et postnatale, l'expression "un temps de Toussaint" désigne cet état météorologique où les charrois de nuages gris n'en finissent pas de frôler les coqs des clochers, ce qui à la longue pousse une grande partie de la population à chercher une corde pour se pendre.

Car les ruraux de ma Normandie natale n'ont guère plus d'imagination que des détenus de prisons françaises.

Quand on ne trouve pas de corde, on se réfugie au coin de la cheminée, avec un bon livre.

C'est ce que j'ai fait, après avoir relu cet article réjouissant sur LeMonde.fr.

Rétention : le juge administratif oblige le gouvernement à revoir ses critères de sélection des associations.
Le tribunal administratif de Paris a annulé, jeudi 30 octobre, l'appel d'offres lancé par le ministère de l'immigration sur l'aide aux étrangers en centre de rétention. Il a jugé qu'il y avait une mauvaise évaluation du marché et notamment de l'expertise juridique que sont appelées à exercer les associations auprès des étrangers retenus.

Bien sûr, monsieur Hortefeux devra tenir compte, mais:

Dans un communiqué publié aussitôt l'ordonnance du tribunal prononcée, le ministère a pris "acte de la décision" et annoncé qu'il allait engager "immédiatement un nouvel appel d'offres". Il estime que l'annulation prononcée par le juge est fondée sur "un motif de pure forme, tenant aux modalités d'appréciation de la valeur technique des offres, ne mettant nullement en cause, sur le fond, la réforme engagée".

Certes, certes... reste à interpréter correctement ce désaveu.

Pour la Cimade, cette décision du tribunal, "met en évidence l'incompatibilité du texte imposé par le ministère avec la mise en œuvre effective d'une action de défense des droits et de la dignité des étrangers placés en rétention".

En tout cas, ça fait du bien.

Comme de penser à ceci, par un temps de Toussaint:

Zao Wou Ki, Sans titre 1967

jeudi 30 octobre 2008

La tentation du mépris

"Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu'il bat pour le combat et la bataille!"
Robert Desnos, 1943.




Cette phrase du timide rêveur Robert Desnos, qui ouvre l'un des plus beaux poèmes de résistance que je connaisse, m'est revenue il y a quelques jours. Et je ne chercherai pas le chemin qu'il lui a fallu faire pour arriver là. C'est ainsi.

Ce que je sais, c'est qu'alors mon cœur, et tout mon être, étaient envahis d'un fiel que je hais par-dessus tout, mais qui m'étouffait au point d'en oublier le combat.

Ce fiel est le mépris.

L'incommensurable mépris qui m'a envahit à la lecture de cette information, que je copicolle du billet de Flo Py:

« Mme M., femme de ménage, habitait le 12e arrondissement depuis son arrivée en France en 2002. Elle a emménagé avec son fils en mai 2008 dans le 5e arrondissement de Paris. En juillet 2008, elle se rend à la Mairie du 5e pour inscrire son fils à l’école de son quartier. Curieusement, on lui demande alors si elle possède un titre de séjour, document qui n’a pas à être demandé lors d’une inscription scolaire. Elle répond par la négative.

Fin août, elle reçoit une convocation au commissariat du 5e à laquelle elle ne défère pas. Fin octobre, il est déposé dans sa boite aux lettres une nouvelle convocation au commissariat « suite à l’inscription de votre enfant à l’école et votre situation alors irrégulière en France ».
Ce sont donc bien les services de la Mairie du 5e qui ont dénoncé la situation de Mme M. aux services de police.

La politique des quotas, des expulsions programmées, conduit maintenant aux dénonciations qui nous ramènent à de bien tristes souvenirs. »

Mépris absolu pour cette personne qui a cru que c'était là son DEVOIR.

Ici, on fait son devoir: on dénonce

Le mépris est un sale sentiment qui paralyse. Et il n'est aucun besoin de cela pour combattre cet adversaire rampant qu'on ne pourrait nommer sans faire injure (ou outrage, je ne sais) à la petite et grande administration de notre pays.

Ce matin, sans injure, sans outrage, et sans mépris non plus, une centaine de personnes ont fait ce qu'ils pensaient devoir faire; ils ont accompagné madame M. au commissariat où elle était convoquée.

Madame M. est ressortie libre au terme d'une "simple audition" qui a semblé bien longue à ses soutiens. Le soulagement se lit dans les messages qu'ils ont envoyé ici ou là...

Est-ce le poids des citoyens présents, ou le poids d'une presse qui se réveille un peu ?...


La "Une" d'un quotidien parfois méprisable...

Qu'importe.

Peut-être le début d'un rêve: pouvoir un jour conclure conclure comme Robert Desnos, sans rien y changer, car de la liberté découle l'égalité, et de l'égalité découle la fraternité.

"Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté au rythme même des saisons et des marées, du jour et de la nuit."
Robert Desnos, 1943.

mercredi 29 octobre 2008

Un bien beau métier

Mon amour immodéré pour l'humanité me pousse à m'enquérir le plus souvent possible de ceux qui exercent le bien beau métier de sauver des vies.

Aussi, vais-je souvent consulter avec ravissement le site de la société Taser France qui, pour mon plus grand bonheur, s'ouvre sur la rubrique "Dernières nouvelles" qui regroupe des "coupures de presse", façon site ouaibe, où sont mises en évidence les grandes qualités biosalvatrices du fameux Taser X26, l'arme du troisième millénaire.

Récemment, il m'est venu un doute, et ce doute ne cesse, évidemment, de me tarauder aux alentours de la circonvolution pré-centrale ou post-centrale de mon cerveau avachi.

En bref, je me demande si la modestie n'étoufferait pas quelque peu les ouaibemasteurs de chez Taser France, ou leur commanditaire. Car je ne trouve que trois vies sauvées pour le mois d'octobre: la vie d'un menuisier de Saint-Agil, celle d'un forcené ébroïcien et enfin celle d'un bagarreur à Saint-Claude dans le Jura. C'est assez peu, si l'on y songe...

Pourquoi ne pas signaler le cas de ce jeune homme qui a été immobilisé par une décharge de Taser, le 21 octobre, à Marseille ?

Je trouve parfaitement digne de figurer dans cette revue de presse, cet article du journal La Provence qui s'ouvre par cette interrogation: "Le Taser a-t-il sauvé une vie mardi, à Marseille, en venant se substituer à une arme de service ? " et qui continue par: "C'est ce que soutiennent d'une même voix les syndicats policiers Alliance (plutôt de droite) et Unsa (plutôt de gauche), pour commenter l'usage d'un pistolet à impulsion électrique sur un adolescent de 15 ans. "

A moins que cette affaire, à la réflexion, et à la lumière de ses développements ultérieurs, ne puisse sembler un peu confuse.

Un article de Rémi Leroux sur Rue89, daté du 27 octobre, révèle d'abord:

Dans un premier temps présenté comme mineur dans la presse, le garçon victime de la décharge de 50000 volts serait en fait majeur, tout comme d'ailleurs le deuxième jeune homme arrêté. "Ils ont fait l'objet d'examens radiologiques et osseux confirmant leur majorité", précise le procureur de la République de Marseille, Jacques Dallest. Tous les deux sont sans-papiers.

Je n'ironiserai pas, ce n'est pas mon genre, en disant que c'est fou ce que les sans-papiers ont du mal à faire leur âge...

Jeudi dernier, les deux jeunes hommes interpellés ont été jugés en comparution immédiate et s'ils ont été condamnés à deux mois de prison avec sursis et interdiction du territoire national de un an pour infraction à la législation sur le séjour des étrangers, ils ont en revanche été relaxés du chef de "violence en réunion sur personne dépositaire de l'autorité publique".

La Justice a estimé que rien ne permettait de dire, en l'espèce et jusqu'à preuve du contraire, que les deux jeunes sans-papiers avaient représenté une menace pour les CRS en service.

Je comprends mieux maintenant pourquoi ce cas ne figure pas parmi les "vies sauvées". Si les jeunes gens ne présentaient aucune menace grave pour les CRS, ceux-ci n'avaient pas à user de leur arme, et par conséquent la vie des deux jeunes gens n'a pas pu être sauvée par le Taser puisqu'elle n'était pas en danger...

Ou alors, c'eut été une bavure...

Mais je ne vais pas me mettre à utiliser des gros mots.

D'ailleurs, le Parquet a fait appel.

Et toc!

Armes d'estoc, non disponibles chez Taser France

Ce qui manque cruellement sur le site très intéressant de la société Taser France, ce sont des nouvelles, mises à jour assez régulièrement, des divers procès intentés par la société à des associations, des personnalités...

Pour avoir quelques renseignements là-dessus, on peut aller sur le site du Réseau d'Alerte et d'Intervention pour les Droits de l'Homme (RAIDH), qui est bien fait aussi. On y trouve un communiqué dont voici le "chapeau":

L’entreprise SMP Technologies Taser France a été déboutée de l’ensemble de ses demandes et condamnée aux dépens contre le Réseau d’Alerte et d’Intervention pour les Droits de l’Homme le 27 octobre 2008. RAIDH entend intensifier sa campagne « Non au Taser » auprès des maires et parlementaires et lancer une initiative afin de dénoncer l’instrumentalisation de la justice par des entreprises privées visant à tuer tout débat public menaçant leurs intérêts.

Le communiqué est accompagné d'un petit clip qui est presque aussi bien fait que l'animation de chez Taser... et que je trouve moins menaçant.


Vous me direz: c'est un site partisan, ça!

Oui, mais c'est le parti que j'ai pris.


PS: Pour ceux qui en rêvent, on trouve tout sur le ouaibe.

Ne cliquez pas dessus, vous allez prendre tout dans l'œil

mardi 28 octobre 2008

Brad Will encore présent aujourd'hui


Cette photographie de Brad Will, anarchiste étasunien, journaliste d'Indymedia New York, réalisateur de documentaires, a été prise deux jours avant son assassinat le 27 octobre 2006, à Santa Lucia del Camino, dans la banlieue de la ville d'Oaxaca, au Mexique. La fusillade fit trois morts, Brad Will, Esteban Zurita López et Emilio Alonso Fabián.

Brad a filmé jusqu'au bout. Voici sa dernière vidéo (avec des sous-titres en anglais):







Ces images, et les témoignages de ceux qui l'entouraient, semblent désigner clairement les auteurs des coups de feu, aussi clairement que sur ce montage photographique trouvé sur le blog du gamin blanc en colère: Angry White Kid.

La police mexicaine prétend avoir exploré en vain cette piste et assure désormais, près de deux ans après les faits, que les assassins de Brad Will sont des membres de l'APPO (Assemblée Populaire des Peuples de l'Oaxaca), dont il était solidaire.

Cela peut paraître scandaleusement ridicule, et ça l'est pour quiconque a suivi de près ou de loin ce qui s'est passé à Oaxaca et continue de s'y passer; mais le ridicule du pouvoir mexicain est un ridicule trop sanglant pour qu'on puisse en rire.

Selon le gamin blanc en colère, qui vit à Oaxaca, et qui met régulièrement à jour les informations sur son blog, la police avance cette hypothèse au moment où s'annonce une vaste campagne d'arrestations dans les milieux activistes: entre 250 et 300 mandats d'arrestations auraient été émis. La première arrestation connue, a été, le 16 octobre, celle de Juan Manuel Martínez Moreno, accusé du meurtre de Brad Will et incarcéré au Pénitencier Central de Santa Maria Ixcotel.

Juan Manuel Martínez est probablement toujours en prison et son sort inquiète Amnesty International qui a publié, le 20 octobre, un appel, indiquant qu'il fallait craindre qu'il ne soit soumis à de mauvais traitements et des tortures afin de lui faire avouer sa participation au meurtre de Brad Will.

Le blog de Kristin Bricker, de son côté, signale un appel à des actions, le lundi 27 octobre, pour obtenir la libération de Juan Manuel Martínez, l'annulation des mandats d'arrêts contre les compañeros du mouvement et l'arrestation des véritables assassins.

Manifestation au consulat du Mexique 30 octobre 2006
Photo Piratejenny

Que ce soit au Mexique ou aux Etats-Unis, ceux pour qui Brad Will est encore présent ne réclament pas seulement justice...

A New-York, devant les bureaux de la sénatrice Hillary Clinton, le collectif Friends of Brad Will a organisé une veille de quatre jours, accompagnée d'une grève de la faim et de la soif, pour dénoncer, entre autres choses, le soutien de la sénatrice à l'Initiative de Mérida (qu'ils nomment aussi Plan Mexico).

Vous pourrez trouver sur leur site les détails de l'action prévue (en anglais).

De ce côté de l'Atlantique, nous ne pouvons pas nous plaindre d'avoir eu les oreilles lessivées sur cette Initiative de Mérida, projet de coopération en matière de sécurité concernant les États-Unis, le Mexique et l’Amérique centrale. Le congrès étasunien en a discuté au mois de juin dernier.

L'objectif avoué de cette coopération renforcée est de combattre plus efficacement le trafic de stupéfiants et le crime organisé au Mexique et en Amérique Centrale. Si j'ai bien compris, cela prévoit une aide de 1,6 milliard de dollars en trois ans au Mexique, à l'Amérique centrale et aux Caraïbes.

Au moment des discussions au Congrès étasunien, Amnesty International a publié un communiqué où je découvre ceci:

Amnesty International a exhorté ce mercredi 4 juin le Congrès des États-Unis à préserver les garanties relatives aux droits humains dans le projet de coopération en matière de sécurité qui, sous le nom d’Initiative de Mérida, concerne les États-Unis, le Mexique et l’Amérique centrale.

L’organisation fait cette demande au moment où le Congrès des États-Unis est soumis à des pressions croissantes pour que les garanties en matière de droits humains ne figurent pas dans le projet. Le gouvernement mexicain a déclaré qu’il ne poursuivrait pas les négociations sur cet accord si les dispositions relatives aux droits humains n’étaient pas retirées.

Les choses ont dû avancer, car on peut trouver dans le compte rendu de la rencontre, le 23 octobre, à Puerto Vallarta station balnéaire mexicaine, entre Condoleezza Rice et son homologue mexicaine Patricia Espinosa:

«L'Initiative de Merida est une démonstration de la maturité de notre coopération bilatérale fondée sur la responsabilité partagée (...) La première réunion du groupe bilatéral de haut niveau de l'Initiative se tiendra fin novembre à Washington», a souligné pour sa part la ministre mexicaine.

(...)

Cette aide au Mexique approuvée en juin par le Congrès américain, doit se traduire surtout par la fourniture d'avions, hélicoptères et autres moyens de surveillance, dont la livraison connaît quelque retard.

A cet égard, Mme Rice a assuré que leur expédition était imminente ajoutant que cette Initiative conduisait l'«effort commun à un niveau supérieur. Pour les Etats-Unis il s'agit d'une initiative très importante, un objectif urgent (...) car il va améliorer la sécurité du Mexique et des Etats-Unis».

(...)

Les deux gouvernements préparent les documents à signer pour déclencher la livraison de l'aide technique prévue par «l'Initiative de Merida». Elle devrait intervenir dans un délai «inférieur à plusieurs semaines», avait indiqué pour sa part Tom Shannon, vice-secrétaire d'Etat pour les questions de l'hémisphère occidental, qui accompagne Mme Rice.

Si la police dispose d'avions et d'hélicoptères, il faudrait que les meurtriers de Brad Will courent très vite pour arriver à s'échapper...

A moins qu'ils ne soient dans l'avion ou l'hélicoptère.


PS: Un autre éclairage sur ladite Initiative: un article du blog Changement de Société.

lundi 27 octobre 2008

Vingt six centimètres. Respect !



Une dame qui fut épouse, ou compagne, ou partenaire, d'un réalisateur plus connu pour ses conquêtes d'actrices vedettes que pour ses films, répondit un jour, à un journaliste indiscret qui s'enquerrait du secret de la séduction de cet homme, ces quelques mots:

"Vingt-six centimètres..."

Précisons pour nos lecteurs en bas âge qui auraient franchi par miracle les barrières du contrôle parental, que la dame indiquait laconiquement que le secret du monsieur était de posséder un membre viril dont la longueur, lorsque le monsieur était en de bonnes dispositions, atteignait 26 cm.

Soit une taille respectable...

Utile pour la mesure de la respectabilité de ces messieurs:
Mètre étalon, 13 place Vendôme, Paris.

S'il m'est parfois arrivé d'envoyer à des supérieurs hiérarchiques mes salutations respectueuses, c'était toujours avec un demi sourire ironique. Car le mot "respect" me semble assez marginal dans mon lexique courant, et en est quasiment absent sous les espèces communes de l'interjection "Respect!", qui me fait immanquablement penser à "Couché!"

Les ambiguïtés du mot, et de l'attitude qu'il dénote, me paraissent trop envahissantes. Outre l'emploi de "respectable" dans mon "petit" exemple, considérez le sens second du mot "respectabilité", où j'entends trop bien toute la bienséance hypocrite à laquelle est attachée une bonne partie de notre société.

J'avais pu constater que monsieur Sarkozy, lors de sa campagne victorieuse, avait un faible pour ce mot qu'il répétait et martelait face à son adversaire... A l'entendre, monsieur Sarkozy respectait alors tout le monde et toute chose.

Ce faisant, il sous-entendait qu'il réclamait une certaine réciprocité du respect.

Si j'en crois le titre-résumé d'un article paru sur 20minutes.fr, que j'avais favorisé la semaine dernière et n'ai lu qu'il y a une heure, désormais "Nicolas Sarkozy veut du respect".

Il est assez difficile de parler de réciprocité comme le montrent les multiples actions en justice qui actuellement tournent autour des notions d'outrage et d'injure. Exemplaire et symptomatique est le cas de monsieur Hervé Éon, qui risque 1000 euros d'amende pour avoir tenu sur le passage de monsieur Sarkozy un carton portant ces simples mots "casse toi pov'con". Ce n'était pourtant qu'une tentative de mise en œuvre de la réciprocité, si ma mémoire est bonne.

Par ailleurs, on peut noter une certaine insistance sur le respect qui serait dû aux symboles républicains (drapeau, hymne national) et, dans le cadre d'une laïcité ouverte, aux symboles religieux...

REUTERS/Francois Mori/Poo
Nicolas Sarkozy et Carla Bruni-Sarkozy,
durant la cérémonie à la mémoire de Sœur Emmanuelle,
le 22 octobre 2008 à la cathédrale Notre-Dame, à Paris.

A vrai dire, j'avais mis cet article dans mes favoris temporaires à cause de cette photographie, dont j'ai soigneusement conservé la légende.

On y voit un couple durant une cérémonie religieuse. Le visage de monsieur est plissé d'un rictus qui n'est pas sans rappeler la mimique d'un content de lui qui vient d'en sortir une "bien bonne" et qui rit de sa propre blague en ajustant son veston. Bien sûr, mon coup d'œil d'ancien prof peut se leurrer; il peut s'agir d'une agitation faciale incontrôlée, due par exemple à une remontée gastrique inopinée, mais, connaissant le régime alimentaire de monsieur, j'ai des doutes... Madame sourit assez largement, mais baisse les yeux vers le recueil de cantiques (ou de je ne sais quoi) qu'elle a en main. L'expression de son visage, en général très contrôlée, semble s'éclairer d'un "ah! toi alors, t'en rates pas une..."

Sauf votre respect, m'sieur-dame, bien entendu...

samedi 25 octobre 2008

Récits voyageurs



Durant les deux années que je passai au Zaïre (actuellement République Démocratique du Congo), je me livrai à un très grand nombre d'exploits aventureux dont je réserve le récit à mes mémoires posthumes.

L'un des plus éclatants reste d'avoir pu supporter la durée d'un dîner au restaurant dos à dos avec monsieur Gérard de Villiers qui pérorait à la table voisine, et ceci sans l'étrangler sauvagement.

Bel exemple de maîtrise de soi, ou de self-control, comme on dit en franglosaxon.

Les remous de la rébellion dans la région du Shaba s'étaient apaisés après l'intervention de la Légion à Kolwézi. Et cette heureuse idée de monsieur Valéry Giscard d'Estaing avait sauvé le régime du président Mobutu...

La rumeur nous avait appris que le grand écrivain avait été vu aux abords de l'ambassade de France, du Centre culturel français et du bar de l'hôtel Intercontinental. Sa présence en chair et en verbe nous la confirmait.

Mais moi, je l'avais dans le dos.

J'étais jeune alors, pas encore trente ans, et ma surdité inexistante, et je pus profiter, sans vergogne, des propos du créateur de l'immortel prince Malko Linge... et les transmettre à mes commensaux et commenselles.

Pas trop classieux, le monsieur insista pour qu'on lui servît des frites pour accompagner le filet de perche du Nil à l'oseille... Ayant ainsi imposé son mauvais goût, il monopolisa ensuite la parole en dressant pour ses interlocuteurs consentants un tableau définitif de la situation du pays, agrémenté, il est vrai, d'une demi-douzaine d'anecdotes ramassées sur le trottoir de l'ambassade (de France) ou pas trop loin.

Ces anecdotes, je les retrouvai toutes dans le SAS tiré de ce séjour de grand voyageur. Je crois que c'était Panique au Zaïre... Je ne vais pas le relire pour vérifier, ça non!
Canon à fantasmes bidochons

Lorsque Lieve Joris est venue à Kinshasa, six ou sept ans plus tard, ce n'était pas pour faire provision de couleur locale afin d'agrémenter de quelques effets de réel un récit d'espionnage alternant avec une certaine monotonie les scènes de violence et de torture où les natifs révèlent un naturel bien sadique et les scènes de sexe où les femmes sont des tigresses en chaleur feulant de plaisir en labourant de leurs ongles le dos de l'irrésistible altesse sérénissime...

Non, cette jeune journaliste belge de trente deux ans, travaillant aux Pays-Bas, était venue pour y chercher les traces d'un oncle parti comme missionnaire au Congo dans les années 1920. Elle avait fait comme lui le voyage en bateau en compagnie de vieux coloniaux nostalgiques - ce qui en soi est déjà une preuve de grand courage - et allait passer plusieurs mois au Zaïre, prenant le temps de découvrir les lieux et de créer des liens avec les gens qu'elle rencontrait.

De son séjour, elle rapportera assez de matière pour construire ce beau livre intitulé Mon oncle du Congo, qui est paru en néerlandais en 1987, et qui a été traduit en français par Marie Hooghe, en 1990 aux éditions Actes Sud (maintenant en poche Babel).

Son récit est celui d'une voyageuse peu commune, qui s'immerge dans la réalité du pays qu'elle parcourt sans jamais se départir d'elle-même, mais sans jamais non plus réduire son propos à ses seules impressions: elle est là pour retrouver, voir, écouter, comprendre, et retranscrire. Et cela, elle le fait avec beaucoup de talent, et avec également une indépendance d'esprit qui pourra choquer les lecteurs qui l'aborderaient avec des idées un peu tranchées. Mais ce qu'elle a pris le temps de découvrir et de mettre en livre, il faut aussi que nous prenions le temps de le lire et de le comprendre. Avec Lieve Joris, nous sommes bien loin du prêt à penser...


Lieve Joris (assise au premier plan)
tenant salon
et y signant son dernier livre.

Après ce premier voyage au Congo-Kinshasa, qui s'est terminé de façon confuse au regard des autorités du pays, Lieve Joris ne pensait pas pouvoir y retourner...

Elle y reviendra pourtant au moment de la chute du régime de Mobutu, et y passera seize mois. Elle tirera de ce voyage Danse du léopard, paru en 2001 et traduit par Danielle Losman, en 2002, pour les éditions Actes Sud.

Un dernier livre sur la RDC, L’Heure des rebelles, a été publié en 2006 et traduit par Marie Hooghe en 2007 ( on peut en lire le début sur le site d'Actes Sud).

A l'occasion de la sortie en France de ce livre, Mona Chollet a eu un entretien avec Lieve Joris et en a tiré un article que l'on trouve sur le site Phériphéries, dans la rubrique "Gens de bien".

Lieve Joris y a bien sa place.

Toutes les larmes du monde

« Je sais que vous croyez comprendre ce que vous pensez que j'ai dit, mais je ne suis pas sûr que vous réalisiez que ce que vous avez entendu n'est pas ce que je pense. »
Alan Greenspan, cité dans Le nouvel Observateur, n° 1892 du 8 au 14 février 2001, p. 70





Certain(e)s de mes ami(e)s m'ont confié ne plus lire ce blogue depuis longtemps, parce qu'il était trop déprimant pour eux (ou elles). "Ton blogue, là, t'vois, c'est toute la misère du monde".

Vous m'en voyez moi-même fort déprimé... ou du moins, fort affecté.

Mais pas au point de manquer de tenue. A ceux ou celles qui m'ont demandé à quoi cela pouvait bien servir tout ça, je n'ai pas demandé en retour: "Et toi, tu sers à quoi?"


Encore un truc qui ne sert à rien:
Lithographie d'Antoni Tápies

Je continuerai donc à accueillir ici tous les désarrois du monde dont j'aurai connaissance. Ou presque.

Ainsi, mon petit cœur compatissant est actuellement tout plein de la peine affichée tout récemment par monsieur Alan Greenspan.

Monsieur Alan Greenspan est l'ancien président du conseil de la Federal Reserve Bank of the United States, la Banque centrale des États-Unis. Son mandat a pris fin le 31 Janvier 2007, après un règne de dix-neuf ans. Vous voyez que ce n'est pas n'importe qui. Pour le mieux connaître, vous pouvez consulter en ligne la retranscription de l'entrevue qu'il a accordée à Pierre-Yves Dugua, du Figaro, sous le titre: Alan Greenspan: ''Il faut pouvoir licencier sans coûts élevés''. Vous pourrez y découvrir les bons conseils qu'il croit utile de prodiguer avec prodigalité à la France...

Et de fines remarques destinées aux vieux saxophonistes:

Question: Avez-vous gardé des contacts avec le monde du jazz dans lequel vous avez vécu dans votre jeunesse? Jouez-vous encore?

Réponse: Non, je n’ai pas le temps de faire de la musique. Je joue encore un peu de piano, à l’oreille. Les muscles des lèvres faiblissent dès qu’un saxophoniste ou un clarinettiste cesse de jouer.

Vous verrez, Alan est un "jolly good fellow".

Alan Greenspan et Gordon Brown
amusant leurs petits camarades lors d'un goûter
à la N.Y. University

C'est évidemment dans le domaine financier que les talents de monsieur Greenspan se sont épanouis. Ardent partisan de la dérégulation des marchés financiers, il a professé toute sa vie une confiance inébranlable dans le Marché.

En juillet 2007, débuts de la crise aux Zétats, beaucoup de regards se sont tournés vers lui, des critiques se sont fait entendre...

Selon mes sources, sa vie fut menacée...

Tentative d'assassinat au lacet
perpétrée par un terroriste
dont la tête me dit quelque chose


Les derniers développements de ladite crise ont profondément affecté monsieur Greenspan... peut-être même déprimé.

En tout cas, selon les titres de nos journaux, il serait quasiment en "état de choc".

On peut trouver dans le blogue "Les cordons de la Bourse" tenu par Nicolas Cori, journaliste à Libération, les propos tenus par ce cher Alan jeudi dernier:

"J'ai fait une erreur en comptant sur l'intérêt privé des organisations, principalement des banquiers, pour protéger leurs actionnaires."

"Ceux d'entre nous qui comptaient sur l'intérêt des établissements de crédit pour protéger les actionnaires (en particulier moi-même) sont dans un état de choc et d'incrédulité".

"J'ai trouvé une faille dans l'idéologie capitaliste. Je ne sais pas à quel point elle est significative ou durable, mais cela m'a plongé dans un grand désarroi."


"La raison pour laquelle j'ai été choqué, c'est que l'idéologie du libre marché a fonctionné pendant 40 ans, et même exceptionnellement bien".


"Le modèle de gestion des risques tenait depuis des décennies. Mais l'ensemble de cet édifice intellectuel s'est effondré l'été dernier."


C'est poignant!

Pov'ti père, l'en a gros sur la patate

Les pleurnicheries de monsieur Alan Greenspan ne me consolent pas beaucoup, à vrai dire.

Si le capitalisme était soluble dans les larmes, il y a longtemps qu'il serait réduit à un misérable petit tas de sels toxiques

vendredi 24 octobre 2008

Procureur et solidarité



Durant l'audience de mercredi dernier, lors du procès en appel de Romain Dunand, madame le procureur s'est étonnée de la mobilisation qui s'était faite autour deFlorimond Guimard (aujourd'hui acquitté), un individu que personne ne connaissait et qui habitait bien loin, à Marseille...

Il y a de quoi s'étonner, anéfé, qu'un Jurassien, parce qu'il partage, en gros, les mêmes idées qu'un Marseillais, veuille prendre sa défense et adresse un beau courriel au ministre de l'Intérieur, en utilisant des mots percutants, certes, mais dans la bonne tradition du pamphlet à la française.

Et pas si faux que cela.

Un procureur qui repasse son code

Je suis pas juriste et je fréquente assez peu les tribunaux. L'idée que je me fais d'un procureur me vient, hélas, d'une trop longue fréquentation des chroniques judiciaires de François Foucart, sur France Inter. Ce cher homme, bien oublié maintenant (il ne figure même pas dans ouiquipédia!) avait le chic pour raconter les audiences des grands procès criminels. Il aimait particulièrement les réquisitoires, et dans les réquisitoires ce grand moment du "portrait psychologique" de l'accusé. On sentait qu'il prenait un grand plaisir (approchant souvent l'orgasme glottique) à détailler les discours du procureur traitant, comme il est d'usage, l'accusé de rebut dégénéré et nocif d'une société qu'il fallait protéger...

Ainsi ai-je du procureur cette image fausse d'un monsieur se permettant de traiter comme un excrément social un pauvre type qui ne peut même pas lui dire merde (c'est une injure, et paf! à l'amende!)

Mais je dois me tromper...

Car en regard, la remarque de madame le procureur du procès de Romain Dunand me semble d'une grande candeur, d'une délicate fraîcheur et d'une délicieuse spontanéité.

Cependant, je me demande si cette remarque ne trahit pas un certain manque de finition...

Avant d'être une valeur, cette chose simple, claire et limpide qu'ont appelle fraternité ou solidarité, est d'abord un sentiment assez répandu. N'est-ce pas un peu inquiétant de s'en étonner ?

Maison des Etudiants de Côte d'Ivoire
en août 2005

Il est vrai que l'humanité la plus élémentaire est peut-être en train de disparaître petit à petit.

Un seul exemple: il vous faudra, une fois de plus, vous rendre sur le site de RESF, c'est le seul endroit où j'ai trouvé cette information. Gougueule reste muet...

Les derniers occupants de l'ancienne maison des étudiants de Côte d'Ivoire (MECI), située 148/150 boulevard Vincent Auriol à Paris 13e, ont été évacués le jeudi 23 octobre, à 7h du matin.

Un arrêté d'évacuation avait été pris, le 19 septembre 2008, par le préfet de police "en raison de la nécessité d'assurer la sécurité des personnes".

Je lis ceci, dans ce témoignage de Marius qui était sur place:

Cette évacuation s’est passée dans un climat de violence policière inouïe : une enfant de 1 an souffrant d’asthme a été gazée par un CRS. Elle a dû aller à l’hôpital après une intervention tardive des pompiers.

Franchement, monsieur le CRS, vous étiez obligé ?


Ajouté le 25/10/2008: vidéo de l'évacuation de la MECI, jeudi matin.




PS1: Les expulsions sont dans l'air du temps, et peu relayées dans les médias. Sur LibéLille, voyez ce témoignage sur l'évacuation du squat des migrants de Calais.

PS2: Accompagnant le témoignage de Marius, sur le site de RESF, vous trouverez un lien vers un autre témoignage portant cette fois sur l'expulsion, le 17 septembre 2008, des Roms qui habitaient sur le parking de la gare de Massy-Palaiseau.

Ce récit, très sobre mais très fort, accompagné de photos, est signé de José Vieira, réalisateur de documentaires. Qu'il ait demandé à un CRS "Des policiers, des gens avec des valises et une gare, ça vous rappelle rien ?" fait que je ressens une profonde fraternité avec ce monsieur.

jeudi 23 octobre 2008

Sang froid dans les médias

Allumer un briquet alors qu'on vient de s'arroser d'essence, devant la porte d'une maison d'arrêt, pour empêcher l'expulsion de votre compagnon, c'est pour le moins faire preuve d'un manque de sang froid regrettable.

Mais madame Nardi n'avait pas eu droit à des informations bien compréhensibles de la part des autorités et dans sa vie elle n'avait pas souvent recours aux attentions des cellules d'aide psychologique; et elle a jeté son corps dans un geste où la grandiloquence se mêle à l'amour et au désespoir: se laisser brûler vive devant une porte de prison qui malgré les cris restera obstinément fermée.

Cet acte, qui s'écarte si radicalement des lois consenties du spectacle médiatique, aurait pu nous réveiller, comme on est réveillé par un cauchemar insensé...

Non.

Personne n'a vraiment perdu son sang froid.

Certes, monsieur Julien Dray s'est fendu d'un communiqué, pour le Parti Socialiste, où il dénonce la banalisation de l'inhumanité due à "la politique actuellement menée par le gouvernement"; mais heureusement, monsieur Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a appelé à ne pas "caricaturer" (sic) ce suicide et, critiquant la réaction "stéréotypée et politicienne" du PS, a bien enfoncé le clou en affirmant que ce n'était pas "une affaire de double peine, pas une affaire de sans-papiers, mais une affaire de droit commun, aussi tragique soit-elle".

Après cela, on n'a plus tellement entendu les gens du PS: ils devaient parler du drame de ce pauvre Dominique Strauss-Kahn, très affecté par ses crises de priapisme récurrentes...

Crac boum huhuhue!

Monsieur Luc Chatel est bourré de talents; il a trouvé à coup sûr le mot clé: "droit commun".

Cela n'évacue pas nécessairement la réflexion sur la notion de "double peine"... (Vous pourrez vous en convaincre en vous reportant à ce billet, très complet, que l'on trouve sur le blog Combats pour les droits de l'homme.)

Cela n'évacue pas non plus la réflexion sur les drames de plus en plus fréquents qui accompagnent les expulsions de sans papiers.

Non, mais cela fournit un contexte à l'événement, et j'ai l'impression que nos commentateurs avisés ont bien tenu compte des indications de monsieur Chatel, qui ne s'est pas privé de rappeler les diverses condamnations de Henrik Orujyan, le compagnon de Josiane Nardi. Les médias ont donc replacé l'affaire dans la catégorie des faits divers un peu saignants.

Avec une exquise délicatesse d'approche, Le Parisien/Aujourd'hui en France est allé recueillir les confidences de la fille de Josiane Nardi.

"Cette histoire lui est montée à la tête, c'est devenu une galère pour elle. Entre eux, ça allait deux jours, et le lendemain ça se gâtait. (...) Cet homme la frappait, il a d'ailleurs été condamné pour ses violences."

"Ma mère était malheureuse, dépressive, et pourtant elle aurait fait n'importe quoi pour lui."

"Elle était, comme on dit, sous son influence. Je n'arrive pas à comprendre son geste. Je tiens Henrik pour responsable de ce qui est arrivé à ma mère."


"J'ai mal, et j'ai la haine contre lui."

Ces propos, je les ai retrouvés, sans aucune mise en perspective, sur le site d'un hebdomadaire de gauche, fondé en des temps troublés par un grand humaniste, reconnu par ses pairs, qui a passé des années à porter le même imper qu'Albert Camus, en croyant lui ressembler...


Un quotidien régional, Ouest-France, n'a pas vraiment compris ce que l'on pouvait attendre d'une presse responsable... Il continue à publier des articles sur la mort de Josiane Nardi.

Dans son édition de mardi, un article relate la réunion d'environ 250 personnes au Mans, en hommage à madame Nardi.

"Pourquoi cette porte ne s'est-elle pas ouverte ?" La question est posée en grand sur le portique gris de la prison du Mans. Une banderole collée, ce lundi soir, par des associations de défense de l'homme. 250 personnes assistent à la scène, rassemblées à l'appel du collectif Unis contre une immigration jetable.

(...)

Silencieusement, des dizaines de personnes déposent des fleurs devant la porte. Le cortège se dirige vers la préfecture. Lentement. En forçant le tramway à rouler à allure réduite.

Sur la place Aristide-Briand, Bernard Lebrun, porte-parole du collectif, interroge. Pourquoi personne n'est sorti de la prison ? Pourquoi, et par qui, la décision d'expulsion d'Henrik Orujyan a-t-elle été prise ?

Dans la même édition, un second article examine cette dernière question. Il est intitulé "Expulsion de l'Arménien sans-papiers : les salades du préfet"

D'après Michel Camux (lire nos éditions de dimanche et de lundi), ce serait en vertu d'une réquisition judiciaire du Parquet de Bobigny, tribunal devant lequel l'Arménien a été condamné à une interdiction de territoire français de 5 ans, que le préfet de la République en Sarthe aurait agi.

Contactés hier matin, les services du procureur de Seine-Saint-Denis ont apporté un démenti formel à cette version des faits. « La préfecture de la Sarthe nous a appelés en fin de semaine pour savoir si la situation de cet Arménien n'avait pas changé. Notamment en ce qui concerne son interdiction de séjour, indique le secrétaire général du Parquet de Bobigny. Comme on l'avait fait à l'époque de la condamnation de ce Monsieur, on a transmis la décision judiciaire par fax. Le reste est de la responsabilité du préfet. »

Mais alors, pourquoi le préfet a-t-il nié être à l'origine de cette mesure de reconduction à la frontière ? En tant qu'autorité administrative, il est le seul compétent pour faire appliquer cette interdiction de territoire décrétée par le tribunal de Bobigny. Cette stratégie de faux-fuyant est un mystère. À moins qu'il y ait des lois de la République que le représentant de l'État a du mal à assumer ? (signé Igor BONNET)

A cet article, monsieur le préfet apporte une réponse dans l'édition suivante, en commençant par un joli morceau de rhétorique sarkozienne:

N'en déplaise à ceux qui se délecteraient du contraire, il n'y a ni mystère ni salade ! Et que ne diraient-ils, les mêmes, si l'Administration se mettait à ne plus respecter les décisions de justice ?

Il convient de rappeler que c'est bien une juridiction, le TGI de Bobigny, qui a condamné M. Orujyan, le 22 septembre 2005, à une peine d'interdiction du territoire français. Celui-ci n'a jamais fait appel de cette condamnation.

M. Orujyan arrivait à la fin d'une détention de plusieurs mois en application de trois peines de prison auxquelles il avait été condamné par ailleurs. Après un échange avec les services du procureur de Bobigny pour vérifier la situation pénale applicable, c'est bien le parquet du TGI de Bobigny qui, par un document daté du 17 octobre et faxé le même jour, m'a demandé de mettre à exécution la sanction judiciaire d'ITF qui n'avait pas été appliquée notamment du fait de l'incarcération de M. Orujyan.

On n'est pas plus avancé, notez bien...

Mais on voit bien que les moules à fabriquer les préfets n'ont pas été notablement modifiés depuis... un certain temps...



En post-scriptum au démenti préfectoral, on trouve ceci:

NDLR : la rédaction Ouest-France assume les informations parues dans son édition du mardi 21 octobre.

Je me demande si je ne vais pas m'abonner à Ouest-France, à condition qu'ils fassent une "offre" avec une montre et un poste de radio comme au Nouvelobse.


PS: Puisque j'ai signalé le blogLeMonde.fr Combats pour les droits de l'homme, on y trouve aussi un article fort intéressant: "Rétention: un chargé de mission UMP du ministère de l’Immigration serait à la tête du collectif “Respect” ayant répondu à l’appel d’offres"

Etonnant, non ?

mercredi 22 octobre 2008

Fil d'espoir

Ce matin, j'ai trouvé dans ma boîte à courriel deux messages donnant des nouvelles de Karine Matabiwasaka, cette jeune congolaise, dont j'ai parlé dimanche, apprenant qu'elle avait été embarquée dans un avion à destination de Kinshasa.

Ce que j'ai appris renoue un brin le fil de l'espoir.

Et peut-être le fil d'une vie.

Lundi 20 octobre fin de journée :

Contre toute attente, Karine a refusé d'embarquer. Nous ne l'avons su que grâce au concours du MRAP et de la Cimade, ce lundi en fin de journée.

Son audience suite à ce refus devant le TGI de Bobigny est renvoyée au 17
novembre à 13h. Elle est actuellement dans la prison de Fleury-Mérogis; nous essayons de la faire libérer ou du moins la faire soigner ailleurs qu'en prison.

Nous ne manquerons pas de vous informer des suites de la mobilisation en préparation.

Les soutiens de Karine à Rennes, Nantes et Paris.

(Vous pouvez retrouver les informations sur le site de RESF.)

Je n'aurai pas l'audace de me poser la question de savoir dans quel régime de gouvernement des humains on peut être amené à se réjouir du fait que quelqu'un n'est pas "parti" mais est "seulement" en prison... Certains esprits mal tournés pourraient y renifler un outrage*.

Fleury-Mérogis, c'est mieux quadrillé

Dans le cas de Karine, beaucoup de choses sont peuvent paraître curieuses, pour donner dans l'euphémisme.

Je ne retiendrai que cette impression de course poursuite entre la police-justice (je fais un lot!) et les associations d'aide, qui fait que les soutiens de RESF n'ont pas vraiment eu le temps d'organiser la protection de Karine, et ont même perdu sa trace pendant près de 48 heures...

Consolation, et aussi espoir: c'est grâce à d'autres associations (le MRAP et la CIMADE) que sont parvenues les nouvelles...

On comprend que monsieur Hortefeux, qui tire les ficelles de tout cela au sommet, veuille se débarrasser de ces associations empêcheuses d'expulser en silence. Et on comprend aussi qu'il est essentiel, pour tout le monde, de lui faire barrage. (Voir ce billet, par exemple)


Cliquez sur l'image pour signer la pétition

Vous pouvez aussi réfléchir sur le clip vidéo qui ouvre le site C'était pire demain.


* C'est un beau mot que celui d'outrage. Apparu en 1080, dans la Chanson de Roland, sous la forme "ultrage", il y désignait une parole contraire à l'honneur d'un chevalier. Le sens actuel est bien sûr une extrapolation de ce sens originel: il n'y a plus tellement de chevaliers et ceux qui s'y croient ont perdu leur honneur depuis longtemps.

mardi 21 octobre 2008

Les outrageurs résistent...



Romain Dunand a adressé, le 19 décembre 2006, un courriel au ministre de l'Intérieur, monsieur Nicolas Sarkozy, pour protester contre l'arrestation de Florimond Guimard, à la suite d'une manifestation à l’aéroport de Marignane.

“Objet : Bas les pattes sur Florimond Guimard ! De : ‘cnt-jura’
Date : Mar, décembre 19, 2006 13 : 26
A : sec.gueant@interieur.gouv.fr

Au ministère de l'Intérieur

Monsieur le ministre,

Nous venons d'apprendre que notre camarade Florimond Guimard, instituteur à Marseille, convoqué au commissariat, a été placé en garde suite aux manifestations anti-expulsions à l'aéroport.

Voilà donc Vichy qui revient : Pétain avait donc oublié ses chiens ! RésoluEs à défendre les dernières libertés qui nous restent - à commencer par la liberté d'exprimer notre solidarité active avec les victimes de votre politique qu'il faut bien qualifier de raciste -, nous exigeons la libération immédiate de Florimond Guimard, et l'abandon de toute poursuite à son encontre.

Dans l'attente, en vous rappelant l'exigence de la fermeture des centres de rétention et celle de la régularisation de touTEs les sans papiers, recevez nos salutations antifascistes,

M. Romain Dunand, Cnt-Jura / Resf-Jura.”

En février 2007, monsieur Sarkozy a saisi le ministère de la Justice pour “outrage” et le procureur de la République a attendu le 11 mai 2007 pour lancer la procédure. Monsieur Nicolas Sarkozy était alors parvenu à la Présidence de la République le dimanche précédent.

Pour préciser un peu le contexte juridique, voici ce qu'a déclaré,Me Marianne Lagrue, avocate de Romain Dunand (Article de Rue89 du 23/01/2008):

“Dans la mesure où il ne s'agissait pas d'injure publique mais d'outrage, c'est-à-dire de quelque chose qui relève de la sphère privée, le parquet aurait pu s'abstenir.

Mais c'est surtout Nicolas Sarkozy qui pouvait choisir d'y répondre à titre privé, en argumentant que la comparaison avec Vichy n'était pas valable. Cela aurait peut-être été plus digne que d'aller devant la justice."

Le 14 février 2008, Romain Dunand était condamné par la 10e chambre correctionnelle à 800 euros d'amende ainsi qu'à un euro de dommages et intérêts à verser à Nicolas Sarkozy, partie civile.

RESISTANCE 2008 : illustration Patrick PINON


Romain Dunand a fait appel.

Son procès en appel aura lieu demain, mercredi 22 octobre 2008 à 9 h, devant la 11e chambre - section B de la Cour d’appel de Paris - Palais de Justice, escalier K, 2e étage, 6 bd du Palais 75001 Paris (prévoir au moins une demie heure de queue à l’entrée).

Le Collectif pour une dépénalisation du délit d'outrage (CODEDO), fondé en juillet 2008 à l'initiative de Romain DUNAND, Maria VUILLET, poursuivie pour outrage au sous-préfet d'Ile-de-France, Yves BAUMGARTEN et Jean-Jacques REBOUX, tous deux poursuivis pour outrage à agent de police, appelle à un rassemblement de soutien, à 8h 30, devant le palais de Justice.

4, Villa Compoint 75017 Paris


Aujourd'hui mardi 21 octobre à 16 heures à la librairie Résistances, le CODEDO organise une conférence de presse, au cours de laquelle sera présenté le Manifeste pour une dépénalisation du délit d’outrage.

Avec Héléne FRANCO (Syndicat de la magistrature), Marianne LAGRUE (avocate), Emmanuel TERRAY (anthropologue, auteur de "1942-2006: réflexions sur un parallèle contesté"), Florimond GUIMARD (RESF), Maurice RAJSFUS (Observatoire des libertés publiques), Romain DUNAND et Hervé EON.

Avec la participation des membres fondateurs du CODEDO : Maria VUILLET (outrageuse de sous-préfet), Serge et Sabrina SZMUSZKOWICZ (outrageurs de gendarme), Yves BAUMGARTEN et Jean-Jacques REBOUX (outrageurs de policier).



PS: Pour mémoire (extrait d'un article de Napakatbra à l'adresse Les mots ont un sens):

Jeudi 30 Août 2007, devant une assemblée rieuse du MEDEF, Nicolas Sarkozy, fier comme un coq, annonçait joyeusement «à quoi sert-il d'expliquer à nos enfants que Vichy et la collaboration, c'est une page sombre de notre histoire, et de tolérer des contrôles fiscaux ou des enquêtes sur dénonciation anonyme ? Ce n'est pas la République, cela». Les drilles du MEDEF, les micros, les caméras, il ne s'agit plus de la sphère privée, mais bien de déclarations publiques ! Et si le courriel de Romain est qualifié d'«outrage», alors mécaniquement, le discours de Sarkozy est, lui, qualifiable d'«injure publique» envers les fonctionnaires du FISC ! Au regard de la loi, mais la loi, maintenant... c'est Lui ! Et Sarkozy court toujours...

lundi 20 octobre 2008

Les ponts de Montreuil, suite




Chose promise, voici le communiqué final du sommet citoyen sur les migrations:


Communiqué de Montreuil, le 17 octobre 2008

Nous ne pouvons plus laisser la question des migrations aux seules mains des Etats, qui plus est des Etats du Nord, dans un contexte où la crise économique et financière augmente déjà la pauvreté et risque de renforcer la xénophobie dans les pays d'accueil et de transit des migrants.

Nous ne voulons pas, en réponse à cette situation, d'une politique qui transforme l'Europe en forteresse.


A nous, sociétés civiles du Nord et du Sud, d'inventer ensemble d'autres politiques migratoires et de développement, qui soient fondées sur la justice et le respect des droits et de la dignité humaine.

Nous voulons des ponts, pas des murs !


Nous demandons au gouvernement français qui préside l'Union européenne d'impliquer les sociétés civiles lors de la 2ème Conférence ministérielle Union européenne – Afrique sur "Migrations et Développement" qui aura lieu à Paris fin novembre.

En ce soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, nous lui rappelons l'universalité de ces droits, qui s'appliquent à tous, et donc aux migrants, qu'il aient des papiers ou non.


Nous exigeons :

1. l'application de l'article 13* de la Déclaration universelle des droits de l'Homme en incluant la dépénalisation du franchissement “illégal” des frontières, la ratification de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et de leurs familles, et le respect effectif de la Convention internationale sur les droits de l'enfant dans les pays de départ, de transit et d'accueil ;


* Art 13 de la DUDH:
“Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.”

2. de permettre à tous les migrants d'avoir accès à une complète citoyenneté et de fonder toutes les réglementations concernant les migrants sur l'égalité des droits entre tous les citoyens. Dans l'immédiat, nous exigeons d'élargir les conditions applicables aux résidents communautaires, notamment le droit de vote, à tous les résidents ;

3. le refus de la subordination entre le droit au séjour et le droit au travail, le respect du droit à la vie privée et familiale et l'autonomie du statut pour chacun des conjoints ;


4. la mise en œuvre du droit au développement tel qu'il est défini par la déclaration sur le droit au développement adoptée par les Nations unies en 1986 et l'annulation immédiate de la dette des pays du Sud, d'autant qu'elle rend les Objectifs du Millénaire pour le Développement inatteignables ;


5. des gouvernements du Sud le refus de la signature d'accords bi ou multilatéraux qui portent atteinte à leur intégrité et à leur dignité et comportent des conditionnalités et notamment des clauses de réadmission ;

6. l'arrêt de la militarisation des frontières africaines imposée par l'Union européenne ;


7. la liberté de choix et d'accès du pays d'accueil pour les demandeurs d'asile et les réfugiés (refus du dispositif dit “de Dublin” et des pays dits “sûrs”) et la suppression de toutes les formes d'externalisation des procédures d'asile ;


8. une interprétation extensive de la notion de réfugié, incluant notamment les victimes d'atteintes aux droits économiques, sociaux et environnementaux et les persécutions collectives ;


9. en attendant la fermeture de tous les lieux d'enfermement, l'interdiction de la détention des demandeurs d'asile et la création de mécanismes indépendants de contrôle de ces lieux ;


10. la protection des femmes victimes de violences de toute nature ;


11. une réelle visibilité des actions concrètes des femmes migrantes dans les pays d'origine, de transit et d'accueil dans les enceintes de discussion nationale et internationale ;


12. la protection sans conditions des migrants mineurs et notamment l'interdiction de leur enfermement et de leur expulsion, le respect effectif de leur droit à la formation et à l'éducation, ainsi que la régularisation des jeunes majeurs.



Et pour le plaisir, car il y avait du plaisir à être ensemble de Bastille à République pour la marche de clôture, voici deux vedettes présentes dans le cortège:

La banderole rouge de RESF...

... et le bleu du ciel.

dimanche 19 octobre 2008

Cette honte qui nous survivra

J'aimerai savoir comment fait monsieur Jean René Daubigny 3,avenue de la préfecture 35 026 Rennes cedex 9, préfet d'Ile-et-Vilaine, pour survivre à la honte de ne pas avoir levé le petit doigt pour freiner, puis suspendre, l'expulsion en urgence de Karine Matabiwasaka vers le Congo Kinshasa.

Moi, j'ai la honte de ne pas avoir signé la lettre-pétition qui lui a été envoyée, et moi, je sais que cette honte me survivra.

Voici cette lettre que je n'ai pas signée:

Monsieur le Préfet,

Nous appelons votre attention sur le cas de Karine Matabiwasaka , du Congo Kinshasa, qui risque d’être expulsée alors qu’elle est visiblement malade mentale et relève de la protection de l’asile psychiatrique et du droit à la santé.

Karine, du Congo Kinshasa est passée devant le JLD, à Rennes, samedi 11 octobre Elle sortait de l’hôpital psychiatrique Guillaume Regnier, à Rennes où elle avait été recueillie et soignée., après une prise en charge par l’ASE où elle avait été reçue comme primo arrivante. Elle a été reconnue majeure sur ses simples dires à l’occasion d’un entretien avec un psychiatre qui n’a pas tenu compte du fait qu’elle venait d’être très perturbée par une prise de sang mal supportée car elle serait témoin de Jéhovah. Elle a été plus que confuse et le juge n’a rien compris à ce qu’elle disait.

Cette jeune femme a donc dit au juge qu’elle voulait retourner chez elle, « chez-elle », c’est-à-dire en un lieu où elle serait protégée et soignée, et ce qui ne signifie en rien évidemment le Kinshasa.

Hospitalisée pour troubles psychologiques, reconnue majeure uniquement sur ses dires, on lui a fait signer des "papiers" à la préfecture. Comme, de surcroît il n’a pas été jugé utile de contester l’APRF, elle est "considérée" comme majeure.

En réalité, elle n’aura personne pour l’attendre à Kinshasa ("papa est mort dans la guerre""maman je ne sais pas où elle est,"..."je ne connais pas Kinshasa")

Karine est de toute évidence « schizophrène non stabilisée" et a tout de même passé 45 jours à l’hôpital psychiatrique avant de se faire interpeller le jour de sa sortie devant l’hôpital.

Karine est totalement désorientée.

Si elle retourne au Kinshasa où elle n’a plus aucun lien, elle est livrée directement à la mort lente des personnes désorientées, sans liens et sans ressources.

Nous vous demandons, Monsieur le Préfet, de bien vouloir tenir compte de l’état mental et de l’isolement de cette jeune fille.

Dans cette mesure, nous vous demandons de bien vouloir suspendre les mesures en cours qui conduiraient à son expulsion du territoire français et de faire en sorte que les services de santé prennent pour elle, en France, les mesures de suivi sanitaire qui s’imposent.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Préfet l’assurance de notre haute considération.

Les dernières nouvelles sont sur le site de RESF:

17h : Nouvelles sommaires entendues au cours de la manifestation "Des Ponts Pas des Murs" de la part de "soutiens" qui revenaient de l’aéroport : Ils ont réussi à expulser Karine ! à l’horreur de cet acte répond cependant et heureusement la solidarité humaine : une passagère a promis de la prendre en charge à l’arrivée. A la dernière personne qui a été en contact avec elle, cette nuit à 4 h 20 au départ de Saint-Jacques de la Lande (35), Karine a avoué comme une confidence et en signe d’au revoir qu’elle n’avait que 16 ans !

La pétition est suspendue - nous vous tiendrons au courant


Des images de Kinshasa me reviennent en désordre, et moi, discret vieux monsieur attablé à une banale terrasse de café, j'ai envie de chialer comme un môme.

Et de cela, après tout, je n'aurais aucune honte.

Ce sont des choses qui arrivent dans le monde que vous administrez, monsieur le Préfet.

samedi 18 octobre 2008

Rouen la catalane



Si vous dites à un rouennais qu'il habite une grande et belle ville, vous risquez fort d'avoir usé en vain de ce poncif de la conversation de trottoir, ou encore d'avoir ouvert les portes du bureau des pleurs intarissables. Le rouennais n'aime pas sa ville.

Et puisqu'il est tout à fait déconseillé, pour d'évidentes raisons météorologiques, de parler de la pluie et du beau temps (quel beau temps?), il faudra vous résoudre à devenir comme les normands: taiseux.

On vous en saura gré.

Cependant je connais un endroit où il est plus qu'agréable de parler de la pluie et du beau temps d'une grande et belle ville, de manière subtilement décalée puisqu'il s'agit de Barcelone.

L'entrée de la librairie Polis, 21 rue Percière.

Et la vitrine...

Vous trouverez dans en rayon un choix de livres, neufs ou d'occasion, centré sur le thème de la ville et sur la littérature policière. Le tout présenté en deux salles qui ont le charme de bibliothèques privées.

Littérature générale

Littérature policière

Le lien évident entre les deux salles est renforcé par l'indéfectible admiration que la propriétaire des lieux voue à l'écrivain barcelonais Manuel Vázquez Montalbán, grand arpenteur de sa ville natale et d'autres villes du monde, et créateur du détective Pepe Carvalho.

Ce soir, à partir de 18h, on se souviendra, au 21 rue Percière, que Manuel Vázquez Montalbán est né à Barcelone, Calle de la Botella, le 14 juin 1939 et est mort le 18 octobre 2003 à l'aéroport de Bangkok.

Je suis sûr que ça ne sera pas triste. Il s'agira d'une tertulia , une réunion d'amis agrémentée du plaisir de la conversation.

vendredi 17 octobre 2008

Les ponts de Montreuil

Avant d'entrer dans la grande salle où devait se tenir la séance d'ouverture du sommet citoyen sur les migrations, "Des ponts... Pas des murs...", j'ai eu tout le temps de naviguer rue de Paris, à Montreuil.

Un parisien intermittent comme moi évalue toujours assez mal la durée des trajets en métro...

Rien de très touristique dans cette partie de la rue, dois-je dire. Toute la tristesse de la proche banlieue au petit matin. La France qui se lève tôt part au travail.

Mon avance était suffisante pour prendre un café-journal, éventuellement avec clope, j'avisai une curieuse échoppe annonçant le négoce de café, de thé, de journaux, de livres et d'artisanat africain.

En fait de café, on pouvait l'avoir en grain ou moulu, ou en dégustation. Et cela embaumait.


C'était plutôt l'heure des journaux. Quand j'entrai, le patron était justement en train de commenter avec un client l'augmentation du tarif de Libération.


J'ai pris plaisir à l'accueil cordial, à la conversation détendue, à l'ambiance générale du lieu...


Je suis sorti avec mon Libération sous le bras en me disant qu'il fallait bien venir du Sénégal pour ouvrir une boutique* où le passant égaré trouve un réel plaisir à acheter ce journal que l'on achète encore, faute de mieux...

Ce ne sont pas des choses arrivent à Neuilly.


La deuxième conférence non gouvernementale euro-africaine sur les migrations et le développement a été ouverte par quelques interventions bien senties.

Il faut voir et entendre Stéphane Hessel, ancien résistant, co-rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, ancien ambassadeur, rappeler qu'il faut exiger, avec courage et obstination, l'application de l'article 13 de cette Déclaration (liberté de choisir son pays); et l'on se dit que ce vieux monsieur qui parle sans notes, agrippant son micro des deux mains, est l'incarnation même de ce courage et de cette obstination.

Il faut aussi entendre Aminata Traoré, ancienne ministre malienne, demander aux peuples et gouvernements du Sud de se ressaisir pour regarder le monde tel qu'il est et non tel qu'on le leur raconte, en soulignant que désormais ils n'ont plus rien à perdre, sauf leur dignité; et l'on se dit que la lucidité et la dignité sont bien là, venues d'un pays qui "n'est pas entré dans l'histoire".

Les travaux de cette conférence aboutiront à la publication d'une Charte de Montreuil, dont je ne possède qu'un exemplaire de travail qui reste à amender.

Donc, suite au prochain numéro.


* Teranga, 173 rue de Paris, à Montreuil, ouvert du lundi au vendredi de 6h 30 à 19h, et le samedi de 8h à 19h. Un grand merci à Tidiane pour avoir su créer ce lieu où il fait si bon entrer.

jeudi 16 octobre 2008

Il faut sauver la Marseillaise



Je ne crois pas que je l'aurais parié, car je ne suis pas joueur (c'est là mon moindre défaut) mais je m'attendais à un éditorial de Laurent Joffrin sur notre Marseillaise huée, et je ne me trompais point.

Pom pom pai poin (bis).

A son habitude, notre éditorialiste préféré démarre sur les chapeaux de roue:

L’indignation surjouée de plusieurs ministres devant cette Marseillaise sifflée confine au ridicule.

Parole d'expert...

Sans surjouer ridiculement son rôle de penseur politique contemporain, Laurent Joffrin commence sa leçon:

(...), quitte à prendre l’affaire au sérieux, il faut le faire de manière politique. En conspuant l’hymne national, une partie du public exprimait aussi une colère devant les promesses non tenues de la République en matière d’intégration. A ceux-là il faut répondre politiquement: ils se trompent de symbole.

Monsieur Joffrin est un redoutable décrypteur: sous les sifflets il a entendu la colère, et sous la colère une immense aspiration à l'intégration au sens sarkoziste. (Joffrin n'interrogeant pas ce vocable d'"intégration", je l'entends au sens le plus courant...)

Mais il va nous expliquer en quoi la colère se trompe de cible:

La Marseillaise, pour l’essentiel, symbolise l’égalité. Chant révolutionnaire, elle fut interdite sous l’Empire et la Restauration et consacrée par les républicains. Elle fut même chantée par les bolcheviks avant l’Internationale, comme un hymne des opprimés. La siffler, c’est siffler aussi les principes qu’elle exprime. Or seuls ces principes, à condition qu’ils soient appliqués, peuvent sous-tendre l’action publique en matière d’intégration et de lutte contre la discrimination. A moins de choisir l’enfermement communautaire, ce que les opprimés d’aujourd’hui ne peuvent souhaiter. Rouget de Lisle? Respect…

Ne boudons pas notre plaisir à voir un représentant éminent du mieux-disant consensuel se référer sans complexe aux choix musicaux des bolcheviks.

Ricanons. Laurent Joffrin ? Respect...

Et demandons lui de bien vouloir nous faire un savant commentaire composé du texte de La Marseillaise afin de nous expliquer en quoi le signifiant maître de ce chant guerrier est « Egalité »...

S'il vous plaît, monsieur Laurent.


Dans l'attente de cette intervention salutaire de monsieur Joffrin, sous la forme (éditorial, causerie, conférence, essai) qu'il lui plaira, je continuerai à considérer La Marseillaise comme l'un des plus mauvais hymnes nationaux actuellement connus.

Le texte est une poésie de la fin de ce dix-huitième siècle qui évoquait pour Paul Claudel, grand connaisseur, une vaste étendue de plâtras inféconde dans le domaine de la poésie lyrique. Autrement dit: pompier de chez pompier.

La musique est d'une platitude assez rare. Il faut faire un très gros effort d'adaptation pour la rendre écoutable.

J'en veux pour preuve ce qu'en a tiré le grand saxophoniste Albert Ayler. Il avait fait son service militaire dans la fanfare d'un régiment étasunien stationné en France et avait eu la joie de participer à un quatorze juillet sur les Champs Elysées. Il en avait gardé un souvenir ému de notre hymne national, qu'il appelait, affectueusement ou malicieusement, je ne sais, "la mayonnaise". Il en interprétait une version assez ébouriffante, dont la diffusion à plein tube pourrait, je pense, tétaniser tout un congrès de l'UMP.

(Il est dommage que son adaptation ne soit pas sur Deezer... Il vous faudra imaginer à partir de ce que je vous ai collé comme illustration musicale...)

Albert Ayler hilare

Il montre la voie: pour sauver la Marseillaise des sifflets, il faudrait avoir le courage de la moderniser, d'y introduire les réformes nécessaires.

Changer les paroles, trop datées historiquement.

Et en profiter pour changer la musique.

mercredi 15 octobre 2008

Demain sera un autre jour

J'ai cru faire l'original branché en achetant un prototype de PC quatre temps, huit cylindre en V, une sorte de quatrelle en quelque sorte... Je sais maintenant que rien ne vaut un bon vieil ordinateur qui se branche plus ou moins sur le secteur...

Pas de billet aujourd'hui, donc.

Et comme on dit dans ces cas-là: demain sera un autre jour.

Lever ou coucher de soleil, je ne sais, je n'ai pas ma boussole.

Dans le même monde...

Et ce sera la sainte Edvige.

Je vous transmet donc ce

Message du Collectif national « Non à EDVIGE »

Faisons sa fête à EDVIGE, partout en France en ce jour de la « SainteEdvige ».

Des rassemblements ou autres manifestations sont déjà recensées dans prèsde 40 villes de France. Trouvez celle qui a lieu dans votre département (http://nonaedvige.ras.eu.org/spip.php?rubrique25 ), et surtout, joignez-vous à cette action !

Pour en savoir plus sur EDVIGE 2.0, pour mieux comprendre pourquoi leprojet de nouveau décret demeure inacceptable, prenez connaissance des documents publiés lors de la conférence de presse du collectif, le 14 octobre 2008 à Paris (http://nonaedvige.ras.eu.org/spip.php?article799).

Pour vous tenir au courant des dernières nouvelles du Collectif « Non à EDVIGE », une seule adresse: http://nonaedvige.ras.eu.org/

Bonne « Sainte Evige » à tous !

mardi 14 octobre 2008

Monsieur Hortefeux plaisante



"Français, vous avez la mémoire courte."
Philippe Pétain, le 17 juin 1941

C'est probablement un de mes plus anciens souvenirs: le malaise ressenti devant le portrait du maréchal que conservait la sœur de mon grand-père, dans l'escalier qui grimpait aux mansardes de sa petite maison.

J'en fis des cauchemars, dont je ne me souviens évidemment pas, mais qui tournaient autour de la figure blanchâtre de revenant de ce mort vivant.

Appel du 17 juin 1940

Je ne crois pas que ce soit par manque de mémoire que monsieur Hortefeux a décidé de réunir, les 3 et 4 novembre, ses 26 "homologues" européens pour une conférence sur le thème de "l'intégration" dans la bonne ville de Vichy. Bonne ville qui, malgré les efforts méritoires de son Office de Tourisme demeure un symbole fâcheux pour ceux qui n'ont pas la mémoire sélective.

Je crois plutôt que monsieur Hortefeux manque de décence et de retenue.

On reconnaîtra que monsieur Hortefeux, humoriste redouté dans les rangs de son parti pour ses réparties cinglantes, avait renoncé en prenant sa charge ministérielle à cet aspect un peu provocateur de son personnage. Au point d'avoir dans le grand public une image de bonnet de nuit redoutable pour ses effets somnifères.

Mais cette image est fausse, totalement fausse.

Monsieur Hortefeux ne se retient plus, il se lâche, il s'amuse.

« Honnêtement, on en a ras le bol de cette histoire du passé », déclarait-il le 28 juin dernier, sous des applaudissements nourris... (sur ce sujet voir le point de vue du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire; on y trouvera un lien vers une vidéo du meeting où fut prononcé cette phrase historique).

Certains en ont ras le bol de l'histoire du présent, telle que la fait monsieur Hortefeux.

Et ils envisagent de le dire.

A Vichy.

Lisez par exemple (la liste n'est heureusement pas limitative) le tract unitaire contre le sommet européen de Vichy, publié par RESF37, l'appel unitaire lyonnais à une mobilisation lors du sommet de Vichy, publié sur Rebellyon.

D'autres viendront...


Ah! j'oubliais!

Ma grand tante avait un faible pour les fameuses pastilles mentholées qu'elle mâchonnait avec une ardeur de mandibule qui désarçonnait la partie inférieure de son dentier.

Il lui est arrivé de m'en offrir quelques unes.

Mais je n'aimais pas trop ma grand tante. Peut-être à cause du "monsieur" dans l'escalier.

lundi 13 octobre 2008

Quelques idées naïves



"Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts."
Isaac Newton

C'est grâce à JR, en ce billet de son bloguiblougue, que je sais maintenant attribuer cette phrase à un brillant sujet anglais, né le 4 janvier 1643 dans un état de génie précoce et mort le 31 mars 1727 dans un état de virginité avancée (selon Voltaire), qui fut assez fou pour imposer au monde scientifique cette idée rétrograde et irrecevable: l'idée d'une attraction à distance entre deux corps matériels, autrement dit d'une interaction mutuelle sans contact direct.

J'ai toujours trouvé assez plaisant de penser que cette idée très naïve et très simpliste est un des fondements de la science moderne et qu'elle s'est trouvée popularisée grâce à des amateurs donnant dans le "snobisme intellectuel": ainsi Francesco Algarotti, auteur du Neutonianismo per le dame (1737) - Le Newtonianisme pour les dames (1738)-, ainsi Voltaire, auteur des Lettres Anglaises (1734) et des Eléments de la philosophie de Newton (1738), ainsi Emilie du Châtelet, auteure des Institutions de Physique (1740) et traductrice des Principes mathématiques de la philosophie naturelle (1756)... et j'en passe.

Illustration inévitable (œuvre attribuée à Marcel Gotlib)

Que l'homme construise trop de murs et pas assez de ponts est bien sûr une idée très naïve et peu recevable, mais je veux bien que l'on me taxe de snobisme intellectuel droits-de-l'hommiste, voire de simplicité d'esprit irréaliste, je la fais mienne.

C'est aussi avec cette "naïveté" en tête que se déroulera la deuxième Conférence non-gouvernementale euro-africaine sur les migrations, le vendredi 17 octobre, au Palais des Congrès de Paris-Est, à Montreuil.

J'en ai déjà parlé dans un billet lointain...

Je me contente de compléter par le programme provisoirement définitif du samedi 18 octobre:

Marche festive autour du slogan « Des ponts, pas des murs » :

  • départ de la Place de la Bastille à 13h30
  • Grand concert gratuit en présence de nombreux artistes, Place de la République, de 16h à 22h
  • Avec : les Têtes Raides, Olivia Ruiz, Cali, le Ministère des Affaires Populaires, Didier Super, les Frères Guissé, Karpatt, Akli D, Agnès Bihl, les Hyènes, Courir les rues, Arthur Ribo et Amirouche, Yannick Jaulin, Lola Lafon, Amel Mathoutli, Mell, Merlot,...

dimanche 12 octobre 2008

Supplément dominical avec supplément

J'avais l'ambitieuse idée de vous faire un bon gros supplément dominical en vous parlant de tous les déçus du Prix Nobel.

Très tôt, ce matin, vers 10h15, j'ai commencé:




Les mauvais esprits trouvent toujours de quoi s'amuser lors de l'attribution des prix Nobel.

Rappelez-vous: Henry Kissinger en costard de prix Nobel de la "Paix" (dans son cas, les guillemets s'imposent).

Et quelques autres.

Les comités de soutien à Ingrid Bétancourt l'auraient bien vue avec le même costard, un peu féminisé. Je n'ai pas bien compris en quoi son action, et notamment son accès de contre-syndrome de Stokholm après sa libération, en faisait une candidate idéale pour ce prix. Mais le collectif Agir avec Ingrid devait le savoir, puisque son porte-parole Hervé Marro avait déjà rédigé et soumis aux journaux un communiqué disant (selon Libé):

«En attribuant le Prix Nobel de la Paix à Ingrid Betancourt, le Comité Nobel a décidé d’adresser un message fort aux preneurs d’otages et aux terroristes qui jouent impunément avec la liberté de tout être humain.»

Il faudrait sans doute conseiller au prévoyant monsieur Marro de garder pour lui le communiqué qu'il a déjà dû rédiger pour saluer le "message fort" que va constituer la canonisation de notre Ingrid par Benoît XVI ou son successeur. Il a largement le temps. Comme on dit dans les cantines débordées: Il y aura un peu de délai...

Apparition de la future Sainte Ingrid à un petit berger allemand


Ensuite, ça devait devenir vraiment culturel, et je voulais vous parler de tous les écrivains qui étaient dans la liste des nobélisables cette année... et toussa, et toussa... mais je fus interrompu par l'arrivée d'alertes de Flo Py et de Dorémi (autant saluer les messagères...) qui m'apprenaient la levée de la menace d'extradition pesant sur Marina Petrella.

Le Figaro 3 juillet 2008
(Photo-jeu: Où est Marina?
sur le site Parole Donnée)


Marina Petrella ne risque pas la canonisation. Dieu merci, comme on dit...

Tout ce que je souhaite, pour Hamed, pour Elisa, pour Emma, pour tou(te)s ses ami(e)s, c'est que Marina puisse revenir parmi eux, libre d'être vivante.

Ce jour-là, monsieur Sarkozy, qui a disposé de cette liberté, aura droit à un tout petit "merci" de ma part...

D'ici-là, disons que je méditerai dans mon coin sur la figure historico-littéraire de Ponce-Pilate. C'est un thème assez riche...


PS: Communiqué de presse des collectifs de soutien à Marina Petrella

Nous apprenons avec joie et un grand soulagement la décision annoncée par le Président de la République française de renoncer à l'extradition de Marina Petrella en application de la clause humanitaire.

Cette juste décision permettra à Marina de retrouver sa famille, se soigner et,
nous l'espérons, de reprendre le chemin d'une vie engagée en France depuis plus de 15 ans.

Nous remercions toutes celles et ceux que se sont engagés depuis le mois d'août
2007 et qui ont permis ce dénouement de la raison et du coeur.

Nous n'oublions pas la situation des autres réfugiés italiens en France. Cet
espoir d'une vie retrouvée pour Marina doit indiquer la voie d'une solution politique qui reconnaisse définitivement leur présence en France.

Nous invitons toutes celles et ceux qui ont accompagné notre combat de nous
retrouver pour un rassemblement de solidarité le 16 octobre à Beaubourg à 18h30.

Dernier ajout:

On aimerait ne plus avoir à se demander jusqu'où descendra le quotidien Libération pour vendre sa soupe médiatique.

Vous trouverez la dernière obscénité de Libé dans cette exclusivité, signée de Paul Quinio, selon laquelle l'épouse de "mon-mari", première dame de France, aurait annoncé, accompagnée de sa sœur, la nouvelle à Marina Petrella, dès mercredi soir...

Le rendez-vous aurait duré une demi-heure. «A la fin de notre entrevue, je lui ai demandé d’essayer de se réalimenter, au moins d’essayer de recommencer à boire», raconte Carla Bruni-Sarkozy, (...)

Je suppose que comme n'importe quelle dinde visitant un(e) malade, Carla a beaucoup souri, parlé très fort et est partie en hurlant "Taisez-vous, vous nous enterrerez tous!"

Marina Petrella libre de vivre ici

Rien à dire.

Seulement copicoller ceci:

PARIS (AFP) — L'ex-membre des Brigades rouges Marina Petrella ne sera pas extradée vers l'Italie, le président Nicolas Sarkozy ayant décidé de ne pas appliquer le décret autorisant son extradition pour des "raisons humanitaires", a déclaré dimanche son avocate, Me Irène Terrel, confirmant une information du JDD.

L'Etat français "a compris qu'on ne pouvait pas donner suite à cette extradition", a dit Me Terrel, qui s'est félicitée d'une décision "humaine, nécessaire et légitime".

Cette décision, "guidée par la raison et par le cœur", a été "notifiée samedi à Marina Petrella à l'hôpital", a ajouté l'avocate, qui l'a jugée également importante "symboliquement pour la France" où "l'humanitaire reste une valeur forte".

(...)

En apprenant la décision, Marina Petrella "a beaucoup pleuré. Mais elle n'est pas en état" d'être soulagée, a poursuivi Me Terrel, qui s'est dit "soulagée à sa place". "Les médecins sont réservés" sur sa guérison et "j'espère qu'elle parviendra à se reconstruire", a-t-elle ajouté.

Cette décision intervient alors que le Conseil d'Etat devait examiner mercredi un recours déposé par Mme Petrella contre le décret autorisant son extradition. "On se désiste de ce recours, qui n'a plus d'objet", a précisé Me Irène Terrel.


Je vous embrasse tous.

samedi 11 octobre 2008

Sans parachute doré



Il s'agit sans doute d'une information mineure.

Elle se trouve dans un article du Quotidien des Sans-papiers, et sur les sites qui l'ont repris.

J'ai vainement tenté de faire des recoupements avec les journaux en ligne, ils sont muets. Seule une dépêche AFP, datée du 1er octobre, rapporte l'événement.

Elvis Akpa, Nigérian de 47 ans, est mort en tombant de la fenêtre de son appartement, situé au 7ième étage, 97 boulevard de la Villette, à Paris.

Sauter du 7ième étage, c'est risqué...

... sans équipement.

Selon la dépêche de l'AFP, Elvis Akpa est tombé au moment même où des policiers venaient l'interpeller.

On précise que les policiers "de la PJ de Meaux agissaient sur commission rogatoire d'un juge d'instruction de Meaux, dans le cadre d'une information judiciaire ouverte en avril 2007 sur un trafic de stupéfiants de dimension internationale". Elvis Akpa était "soupçonné de trafic de stupéfiant et d'association de malfaiteurs".

On précise aussi que "l'inspection générale de la police nationale (IGPN) a été chargée de l'enquête (...) et devra déterminer les circonstances dans lesquelles l'homme est tombé par la fenêtre et s'il s'agissait bien de la personne que les policiers venaient interpeller".

Enfin, on peut lire que notre "Nigérian de 47 ans" était "probablement en situation irrégulière".

Je vous le disait bien: il s'agit sans doute d'une information mineure...

Direction boulevard de la Villette

Aucun petit reporter n'a quitté précipitamment les locaux de sa rédaction pour recueillir d'autres informations. Sauf l'auteur anonyme de l'article du Quotidien des Sans-Papiers "Silence on tombe" qui peut préciser que "Elvis Akpa était bien sans-papiers, et sous le coup d’une “Obligation à quitter le territoire français” depuis 2007."

Extrait de cet article:

Nous avons cherché à connaître les circonstances de la mort brutale d’Elvis Akpa en allant interroger sa veuve, Huguette Ahouavoeke, la mère de ses quatre enfants.

Nous avons ainsi rencontré madame Ahouavoeke – et sa sœur Estelle – dans son appartement. La première est en état de choc, et toutes deux sont révoltées par la façon dont la police est intervenue ce matin du 1er octobre.

Madame Ahouavoeke nous a donné le récit de cette intervention : tôt le matin (à 6h45, semble-t-il) le couple a entendu des coups à la porte, et l’ordre d’ouvrir. A suivi un moment de confusion dans l’appartement :

« J’entendais tellement de bruit, que j’ai eu peur ! Mon mari m’a dit : “N’ouvre pas, c’est sûrement pour les papiers !” ». « Je ne veux pas t’abandonner une deuxième fois. Je ne veux pas y retourner », a-t-il ajouté avant de se réfugier dans la chambre des enfants au fond de l’appartement, avec ceux-ci. Et c’est par le balcon de cette chambre qu’Elvis Akpa a essayé de s’échapper…

Madame Ahouavoeke, entendant les policiers défoncer la porte, a fini par leur ouvrir, son bébé de deux mois dans les bras :

« J’ouvre, ils m’ont dit : “Connasse ! Où est le monsieur qui vit avec vous, c’est votre mari, il est où ?” J’ai demandé ce qu’ils voulaient, ils avaient leurs bâtons noirs. Ils ont commencé à chercher, puis ont reçu un coup de fil et m’ont dit : “Votre mec il s’est cassé la gueule à cause de vous, il fallait ouvrir vite fait la porte !” Je ne savais pas quoi faire, ils m’ont ordonné de ne pas bouger, ils sont allés chercher les enfants, leur ont dit de ne pas bouger. J’avais le bébé dans les bras. Je demandais ce qu’il se passait, je pleurais, personne ne me disait rien. Ils m’ont dit “C’est ça ! Faîtes votre innocente !” Ils sont descendus, ils sont revenus, ils ont fouillé la maison, ils ont pris des affaires, je ne sais même pas quoi. Ils ont mis mes affaires par terre, ont demandé où était le portable, j’ai dit que je ne savais pas, ils m’ont dit “C’est ça, ça ne se passsera pas comme ça !”. Ils m’ont mise par terre devant mes enfants, et ils m’ont fouillée ».

Les policiers n’ont trouvé ni drogue ni argent dans l’appartement. Avant de partir, ils rédigent un rapport qu’Huguette Ahouavoeke refuse de signer. « Puis, ils sont partis. Ensuite, les pompiers ou les gens du Samu sont venus me voir. Ils ont dit qu’ils n’avaient rien pu faire pour sauver mon mari. »

Pendant tout le temps qu’a duré cette perquisition, Huguette Ahouavoeke n’a pu à aucun moment quitter l’appartement pour aller voir le corps de son mari. Sa sœur, prévenue par téléphone et présente sur les lieux dès 7h45, n’a pas eu l’autorisation de monter la voir. Les enfants, présents dans la chambre lorsque leur père est tombé, ont assisté aux événements. Les deux aînés, 11 et 7 ans, ont été interrogés par la police dans une pièce à part, une heure chacun, séparément, sans aucun témoin – ni leur mère, ni aucun psychologue ou médecin. Depuis, les enfants se cachent dès que quelqu’un frappe à la porte, craignant un retour de la police et suppliant la mère de ne pas ouvrir.

Toujours pendant la perquisition, avant la levée du corps, les policiers de l’IGPN sont arrivés sur place. Ils ont interrogé Huguette Ahouavoeke à nouveau, ainsi que sa sœur, et les voisins.

Avant de partir, des policiers lui ont donné le téléphone de la PJ de Meaux au cas où elle désirerait des informations complémentaires. Depuis, celle-ci a appellé à plusieurs reprises mais n’a jamais pu obtenir d’explications :

« On ne veut pas m’éclairer. Quand j’appelle ils me font balader. Jusqu’à aujourd’hui je ne sais pas ce qu’ils lui reprochaient. C’est par le journal que j’ai su qu’il recherchaient un trafiquant de drogue ».

C’est le lendemain, jeudi, que Huguette Ahouavoeke était enfin autorisée à se rendre à la morgue pour voir le corps de son mari. Celui-ci ayant subi une autopsie le matin même, à la demande de la police et pour une raison qu’elle ignore, elle n’aura pu voir que son visage.

J'espère que vous irez lire en totalité l'article du Quotidien des Sans-Papiers, mais je voudrais encore en extraire, pour les toujours-pressés, cette "petite histoire":

Un événement étrange survient le lundi matin.

Ce jour-là, Huguette Ahouavoeke se rend à la mairie du Xe arrondissement pour y chercher l’acte de décès de son mari. Le document remis par la fonctionnaire de mairie qui a établi le certificat de décès contient deux aberrations manifestes, l’ignorance de la date du décès et le lieu où se trouvait le corps : « Nous avons établi le décès de Iheanacho, Elvis Akpa, (…) dont la date n’a pu être établie (…). Le corps a été trouvé en son domicile (…). Dressé sur la déclaration de Philippe Guilbert, commandant de police du 8e arrondissement (…) qui, lecture faite et invité à lire l’acte, a signé avec nous (…) ».

Je lis cela (et la relation des "explications" obtenues par Huguette Ahouavoeke...) en fronçant des sourcils dubitatifs.

Il y a peut-être un soupçon qui pourrait passer pour injurieux dans mon regard... je ne sais pas.

Mais pourquoi donc la police s'est-elle arrangée pour que cette affaire soit si peu limpide ?



En attendant, le Quotidien des Sans-Papiers lance un appel à solidarité pour Huguette Ahouavoeke.

vendredi 10 octobre 2008

Des simulacres de jeux en prison



Quand, après le décès par pendaison d'un gamin de seize ans, une Garde des Sceaux en visite met en avant l'évolution des statistiques dont elle aimerait se vanter, on peut se demander dans quel monde vit cette adulte responsable.

Pas le mien, assurément.

Où suis-je ?

Une phrase, ou plutôt une expression, saisie au vol et au volant de ma quatrelle de compétition, hier midi, avait attiré mon attention flottante (je dors souvent en conduisant).

Peu reprise par les commentaires, je l'ai retrouvée sur le montage vidéo d'infos télé que donne LePost.fr.

"Il y a des simulacres de suicides, c'est comme ça que les médecins (les) ont qualifiés tout à l'heure."

Simulacre ?

Vraiment ?

Seulement voilà, après les déclarations de Jean-François Krill, délégué de l'Union fédérale autonome pénitentiaire (UFAP) à la maison d'arrêt de Metz-Queuleu, présentant le suicide réel de Nabil L. comme un jeu poussé un peu trop loin ("Il a été encouragé par la coursive et ça a mal tourné"), on trouve que cela fait un peu beaucoup...

Je ne mets pas en doute la parole de madame Dati: un médecin psychiatre peut utiliser la notion de simulacre pour décrire certains mouvements psychiques et certains actes consécutifs... y compris le suicide. Et il n'est pas toujours aisé de saisir où veut en venir un médecin psychiatre.

Réveillé dans ma quatrelle, j'ai erré d'une station de radio à l'autre au gré d'un errdéhesse défaillant, et j'ai entendu un certain nombres d'experts consultés faire des variations autour du suicide des adolescents, parlant doctement de "mise en jeu", "prise de risques", etc... etc...

J'ai même entendu l'un d'entre eux parler de "grande souffrance", mais c'était juste à la fin de son intervention... Je crois que cet expert radioproclamé avait un jour rencontré des patients réels.

Comme madame Dati, tous les autres déployaient leurs bavardages au dessus d'un cadavre réel comme s'il n'avait été qu'un simulacre.

Ceci est un simulacre.
Trompe l'œil au Moulin de Fourges,
près de chez moi.
Photo d'Ariane.


Vivre dans le monde des simulacres, c'est vrai, ça ne doit pas aider à comprendre la souffrance d'un adolescent flanqué en prison...



PS: Avant de voir apparaître la grille d'évaluation des risques suicidaires promise par madame Dati lors de sa visite à Metz-Queuleu, nous pouvons tester en direct la grille d'interprétation syndicale. Après une nouvelle tentative de suicide d'un mineur de seize ans à la prison de Strasbourg-Elsau, on peut lire (LePoint.fr):

Selon Rémi Pierron, secrétaire général adjoint de l'Ufap d'Alsace-Lorraine, le transfert de l'adolescent, considéré comme un perturbateur à Metz, n'était pas forcément consécutif à la mort du premier à la prison de Metz-Queuleu lundi. Le syndicaliste a cependant ajouté que les deux jeunes "ne pouvaient pas ne pas se connaître" du fait que le quartier spécial pour mineurs compte un maximum de 15 jeunes. Selon Rémi Pierron, qui rappelle que la loi impose un encellulement individuel pour les moins de 21 ans, "il faisait partie de ces jeunes qui pratiquent ce jeu des pendaisons dans le but d'obtenir quelque chose, comme par exemple une cellule à deux". "On voit que leur propre vie n'a pas d'importance (...), il s'agit pour eux de défier l'adulte en nous bousculant dans nos règles de fonctionnement."

jeudi 9 octobre 2008

Un peu de logique primitive

Vous n'êtes pas sans savoir, et peut-être n'ignorez-vous pas, que pour la logique classique une double négation équivaut à une affirmation. Dans la sphère mouvante du langage, il devrait en aller de même, et c'est suffisamment admis pour que l'on puisse s'amuser à relever, dans les ennuyeux discours des orateurs qui savent tout, des "vous n'êtes pas sans ignorer" qui marquent assez bien, façon lapsus, leur mépris caché pour leur auditoire.

On peut penser que la même logique règne dans le domaine de la réglementation, du droit, de la loi, et de leurs applications.

Les livres de chevet de madame Dati.

Madame Corinne Lepage semble en être convaincue: selon elle, tant qu'un décret n'annule pas un décret annulant les libertés, les libertés ne sont pas restaurées...

Logique, non?

Le 19/09/2008, elle a signé, pour son mouvement CAP21, un communiqué de presse qui souligne ceci:

(...) dans l’attente des nouveaux textes, le décret Edvige reste applicable puisque le gouvernement refuse de le retirer. Il faut donc craindre qu’il ne soit effectivement appliqué, c’est-à-dire que les fichiers soient au moins en partie mis en place , ce qui laissera évidemment planer un large doute sur leur destruction effective une fois les textes changés. Il est difficile de contrôler des fichiers qui sont censés ne pas exister….

Pour cette raison, CAP21 demande le retrait immédiat d’Edvige en attendant la publication des nouveaux décrets.

CAP21, ainsi que les associations Centr'Egaux et Aujourd'hui Autrement se sont pourvus devant le Conseil d'Etat pour demander la suspension du décret, daté du 27 juin, créant le fichier Edvige. On peut lire le texte du référé sur le blogue de Corinne Lepage.

Ce texte, parfois rédigé en une exquise langue de clerc de notaire, va jusqu'à laisser entendre ceci:

Il va de soi que dans l’hypothèse où le Gouvernement s’opposerait à la demande de suspension, il avouerait alors vouloir appliquer le décret EDVIGE dans l’attente de l’intervention du nouveau texte permettant ainsi de créer un fichier dont l’objectif avoué serait de rester totalement secret, inexistant sur le plan juridique parfaitement réel sur le plan des faits.

Une telle duplicité ne serait pas acceptable.


Par ailleurs, il semble que les modifications apportées à l'infâme Edvige, devenue l'imprononçable Edvirsp, conviennent à ces mouvements et associations et qu'ils ne voient pas à quel point le nouveau fichier se permettra, au cas où, et par exception pas exceptionnelle du tout, les mêmes atteintes aux libertés que l'ancien.

Alors nos chemins se séparent là. Bonne chance, les amis, et merci d'être venus!

Une réponse est arrivée en provenance du ministère de l'Intérieur, qui se garde bien de faire la clarté sur la question de fond qui transparait dans la prose de CAP21: le décret est-il appliqué et le fichier est-il en train de s'étoffer en toute légalité ?

On nous dit (selon LeFigaro.fr):

Un décret de retrait du fichier de police controversé "Edvige" a été transmis en septembre à la Commission nationale informatique et liberté (Cnil) "pour information", avant d'aller devant le Conseil d'Etat, a annoncé le ministère de l'Intérieur.

(...)

Lorsque la Cnil aura rendu son avis sur le décret du nouveau fichier, "vraisemblablement en novembre prochain", a-t-on estimé de même source, les deux décrets "seront adressés au Conseil d'Etat".

Voilà de quoi rassurer les angoisseux qui croient que le gouvernement joue la montre...

Photo de fredpanassac sur Flickr.


Dans le cas de Marina Petrella, il manque également un décret annulant un autre décret... qui refusait à une femme la liberté d'être ici. Or cette liberté d'être ici, c'était sa vie.

Et dans ce cas, on manque de mots pour qualifier un pouvoir qui jouerait la montre...

Voici ce qu'écrit Gérard Amate, dans son blogue "palindromes", sous le titre "Les Deux Filles de Marina Petrella", après une rencontre avec Elisa, "une petite parisienne bien sympathique qui est née en taule, et y a passé son enfance":

Marina ne va pas mieux.
Elle ne peut plus se lever.
Elle perd encore du poids, très lentement.
Son foie se nécrose.
Elle ne voit plus du tout ses filles, ni personne de ceux qu'elle aime.
Elle ne veut plus.

Les médecins demandent qu'on abroge son décret d'extradition, pour la faire réagir.
Car il est probable, en effet, qu'on ne l'extradera jamais.
Sarkozy lui-même, gêné par cette affaire, a demandé au président italien de gracier Marina.
Ce qui arrangerait bien tout le monde, et surtout lui.
Mais le président italien n'avait aucune envie de se mouiller pour les beaux yeux de Nicolas.
Il ne lui a pas répondu grand chose.
Il préfère lui laisser l'intégralité de ses responsabilités dans cette affaire.

Et tandis que le prèz se demande quel effet ça ferait sur sa cote d'amour, si l'on annulait maintenant le décret d'extradition de Marina,
celle-ci meurt.
Petit à petit.

J'aimerais être persuadé qu'il se le demande...

mercredi 8 octobre 2008

A la mémoire de Marcella "Sally" Grace

Boomp3.com

Depuis ma lecture matinale du billet de Porteporte "Il n'y a plus de fous" (dont j'ai repris la chanson de Paco Ibanes), je n'ai rien pu écrire qui convienne.

Alors je vous laisse lire La Clenche, et je complète par un témoignage, dont j'ai un peu retouché la traduction.

Hasta Siempre Sally Grace



Dans mes souvenirs, Sally Grace m’apparaît telle qu’on peut la voir sur la photographie publiée par ses amis avec le communiqué dénonçant qu’elle a été violée et assassinée : riant et souriant, un appareil photo à la main.

Sally m’a dit qu’elle était une sorte de nomade dont les liens les plus forts étaient en Arizona. Quand elle est arrivée à Oaxaca l’été 2007 pour aider les organisations locales en lutte contre le gouverneur Ulises Ruiz Ortiz, elle a publié ses photos, ses informations et traductions du Conseil Indigène Populaire de Oaxaca - Ricardo Flores Magon (CIPO-RFM) et de la APPO dans Indymedia Arizona. Quand elle est retournée en Arizona en Mars, elle a organisé des collectes de fonds ainsi que des réunions où elle montrait des photos et des vidéos des rues de Oaxaca et elle vendait des tissus artisanaux faits par les femmes du CIPO.

Les amis de Sally au sein du CIPO-RFM, Encuentro de Mujeres Oaxaqueñas “CompartiendoVoces de Esperanza”( Rassemblement des femmes d’Oaxaca "partageant les voix de l’espoir", Colectivo Mujer Nueva (Collectif Femme Nouvelle), Voces Oaxaqueñas Construyendo Autonomía y Libertad (Voix d’Oaxaca construisant l’autonomie et la liberté), Colectivo Tod@s Somos Pres@s ( Collectif "nous sommes tou(te)s des prisonnièr(e)s) et Encuentro de Jóvenes en el Movimiento Social Oaxaqueño (rassemblement des jeunes du mouvement social de Oaxaca), tous disent qu’elle rendait service là où il le fallait, que ce soit en peignant une banderole ou un mur, en exécutant des danses orientales, en organisant des concerts punk pour récolter des fonds pour les organisations qu’elle supportait, en donnant des cours d’autodéfense aux femmes ou en traduisant et enseignant l’anglais. Elle a aussi servi d’observateur international des droits de l’homme en accompagnant les activistes qui se sentaient menacés par le gouvernement ou les paramilitaires de Oaxaca.

Tout récemment, Sally a accompagné les parents d’un témoin dans le cas de l’assassinat du journaliste d’Indymedia Brad Will. Elle vivait chez eux et les accompagnait dans leurs activités quotidiennes. Cependant un membre de la famille décida que la situation devenait dangereuse aussi pour la vie de Sally. Par exemple, les mystérieuses personnes qui suivaient la famille ne les laissaient jamais tranquilles, même si Sally les accompagnait. Cette femme incita alors Sally à s’en aller vivre chez des amis qui n’étaient pas mêlés au mouvement.

***

Sally et moi nous nous sommes connus à Oaxaca au cours des manifestations et des commémorations qui marquèrent l’anniversaire de l’assassinat de Brad Will en novembre 2007. Nous nous levâmes de bonne heure le jour du rassemblement qui se proposait de rétablir les barricades à l’endroit où les agents du gouvernement avaient tiré mortellement sur Brad. Quelqu’un est allé inspecter le lieu du rassemblement et en est revenu blême. "Il y a la police. Ils sont masqués et attrapent tous ceux qui se présentent. Nous ne pouvons pas y aller." Nous sommes donc restées cachées là où nous étions et Sally et moi avons discuté: qui étions-nous et que faisions-nous. Elle parla du quartier où elle vivait; elle dit qu’il était dangereux parce qu’il grouillait de membres du PRI qui sont les supporters du gouverneur répudié Ulises Ruiz Oritz.

Quelques heures après, Sally partit avec d’autres compañeros et compañeras pour participer à une grande marche, convoquée par le syndicat des instituteurs de la Section 22 et d’autres membres de la APPO, et pour prendre des photos. Quant à moi je ne suis pas allée avec eux alléguant que j’avais du travail à faire "dans les coulisses"; Sally revint quelques heures après et s’est attelée à envoyer les photos qu’elle avait prises lors de la marche sur Indymédia Arizona et son album Flickr. Elle y travailla toute la nuit tandis que nous dormions.

Nous sommes restés terrés dans cet endroit quelques jours. Quand nous décidâmes, moi et un ami, que la situation dans la rue s’était suffisamment calmée, nous décidâmes de nous aventurer dehors pour faire des courses dans le centre et trouver un autre endroit pour se réfugier. Sachant que les tatouages, les vêtements sombres et toute autre chose "suspectes" suffiraient pour nous faire arrêter, nous empruntâmes des vêtements légers pour couvrir nos tatouages et firent nos adieux à Sally et aux autres compañeros. Ensuite, nous sortîmes, mon ami et moi, dans la rue pour la première fois depuis des jours.

Une fois arrivés au centre, nous nous dirigeâmes vers le marché. Je ne sais pas exactement à quel moment une camionnette pleine de policiers municipaux commença à nous suivre mais ils montrèrent leur présence assez rapidement. Deux flics sautèrent de l’arrière de la camionnette, et en communiquant par des sifflements et des signes de la main, ils coururent vers nous. L’un d’entre eux se campa devant nous et sans rien dire pointa son arme automatique contre nos visages.

Je saisis la main de mon compagnon et bien qu’il ne parlât pas un mot d’anglais, je me mis à lui parler en anglais: "What’s going on ? What do they want ?" (Qu’est ce qui se passe ? Qu’est ce qu’ils veulent ?)

"Tranquila, tranquila", répondit-il. Garde ton calme. N’ai pas peur. Ils veulent voir s’ils te font la trouille.

Le policier maintint son arme à la hauteur de nos têtes, pointant d’abord le visage de mon ami, puis le mien, et ainsi de suite. "Que se passe-t-il ?" ai-je demandé en anglais.

Les collègues du policier le sifflèrent. Il siffla en retour. Puis il baissa son arme et s’enfuit, disparaissant au coin d’une rue. La camionnette pleine de policiers disparut aussi. Nous poursuivîmes notre chemin vers le marché comme si de rien était.

Je savais qu’être reporter au Mexique comportait des risques. Le Mexique est, après tout, le pays le plus dangereux dans l’hémisphère nord pour un journaliste et, dans le monde, il vient en seconde position, juste après l’Irak.

Ceci a été mis en évidence quand je travaillais dans le Sonora fin octobre 2006. Je couvrais la célébration de la fête des morts avec le Subcomandante Marcos quand tous les portables se mirent à sonner. Ceux qui répondirent reçurent la mauvaise nouvelle : ils avaient assassiné un reporter gringo d’Indymedia à Oaxaca. Son nom était Brad Will.

***

Le corps violé et en voie de décomposition de Sally fut trouvé dans une cabane à 20 minutes de San José del Pacifico. Un des voisins remarqua l’odeur et appela la police.

D’après l’amie qui identifia le corps, le visage de Sally était méconnaissable : elle était noire comme si on l’avait brûlée et tous ses cheveux avaient disparus comme si on les lui avait arrachés. Mais Julieta Cruz reconnut les tatouages de Sally.

L’assassinat de Sally aurait pu passer pour un cas de plus de violence sexuelle, sans relation aucune avec son travail politique mené avec plusieurs des organisation les plus persécutées dans l'état de Oaxaca. Mais, à Oaxaca, les amis de Sally savent que quelqu’un la suivait à cause de son travail pour les droits de l’homme et à cause de ses liens avec le CIPO et d’autres organisations pour qui la violence politique est quotidienne.

Si les amis de Sally ne peuvent affirmer avec certitude que son assassinat a des motifs politiques, ils sont sûrs que le gouvernement ne fait pas le nécessaire pour obtenir justice dans son cas. La police et le tribunal de l’état agissent très lentement et n’interrogent pas les témoins clefs qui ont vu Sally avant qu’elle ne soit assassinée et qui pourraient identifier la personne avec qui elle était. Les organisations qui connaissaient Sally ont protesté contre ce manque d’actions le 25 septembre, d’abord devant le consulat des EU à Oaxaca et ensuite au tribunal de l’état. Un porte-parole du CIPO dit que le CIPO n’a simplement pas les moyens d’enquêter sur ce cas et que le gouvernement ne veut pas livrer d’information à ceux qui ne sont pas membres de la famille de Sally. C’est pourquoi il doit faire pression sur le gouvernement pour qu’il fasse son travail et enquête sur le meurtre de Sally Grace.

***

Sally n’était absolument pas une figure centrale de l’activisme oaxaquénien ; ce n’était pas un organisateur. Au contraire elle faisait la seule chose que pouvait faire un activiste étranger: elle rendait service ici ou là comme elle pouvait. Grâce à ses traductions et ses reportages, elle maintenait la communication entre les EU et Oaxaca. Bien après que l’attention et l’indignation pour Oaxaca soient retombées dans le monde, Sally resta et accompagna les activistes dont la sécurité n’importait plus à la communauté internationale. Elle ne les protégeait pas ni s’engageait: elle observait et écoutait simplement.

Alors pourquoi quelqu’un prendrait-il la peine de suivre quelqu’un comme Sally et de l’assassiner brutalement ?

Mon amie Sœur Dianna Ortiz a été enlevée et a été torturée au Guatemala en 1989. Sœur Dianna enseignait l’espagnol à des enfants indigènes, ce qui ne constitue guère une entreprise révolutionnaire ni rebelle. Cela faisait peu de temps qu’elle était au Guatemala avant qu’elle ne disparaisse. Mais ils l’avaient choisie.

Des années après, dans ses mémoires, Sœur Dianna signale que la torture et la violence politique ne visent pas uniquement les individus qui en souffrent physiquement.Torture et violence politique visent à terroriser toute la population. Quand ses agresseurs enlevèrent Sœur Dianna (qui était probablement une des personnes les moins importantes et influentes de sa mission et qui n’avait aucun lien avec la résistance), il envoyèrent un message à tous : personne n’est à l’abri.

S’ils avaient enlevé un prêtre, un évêque, un responsable ou un rebelle, tous auraient pu l’expliquer : "oui, c’était un rebelle et elle c’était une responsable. Moi je ne suis ni l’un ni l’autre. Je suis à l’abri".

Mais quand ils enlèvent quelqu’un qui travaille à la périphérie, comme Sœur Dianna ou Sally, ils réussissent à terroriser tout le monde : étrangers, nationaux, chefs, pauvres, voisins, activistes, punks, journalistes, femmes… Personne n’est à l’abri.

***

Brad Will est mort en martyr. Il est mort en faisant son travail. Il est mort dans la rue pendant un soulèvement. Il a filmé son propre assassinat. Il est mort entouré de compañeros et de témoins. Malgré cela et d’autres preuves accablantes, le gouvernement mexicain essaie de trouver de bonnes excuses à son assassinat. Comme si utiliser son assassinat comme justification d'une invasion policière dans la ville de Oaxaca ne suffisait pas, le jour où on trouva le corps de Sally, le gouvernement annonça qu’une fois de plus il allait signer des mandats d’arrêt contre les membres de l’APPO et contre ses collaborateurs, en relation avec l’assassinat de Brad Will.

Sally, par ailleurs, est morte de la pire manière : dans l'épouvante, la souffrance et la solitude. Il n’y a pas de preuves photographiques ni vidéo. Il n’y avait pas de soulèvement fournissant un motif évident à son assassinat. Au contraire, son assassinat laisse ouverte la question de savoir si c’était pour des raisons politiques ou si c’était un acte de violence sexuelle marginal. Ceci aurait pu être intentionnel de la part du ou des criminels pour cacher leurs vrais objectifs.

***

Peu après avoir publié mon article dénonçant l’identité des prestataires privés qui dirigeaient les formations à la torture destinées aux policiers de Leon, Guanajuato, ils se mirent à me filer. Cela m’est arrivé deux fois au moins : la première fois, j’étais avec un ami et la personne en voiture est partie au bout de quelques rues.

La seconde fois, j’étais seule. Une camionnette grise a commencé à me suivre très lentement, restant à la même distance derrière moi. Je me suis arrêtée et lui ai demandé ce qu’il voulait. Il n’a pas répondu. Il n’a fait que de me regarder. J’ai poursuivi mon chemin.

Après un moment qui m’a semblé une éternité, je me suis arrêtée une deuxième fois. "Que voulez-vous?" me suis-je écriée en espagnol. Il a descendu un peu sa vitre. "Dites-moi ce que vous voulez ou fichez moi la paix!". Il ne faisait que de me regarder. "QU’EST CE QUE VOUS VOULEZ ?" Il me regardait.

Je suis partie. Il continuait à me suivre. J’ai demandé de l’aide. Mon ami est sorti dans la rue. La camionnette grise est partie.

Je ne l’ai jamais rapporté car je ne sais pas encore les raisons qui étaient derrière cette affaire : si c’était politique ou si il s’agissait d’un pervers. C’est ce qui se passe quand on est une femme et une activiste sociale. Nous souffrons la violence en tant qu’activiste et nous souffrons la violence en tant que femme. La violence est presque toujours liée à quelque chose. Cependant la violence politique peut être utilisée pour masquer la violence sexuelle et la violence sexuelle peut être utilisée pour masquer la violence politique.

mardi 7 octobre 2008

Pas de crise pour l'Identité Nationale



Même un sourd aussi sourd que moi peut entendre le vacarme épouvantable que fait la grande éolienne libérale à produire des richesses, qui devait s'orienter au gré du Marché, comme guidée "par une main invisible", et qui semble un peu s'affoler.

Eolienne champenoise endimanchée.

Puisque la sagesse populaire se reproche parfois, dans un sursaut de lucidité, de ne s'intéresser qu'aux trains qui arrivent en retard ou qui déraillent, je vais tenter de faire un effort d'objectivité teintée d'optimisme en parlant d'une machine qui fonctionne très très bien.

C'est la machine à broyer des vies de monsieur Hortefeux. Une vraie petite entreprise qui ne connait pas la crise, qui fait preuve d'un dynamisme bien réjouissant en cette période de morosité (voire de panique) et dont vous pouvez admirer les produits dans ces pages (où l'on ne mégote pas pour leur faire de la pub gratis) ou dans les pages du site de RESF.

Pour le début de l'année 2008, les résultats sont excellents et seule la légendaire modestie de monsieur Hortefeux explique que Libération, le journal des gagneurs, n'en ait pas fait un numéro spécial, lui confiant la rédaction en chef d'un jour...

Enfin, je dis ça, ils l'ont peut-être fait: ils sont capables de tout...

Vous vous souvenez que le modeste objectif du ministère de l'Identité Nationale (excusez, j'abrège) était fixé pour l'année 2008 à 26000 reconduites à la frontière (c'est le produit générique de l'entreprise). Or, au 30 juin 2008, nous en sommes à 17210.

Champagne!

N'importe quel polytechnicien abruti vous fera une règle de trois. Comme vous n'êtes ni l'un(e) ni l'autre, vous multipliez par deux et vous obtenez un dépassement des prévisions d'environ 8000 unités.

C'est pas chez Renault qu'on obtient ça.

Une quatrelle, qui n'a rien compris, en bondit de joie

Par ailleurs, la vitalité de notre entreprise est bien marquée par sa volonté d'ouverture à la concurrence.

Non en ce qui concerne les expulsions elles-mêmes... De ce côté on observe un indéfectible et fort louable attachement au service public.

Mais en ce qui concerne la "mission pour l’information, en vue de l’exercice de leurs droits, des étrangers maintenus dans les centres de rétention administrative".

En fait, on comprend mieux si l'on dit qu'il s'agit de la mission que remplissait, jusqu'à présent, la Cimade. De manière "remarquable", mais sans doute un peu trop critique.

On sait que l'appel d'offre lancé par le ministère place la Cimade dans l'embarras, en décrétant obliquement une véritable "omerta sur les clandestins" pour reprendre le titre de l'article de madame Eva Joly, dans le Monde.

Une assemblée générale extraordinaire de la Cimade s'est tenue samedi dernier et été suivie du communiqué suivant:

La Cimade est déterminée à poursuivre son action de défense des étrangers placés en rétention, mais elle refuse le morcellement de la mission en lots éclatés attribués à des prestataires de service.

Réunie en Assemblée générale extraordinaire le samedi 4 octobre, la Cimade a réitéré sa volonté de poursuivre son action au service des migrants.

L'Assemblée générale a donné mandat au Conseil de rechercher avec des associations et organisations non gouvernementales, les conditions permettant la mise en œuvre d'une mission nationale cohérente assumée conjointement.

En conséquence, la Cimade demande au ministre de l'Immigration de modifier le dispositif prévu par le décret et l'appel d'offres publiés fin août.

Ce communiqué doit être complété par la lecture d'un court entretien de Laetitia Van Eeckhout avec Laurent Giovannoni, secrétaire général de la Cimade, qui précise les positions de l'association.

A supposer que votre opinion se démarque quelque peu de celle de monsieur Hortefeux (ce que je vous souhaite, en toute amitié), vous pouvez exprimer votre désaccord de manière minimale en signant la pétition

Les droits des étrangers
ne peuvent se réduire
à un marché!!!

que vous trouverez en cliquant sur la signature ci-dessous:

Exemple de signature toute simple

Tout en reconnaissant, chapeau bas, l'accroissement des activités de la petite entreprise de monsieur Hortefeux, on peut se demander sérieusement si ces activités sont bien créatrices de richesse.

C'est la question que soulève le très sérieux JBB, alias le Charançon Libéré, dans son billet "Quand la rationalité économique suffit à disqualifier la politique d'expulsion".

Comme son billet est parfait, je ne vois pas pourquoi je vous retarderais: allez le lire.


PS:

Puisque je dis du mal de JBB, j'en profite pour signaler que les gensses d'Article XI m'escagassent de plus en plus: voilà-t-il pas que, outre ses billets habituels qu'il faut lire avec attention, le Charançon nous balance un entretien avec Erri de Luca, tandis que ses compères dans l'aventure ne chôment pas non plus (par exemple, Lémi qui nous révèle la lettre de rupture de Jaurès avec Ségolène, s'entretient avec Eric Chevillard et rend hommage au bon vieux Bartleby).

Et je cite des exemples au hasard.

Ils en feraient un peu trop, que ça ne m'étonnerait pas...


lundi 6 octobre 2008

Raccourci à Sandouville



Comme tous les normands de Normandie et de Navarre, aujourd'hui, je suis content: le président est venu nous rendre visite.

Rien, absolument rien, en l'absence de toute campagne électorale imminente, ne l'obligeait à venir se promener à Sandouville, près du Havre, dans une future friche industrielle. Il y a beaucoup d'endroits dans le monde qui sont bien plus agréables à visiter, et où l'accueil est bien plus classieux.

Photo P. Rostain

Prenez par exemple New York, "New York, ses palaces, ses musées, et New York...", comme on l'écrit si joliment dans Paris-Match, pour introduire un mirifique reportage que je n'ai pas lu sur ce "wend-end amoureux avant l'ouragan financier" annoncé en couverture. La photo de Pascal Rostain est très réussie: avec ce jeu de jambes du couple présidentiel bien calé sur un marquage au sol, regards parallèles et sourires dirigés hors champ, on croirait que nos deux amoureux de comédie musicale vont se lancer dans un pas de deux aussi étourdissant que ceux que Gene Kelly faisait tout seul...

Paris Match a bien raison de préciser que cette escapade niouillorquaise eut lieu AVANT l'ouragan financier, comme cela on ne pourra pas le taxer de mauvais esprit. Chacun sait, et par conséquent tout le monde sait, que la crise financière a été une réelle surprise pour les décideurs politiques...

Vous passez un ouiquende en amoureux, et vous rentrez tranquillou...

Vous branchez France Info.

Paf, c'est la crise!

Tu l'as pas vue venir ?
Carlos Ghosn, pdg de Renault
© ARNE DEDERT/EPA/SIPA

Donc monsieur Sarkozy est venu chez nous. Monsieur Sarkozy est un homme politique bien dévoué, tous les habitants de Neuilly vous le diront. Il est venu réconforter les ouvriers de l'usine Renault de Sandouville qui ont le moral en berne après avoir appris qu'ils allaient devoir faire face à 1000 "départs volontaires" sur un site qui compte 3700 salariés.

Au programme de cette excursion, étaient prévues une visite des ateliers, au pas de course mais avec des photographes, et une allocution devant quatre centaines d'employés, pas trop remuants car choisis par la direction.

Le tout dans la plus grande cordialité compassionnelle.

Un grand moment d'émotion: les condoléances (AFP)

Peut-être avait-on prévu également un bain de foule...

Les CRS surveillants de bains étaient là (AFP)

Un malencontreux coup de téléphone a dû retenir monsieur Sarkozy à l'Elysée, car il est arrivé très en retard à Sandouville. Ou alors il n'a pas trouvé facilement le site, les routes sont très mal indiquées dans cette région. Ou alors il a dû faire dix fois le tour du pâté de maisons pour trouver une place gratuite, presque tout est payant dans ce coin-là.

Je vous l'avais dit: ce n'est pas vraiment une région pour le tourisme.

Il est arrivé tellement en retard qu'il n'a eu le temps que de discuter pendant plus d'une heure avec les représentants syndicaux du site et M. Ghosn, le pédégé de Renault, pendant une rencontre à huis-clos.

Un accueil festif était prévu (AFP)

Bien sûr, le président a choisi une excuse "diplomatique" à son retard et aux annulations consécutives des rencontres prévues. Il prend le prétexte d'une grève...

Dans la matinée, Nicolas Sarkozy avait renoncé à rencontrer les ouvriers de la chaîne de montage parce que, a-t-il dit, "il est difficile de rencontrer les salariés quand ils font grève", comme c'était le cas pour partie d'entre eux.

"Si j'étais venu sur les chaînes uniquement pour rencontrer ceux qui ne font pas grève, on m'aurait dit oui, vous choisissez la facilité, puisque vous ne rencontrez que ceux qui sont d'accord avec vous... En accord avec toutes les organisations syndicales, j'ai décidé de revenir un jour où ils ne seraient pas en grève", a ajouté M. Sarkozy. (Communiqué AFP)

L'excuse est élégante, certes.

Mais un peu tirée par les cheveux, dans un pays où l'on ne s'aperçoit plus quand il y a une grève.

dimanche 5 octobre 2008

L'imposture des mal-aimés



Je me suis longtemps demandé si, au journal Libération, on employait à plein temps un virtuose du calembour vaseux et de l'à peu près calamiteux pour fabriquer quotidiennement les fameux "titres à la Libé" (expression devenue synonyme de "titre à la con") qui permettent à ce célèbre quotidien de marquer une élégante distance postmoderne avec l'horreur de notre modernité.

Maintenant, je sais que, s'il y avait un tel salarié à Libération, il a été viré à l'arrivée de Didier Pourquery.

Prenez par exemple ceci:

On imagine un stand de foire. Entrez, Mesdames et Messieurs, voici réunis pour votre plaisir et votre édification deux vrais monstres que vous adorerez haïr ! Vous allez voir ici, sur la même estrade, le sartrien et le célinien, l’objection et l’abjection, le droit de l’hommiste et le nihiliste, le réseau et le zéro, le juif et celui qui comprend l’antisémitisme, le défouloir et le refouloir, le touriste du désastre et le touriste sexuel, le bel ami et le mal baisé…

Avouez que c'est autre chose que la prose laborieuse de Laurent Joffrin...

Avec un tel talent, monsieur Pourquery doit vous torcher tous les titres foireux sur un coin de table, après s'être envoyé un éditorial plein de verve.

Encore un scoupe signé Libé

Ce texte est justement un éditorial saluant l'événement culturel de première importance que constitue la sortie du livre co-écrit par les deux monstres de la littérature francomondiale que sont Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy.

Je suppose que Libé a cru faire une sorte de scoupe en parlant de ce livre dans son édition du mercredi, alors que le supplément livre, c'est le jeudi (et ici, c'est parfois le dimanche).

Mais peut-être n'est-ce pas un livre...

Claire Devarrieux se fend d'une critique qui n'est qu'un pénible exercice d'admiration ébahie: figurez-vous, je ne l'aurais pas cru, mais ils sont bons tous les deux, et puis si humains, et puis si différents et semblables en même temps, et puis ils ont tellement souffert de se sentir haïs... (traduction libre)

Il est vrai que la posture des deux ennemis publics en littérateurs mal aimés est ce qui domine. L'un se voudrait Céline, l'autre Sartre, mais ils ne sont que deux pauvres petites créatures toutes plates, des êtres de papier qui pondent du papier imprimé, comment veulent-ils qu'on les adule ?

Après tout, rien ne les empêche de faire de la vraie littérature...


Nos deux crétins ont, semble-t-il, fait ça par correspondance. C'est assez ringard. Pour le prochain couplage (voire le prochain accouplement) d'écrivains, Flammarion devrait envisager de faire vivre ses deux zozos dans un lieu aménagé pour cela, logés, nourris et blanchis, en ne les laissant sortir qu'après avoir fait un "livre".

Je suis sûr que Libé nous ferait vivre l'expérience minute par minute.



PS qui a peut-être à voir:

L'En-dehors a mis en ligne les archives d'un savoureux débat entre Pierre Vidal-Naquet et Bernard-Henri Lévy. Allez voir à quel point ce pauvre BHL a souffert... C'est à cette adresse.

samedi 4 octobre 2008

Réaction directe



Si je laissais s'exprimer en tout liberté le beauf qui est en moi, je pourrais dire, en reposant bruyamment mon blanc limé sur le comptoir, que c'est plus vite fait de remettre Jean-Marc Rouillan en prison à plein temps que de décider de ne pas extrader Marina Petrella.

Mais je sais bien que le sort de Marina Petrella ne sera décidé qu'en haut lieu, et qu'en haut lieu on est tellement occupé qu'on en arrive à annuler des discours... alors que le sort de Jean-Marc Rouillan peut être provisoirement réglé par un juge de l'application des peine...

Un beauf qui me met hors de moi

En milieu de semaine, les "Unes" de nos quotidiens se sont ornées de titres catégoriques et péremptoires: Jean-Marc Rouillan ne regrette rien.

A l'origine de cette révélation se trouve un entretien de JM Rouillan avec Gilles Rof, journaliste indépendant, publié dans Lexpress.fr, puis dans l'Express.

Cette nouvelle ne peut étonner que ceux qui s'attendaient à trouver un Jean-Marc Rouillan en autoflagellant repentant, battant sa coulpe, cendre sur la tête et proclamant bien fort: "j'ai changé".

Malgré une vingtaine d'années de prison, ponctuées de tentatives d'humiliation et de mises au pas qu'il a racontées par ailleurs, malgré une nourriture intellectuelle assez indigente, à base de télévision et autres médias anesthésiants, on n'a pas rendu le cerveau de Rouillan disponible au reniement total de ses convictions révolutionnaires.

Il était suffisant de lire ses chroniques de prison pour s'en apercevoir...

Cerveau de beauf motocycliste,
existe aussi en version intello-cycliste.

Le passage de l'entretien qui lui a valu un retour rapide en prison est la dernière réponse de cet échange:

Question: Etes-vous prêt encore à jouer votre liberté personnelle pour vos idées?

Mais je la joue actuellement. Avec cette interview... Je sais que je ne suis qu'en "semi-liberté". Et s'il y a une amélioration, ce sera une liberté sous condition. C'est-à-dire que je ne serai jamais plus un homme libre. On me l'a marqué sur un papier.

Dans Le Monde, Françoise Besse, la veuve de Georges Besse, a évoqué à votre propos un "honteux recrutement". Regrettez-vous les actes d'Action directe, notamment cet assassinat?

Je n'ai pas le droit de m'exprimer là-dessus... Mais le fait que je ne m'exprime pas est une réponse. Car il est évident que si je crachais sur tout ce qu'on avait fait, je pourrais m'exprimer. Mais par cette obligation de silence, on empêche aussi notre expérience de tirer son vrai bilan critique.

Réponse assumée,

Jean-Mars Rouillan n'a pas hésité: en ayant pleinement conscience des conséquences possibles, il assume sa réponse.

Le parquet non plus n'a pas hésité.

Il reste que la dernière phrase demeurera inentendue dans le battage qui va suivre: un vrai bilan critique de ce que fut ce moment de notre histoire ne sera pas possible avant longtemps.



PS: Parmi les petites choses amusantes que l'on peut relever dans la presse, ce petit encart pleurnichard dans Liberation.fr, assaisonné d'un joli coup de glotte déontologique:

Ce n’est pas qu’on veut se plaindre, mais on a l’air couillon : l’interview de Jean-Marc Rouillan, on l’avait aussi, à Libé, mais on s’est fait griller par L’Express, qui l’a balancé plus tôt, mercredi, sur son site. Bien joué ? Sans doute : tous les médias ne parlent, depuis, que de «l’interview de Rouillan à L’Express». Une interview que Libération a également eue et que nous avions envisagé de passer dès samedi dernier. Avant de la retarder. Car on avait rencontré le cofondateur d’Action directe à Marseille, comme L’Express. Et comme tout le monde était d’accord pour une parution de ses propos le même jour, soit hier, histoire de ne pas faire la chasse au scoop. Libé a respecté l’accord. Pas L’Express. C’est comme ça que se créent les fausses exclusivités, avec un côté un peu voyou. Mais finalement, la vraie question est celle-là : quand, à la suite d’une interview, un homme est menacé de perdre sa semi-liberté, comme l’a réclamé le parquet de Paris mercredi après la parution sur le site de L’Express, quelle est la responsabilité du journaliste ? (...) (signé Michel Henry)

C'est beau, hein...

Et la réponse de Gilles Rof:

La suspension de la semi-liberté de Jean-Marc Rouillan a été provoquée par sa réponse à l’une de mes questions. Cette réponse est complexe et, visiblement, sujette à interprétation. Le parquet a estimé qu’elle enfreignait les termes des conditions de sa semi-liberté. Le débat sur le fond aura lieu le 16 octobre. Pour Rouillan, qui a validé l’entretien – ce qui était la seule condition à la réalisation de l’interview – je pense que cette phrase était un commentaire, non pas sur les faits et gestes d’Action Directe, mais sur l’interdiction qui lui est faite de parler globalement de ces faits historiques. Rouillan explique que, selon lui, cette interdiction empêche un «bilan critique» de l’expérience d’Action Directe et que s’il « crachait sur tout », il pourrait parler. L’emballement médiatique a réduit cette réponse à «Rouillan ne regrette rien». Ce qui a provoqué, dans l’opinion publique, une réaction épidermique et l’embrasement que tu sais.

Pour conclure, la rapidité de la réaction de la justice pose aussi plus globalement la question de la liberté d’expression. En remettant provisoirement Jean-Marc Rouillan en prison a-t-on voulu l’empêcher de s’exprimer encore ? Après l’Express, après Libération, craignait-on qu’il donne encore une interview ? A-t-il le droit, après 21 ans de détention, de parler aux journaux ? Aujourd’hui, en tant que journaliste, en tant qu’homme, je me pose la question. Il me semble d’ailleurs que c’est la plus importante.

vendredi 3 octobre 2008

"Face au terrorisme", le retour




En lisant la prose, intitulée Les démocraties face au terrorisme, que madame Michèle Alliot-Marie a cru bon de faire paraître dans la rubrique "Point de vue" du journal Le Monde, le 30 septembre dernier, je n'ai pu m'empêcher de penser à ce qu'un excellent jeune homme m'avait raconté, il y a cinq ans, de son passage obligé dans une caserne pour y effectuer sa journée d'appel de préparation à la défense (JAPD).

Un baroudeur en djoguigne, sous-officier de réserve, s'était cru obligé de faire à la belle jeunesse somnolente réunie devant lui une leçon de géostratégie globale, en utilisant un vocabulaire pédagogique qu'il croyait adapté à son auditoire. Regrettant à demi-mot l'époque héroïque où "il y avait les rouges et les autres", il expliqua que désormais "il y avait d'un côté les pays riches, et de l'autre ceux qui sont moins riches", et que, par la force des choses, ces derniers, eh ben, ils étaient "jaloux" (je garantis le mot).

J'ai bien peur que la pensée de madame Alliot-Marie ne dépasse pas de beaucoup cette vision cosmique des choses quand elle constate: "A l'heure où le communisme s'efface, et avec lui une voie politique de contestation, l'intégrisme accueille des personnes frustrées, en quête d'identité, fragilisées (...)" (c'est moi qui ai grasseyé le propos...)

Lisons un peu

Incipit:

Le terrorisme est l'ennemi commun des démocraties. L'islamisme radical n'est certes pas le seul en cause, il demeure toutefois une priorité. Depuis plus de six ans, comme ministre de la défense puis de l'intérieur, j'en ai suivi les modalités, les évolutions et hélas les manifestations. Certaines réalités ne sont pas inutiles à rappeler.

On attaque tout de suite, passons aux "réalités".

La première est que la France est une cible potentielle, car ses valeurs : liberté, tolérance, respect des femmes, laïcité, droits de l'homme, sont en opposition avec celles de l'intégrisme.(...)

La deuxième réalité est l'extension géographique du terrorisme islamiste. (...) Les conflits irakien, israélo-palestinien, afghan lui servent de terrain d'entraînement. Les zones grises où les Etats ne parviennent pas à imposer leur autorité abritent ses bases arrière et les trafics de drogue ou d'armes qui le financent.

La troisième réalité est l'évolution idéologique du terrorisme. Al-Qaida s'est d'abord identifiée à une radicalisation religieuse appelant à une guerre totale entre monde musulman et monde occidental. Cette motivation est encore mise en avant. Pourtant depuis trois ou quatre ans, l'idéologie l'emporte de plus en plus sur le religieux. (...)

La quatrième réalité, c'est la guerre de la communication. Les terroristes utilisent les images des populations victimes des affrontements au Liban, en Palestine, en Afghanistan, comme propagande contre l'Occident ; celles des otages ou des militaires occidentaux tués comme preuve de leur puissance. (...)

La cinquième réalité, c'est l'évolution tactique. Internet ne sert plus seulement aux échanges internes aux réseaux, ou aux messages destinés aux médias telles les exécutions, les menaces, les revendications... Il est devenu un vecteur d'endoctrinement et de recrutement de populations pour des actions d'opportunité, au-delà des attentats programmés. (...)



On se demande ce qui domine dans cette liste de "réalités", présentées pour la plupart comme des évolutions récentes de la situation: la fausse naïveté ou la véritable ignorance de nos services de renseignements...

C'est peut-être un mélange de deux qui conduit à cet étonnement toujours renouvelé en constatant que ces loquedus, rétifs devant nos si fameuses valeurs, que nous avons tant de facilités à traîner dans le sang et la poussière en Afghanistan, en Irak ou en Palestine, puissent avoir une idéologie, un projet politique, puissent retourner (parfois) les armes du spectacle contre l'Occident, puissent enfin utiliser les technologies de la modernité...

Tout ceci aurait pu être dit le 12 septembre 2001...

Avec la même dose d'incompréhension.

Madame Alliot-Marie termine son "Point de vue" par une belle imitation d'Henri Guaino, scandant son texte d'appels claironnants: "agir, c'est ceci, agir, c'est cela..."

On peut agir après avoir réfléchi, ce sont des choses qui se font...


PS: On pourrait conseiller à madame Alliot-Marie une impressionnante bibliographie en langue française et anglaise, avec une référence récente: Des images et des bombes, politique du spectacle et néolibéralisme militaire, par le collectif Retort (= réplique), qui consacre un chapitre à l'Islam révolutionnaire. Aux éditions Les Prairies ordinaires.

jeudi 2 octobre 2008

Radio dans l'escalier

Tout le monde vous le dira: mettre la radio dans un escalier, ce n'est pas plus difficile que de mettre la radio dans un ascenseur, c'est même plus facile parce qu'un ascenseur, ça bouge tout le temps.

Mais quand l'escalier est une spirituelle allusion à un vers abscons de Robert Desnos, désignant un blog personnel hébergé par bloguère-point-com et tenu par un des plus illustres boulets du bidouillage informatique, cela devient tout à fait im-pos-si-ble.

J'en ai copié des codes ceci, des codes cela, et j'en ai collé des codes cela, des codes ceci. Sans autre effet que d'obtenir du blanc et du silence...

Quand je pense à ce qu'aurait pu faire un expert comme JR sur ce coup-là, ça me dégoûte, ça me dégoûte...

La vie est trop pinzuste !


Je voulais vous donner accès à l'émission RESF de Fréquence Paris Plurielle du mercredi 1er octobre.

Au cours de cette émission d'une heure, on parle d’Abdelkarim, avec Sylvie Brod et Yahia, membres de RESF, et on peut entendre Abdelkarim lui-même, joint en direct depuis Tunis par téléphone. On parle aussi de l’expulsion des résidents de la Maison des Etudiants de Côte d’Ivoire.

Vous pouvez écouter cette émission sur la page RadioResf ou bien la télécharger à cette adresse: clic.


Vous pourrez en profiter pour aller faire un tour sur le site de FPP et vous informer sur cette page des difficultés qui s'annoncent pour les radios locales, associatives, non-commerciales, bref, les radios libres.

Par exemple:

Passage à la diffusion numérique : un enjeu pour les radios libres

En 2008, doit être lancée la Radio Numérique Terrestre qui à terme est censée remplacer la bande FM (analogique). L’auditeur disposera du choix parmi un nombre beaucoup plus important de radios sans avoir à se préoccuper de changer de fréquence, et pourra également accéder à des informations associées (par exemple le titre de l’émission). Au moment où l’Etat consulte les acteurs du monde de la radio sur ce sujet, les appétits des projets commerciaux poussent à un calendrier précipité, et les radios associatives tentent de faire entendre leur voix dans une discussion très technique, malgré leur faible poids économique.

L’enjeu sera en effet immédiat pour les radios associatives déjà existantes afin de survivre au passage forcé vers la diffusion exclusivement en numérique.

- D’une part, les radios auront l’obligation de négocier avec un nouveau prestataire technique (multiplexeur), chargé de mixer les 10 à 20 programmes diffusés sur une même fréquence. Or il y a un risque à ce que ces prestataires privés jouent un rôle dans l’attribution des places des radios (ce qui était en FM du ressort du seul CSA), d’autant plus que les tarifs, décidés par le multiplexeur, seront en fonction de la qualité d’écoute et de la nature des données associées.

- D’autre part, le surcoût entraîné par la double-diffusion sur plusieurs années (entre le début de la radio numérique et la disparition de la bande FM) sera pour nombre de radios associatives difficilement surmontable. Il apparaît comme une exigence qu’un dispositif financier pour aider à la numérisation des radios associatives (qui devra couvrir la totalité de ce surcoût, mais aussi les frais liés à la liaison vers le multiplexeur) soit mis en place dès le départ.

A côté des radios publiques (financées par l’Etat) et des radios commerciales (vivant de la publicité), il importe que soit garantie pour toutes les radios associatives existantes la possibilité d’être diffusées en numérique, puisque les pouvoirs publics les ont reconnues comme essentielles à l’information de terrain, à la diversité des contenus.

On n'arrête pas le progrès...


PS qui a quand même à voir... avec le progrès, peut-être.

Je reproduis ici un communiqué de RESF-Paris:

« Vous êtes en règle, et bien vous serez quand même expulsé ! »

Paris, le 2 octobre 2008


Chacun le sait, la course au chiffre ne connaît aucun répit. Toutes les forces vives du gouvernement y sont mobilisées sans relâche. Et si cela ne suffit pas pour atteindre les objectifs fixés par le Ministre, on rafle à l’aéroport ceux que l’on "soupçonne" d’avoir falsifié leurs papiers, même si la Préfecture prouve la bonne foi du récalcitrant. C’est toujours ça de gagné !

Yaya-Roy Dosso, prisonnier depuis mardi au ZAPI de Orly, peut en faire l’amer constat. Le Zapi, c’est une zone de non-droit, pardon, une zone d’attente pour les personnes en attente de "refoulement", qui ont eu la folle idée de vouloir venir en France. Pire qu’un centre de rétention, et sous le contrôle de la Police de l’Air et des Frontières.

Yaya qui a eu son diplôme en France, qui a travaillé cet été à l’hôpital, rentrait de courtes vacances en Côte d’Ivoire, passeport et titre de séjour en main, pour rejoindre à Paris sa vie, son travail, son amie française et leur bébé né au mois d’août. Sa mère, ses frères et sœurs l’attendaient également. Toute sa famille est ici. Tous ont leurs papiers.

Pas de chance pour lui ! Son passeport, prolongé en 2008, semble "avoir subi une modification non réglementaire", et cela suffit à la PAF pour lui confisquer tous ses papiers (titre de séjour, carte vitale) et le renvoyer illico presto par le premier vol…

Ni les preuves fournies par la Préfecture de Paris, ni le soutien apporté dans l’urgence à ce jeune parisien par plusieurs parlementaires n’ont infléchi l’implacable décision de la PAF.

Yaya-Roy a refusé deux tentatives d’embarquement en moins de 24 heures, hier soir et ce matin. Il sera jugé sous peu en correctionnelle au Tribunal de Grande Instance à Créteil (94) et risque une peine de prison pour refus d’embarquement.

Yaya-Roi paie de sa personne les frais d’une politique d’immigration devenue aveugle et hors de tout contrôle.

Nous demandons la relaxe immédiate de Yaya afin qu’il puisse reprendre le cours normal de son existence parmi les siens.

Si vous ne savez pas quoi faire, allez voir sur le site de RESF, vous trouverez les adresses des personnes à qui écrire...

Comm'd'hab', on continue...

mercredi 1 octobre 2008

Pour Marina Petrella



Je me souviens encore de ce jour de fin novembre 1972, où j'ai failli pleurer de rage, devant l'entrée du métro Hôtel de Ville, en lisant sur la "Une" baveuse de France-Soir, que le président Georges Pompidou, ce délicat humaniste, cet esprit fin et cultivé, cet amoureux des arts et de la poésie, avait refusé de signer la grâce de Claude Buffet et de Roger Bontems et qu'ils avaient été exécutés.

A l'aube, comme il se doit, dans la cour de la prison de la Santé.

On dit que la décision de sacrifier deux têtes à un pays qui hurlait à la mort coûta au bon Georges Pompidou...

Murs de la prison de la Santé

Je ne crois pas que nos dirigeants actuels, pourtant fins humanistes, cultivés et poètes eux aussi, aient eu la moindre démangeaison de conscience en décidant de l'extradition de Marina Petrella.

D'ailleurs, on ne leur en demande pas tant!

Tout ce que l'on peut leur demander, c'est d'appliquer la clause humanitaire
prévue dans la convention d'extradition franco-italienne de 1957, qui permet de ne pas extrader une personne en raison de son âge ou si cela entraîne des conséquences d'une «gravité exceptionnelle» sur sa santé.

C'est ce que demande Maître Irène Terrel, ainsi qu'elle le rappelle dans l'entretien qu'elle vient d'accorder au Figaro.fr., en insistant sur l'état de santé de madame Petrella.

Lefigaro.fr. - La remise en liberté sous contrôle judiciaire de Marina Petrella, décidée début août, a-t-elle contribué à une amélioration de son état de santé ?

Irène Terrel. - Ça n'a rien changé ! La situation n'est pas bonne du tout sur le plan médical. J'ai en ma possession des certificats médicaux extrêmement alarmants émanant d'un collège de médecins. Je les rendrai publics bientôt. Il va falloir faire quelque chose très rapidement sinon sa situation va devenir irréversible. Concrètement, Marina Petrella ne se nourrit plus depuis presque six mois. Elle est alimentée par une sonde nasogastrique. Même dans l'éventualité d'un règlement (administratif, ndlr) de sa situation, rien ne dit qu'elle s'en sortira. On n'est pas non plus à l'abri d'un acte suicidaire, selon les médecins. Le problème c'est que, dans sa tête, elle n'est pas libre.

Que fait-t-elle au quotidien ?

Elle dans une mort personnelle et ne se reconstruit pas car elle estime que cela n'en vaut pas la peine. Elle ne fait donc plus aucune activité, ne sort plus du lit. Rien ne l'intéresse. Elle est dans le deuil, le deuil d'elle-même.

A la fin de cet entretien, Irène Terrel veut espérer:

Quels signes précis vous font croire à une issue favorable ?

Les autorités françaises ont manifesté ces derniers mois des avancées beaucoup plus que symboliques. Il y a une volonté politique d'avancer, car tout est politique dans ce dossier. Le décret qui permet l'application de la clause de sauvegarde doit être cosigné par le premier ministre et le ministre de la Justice. Mais à ce niveau, je considère que rien ne peut se faire sans l'accord du président de la République. D'ailleurs il s'est exprimé personnellement sur ce dossier. Maintenant, il faut passe à l'acte.

Irène Terrel (AFP)

Irène Terrel est une femme admirable, dont l'action impose le respect. Elle est, d'après le communiqué de la LDH, la seule personne que Marina Petrella admet encore à son chevet. Je tente de partager son espoir.

Mais puisque rien n'est encore arrêté, je copicolle la fin du communiqué de la LDH (daté du 28 septembre), qui invite à continuer les actions pour Marina Petrella:

(...) la Ligue des droits de l’Homme appelle à poursuivre la mobilisation notamment en participant aux rassemblements hebdomadaires qui ont lieu chaque jeudi depuis la publication du décret d’extradition pour demander l’application de la clause humanitaire en sa faveur et l’abrogation du décret d’extradition. Ces rassemblements ont lieu :

chaque jeudi à 18h30, au parvis Beaubourg (Centre Georges Pompidou), métro Rambuteau.

La Ligue des droits de l’Homme demande aussi d’écrire à Nicolas Sarkozy (cartes postales disponibles notamment au siège de la LDH).

Enfin, il est souhaitable d’écrire à Marina pour lui manifester notre solidarité. Elle est très sensible aux lettres qu’elle reçoit :

Marina Petrella

CMME

100 rue Sainte-Anne

Paris 75014


PS: Erri de Luca est un très grand écrivain. Il s’est engagé politiquement, dans les rangs de Lotta Continua. Il est devenu ouvrier de la Fiat, chauffeur, puis terrassier et maçon. Au début des années 80, il a travaillé sur les chantiers de construction en France.

Voici un texte qu'il a écrit directement en français:

"Le corps de Marina tente une dernière résistance contre l’extradition, qui n’est autre pour elle qu’une sépulture de vivante.

Son corps me tient à cœur. Il est son dernier retranchement, une fois toutes les raisons rejetées, toutes les défenses anéanties.

Aucun intérêt d’évoquer ce qui se passe chez nous. Nos feuilles de choux répètent comme des petits perroquets bien dressés le bobard qui parle d’une Marina en fuite, tombée dans un banal contrôle de police. De cette façon, ils la font passer pour naïve et clandestine. Chez nous, le respect des faits n’est dû qu’aux puissants.

En France, les mots ont encore une dignité à défendre. Le corps de Marina dépend de ces mots. D’une signature ou d’un refus de signature, d’un geste de la main qui dans une pièce confortable décide du sort d’un corps épuisé dans une pièce dépouillée.

Je soutiens les dernières fibres qui retiennent la vie de Marina.

Je soutiens son ‘non’ extrême, qui choisit de s’éteindre au lieu de se livrer au premier jour d’une peine sans fin. Depuis presque un an, Marina est prisonnière d’un jour zéro.

Elle a été une révolutionnaire, elle s’est battue sans aucun profit personnel, avec une foule d’insurgés dans l’Italie des années 70. Elle a perdu, fait de la prison, s’est réfugiée en France et il y a un quart de siècle qu’elle a prononcé son définitif adieu aux armes. Elle a été condamnée par une justice d’exception, qui aujourd’hui ne lui reconnaît même pas un seul des jours de prison purgés pendant des années dans les pénitenciers d’Italie.

Aujourd’hui, elle a raison et le droit de confier à son corps sa dernière résistance.

Lèvres cousues, regard éteint, Marina met ses quatre os en travers, ultime obstacle au chemin qui la ramène en arrière, dans l’obscurité d’un pays excité par des rancunes et des peurs. J’approuve son choix:

que ce ne soit pas l’Italie, mais la France, terre de deuxième vie, la responsable du corps de Marina, mort ou vif.

Erri De Luca
Paris, journées du 9 et du 12 juillet 2008”



Je crois que ce morceau de Louis Sclavis est dédié à Erri de Luca...